The Man Who Deciphered Linear B

The story of Michael Ventris.
Biographie du déchiffreur du Linéaire B par Andrew Robinson.

Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn !

En 1900, à Knossos en Crète, l’archéologue Arthur Evans fouille un palais dit minoen. Au cours de ses travaux, il met au jour plusieurs tablettes d’argiles inscrites. Rapidement, il conclut à la présence de deux types distincts d’écritures, jusqu’alors inconnus : le Linéaire A et le Linéaire B. A. Evans ne peut rapprocher aucun langage connu de ses trouvailles et ne peut au cours des années qui suivent (il meurt en 1941) arriver à aucune conclusion étayée dans ce domaine, même si le Linéaire B semble être beaucoup plus prometteur que le A en termes de compréhension. A la différence des hiéroglyphes égyptiens, aucune inscription bilingue n’est découverte à Knossos, ni ailleurs, et ce jusqu’à nos jours. On ne sait même pas en 1900 quel est le type d’alphabet employé : consonantique, avec des voyelles, syllabique, logogrammique ? La clef, s’il en est une, ne peut être trouvée que de manière inductive, par recoupements entre les tablettes.

En 1936, l’état de l’art a peu évolué et différentes théories s’affrontent toujours. A. Evans, souhaitant être le premier à percer le secret des tablettes, n’a publié que six des textes mis au jour (p. 23). Le jeune Michael Ventris, 14 ans, fils d’un colonel britannique et d’une mère passionnée d’art, visite une exposition consacrée aux civilisations grecque et minoenne à son école. A. Evans est présent, présente une tablette et insiste sur ses vains efforts pour la lire. Le jeune Michael montre son intérêt, un intérêt qui le poursuivra toute sa vie. Quatre années plus tard, il publie son premier article sur la question dans la revue American Journal of Archaeology (p. 33). Malgré un don des langues (il en pratique une dizaine), M. Ventris ne se dirige pas vers la philologie mais se destine à l’architecture. Les années de guerre (il est officier navigateur dans la RAF) freinent son cursus mais il est diplômé en 1948. Nouant des contacts dans le monde universitaire (pas toujours fructueux ni satisfaisants pour quelqu’un d’extérieur à ce monde), ayant accès à plus de tablettes (celles de Pylos, découvertes en 1939), affinant sa méthode et testant des combinaisons, l’avancée décisive est faite en juin 1952. M. Ventris a alors la preuve que le linéaire B est bien une forme archaïque de grec, ce que lui-même réfutait comme tant d’autres dans les années 1940 (p. 98). Il aurait tant aimé que ce soit de l’étrusque … Suivent un livre, des articles, de nombreuses conférences, une gloire internationale mais aussi une lassitude (le mystère n’est-il pas résolu ?) et l’envie de enfin pouvoir être complètement architecte. Il décède dans un accident de voiture en 1956, à l’âge de 34 ans.

Ce livre se démarque par une grande érudition dans le domaine de la découverte des langues anciennes (il y a de nombreuses comparaisons avec le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens, des hiéroglyphes mayas ou du cunéiforme, comme à la p. 80 par exemple) et la proximité de l’auteur avec certains acteurs de cette aventure scientifique d’avant le temps de l’informatique. On peut lui reprocher son absence de notes mais l’auteur explique son choix en fin de volume (p. 160). Mais cela n’enlève pas une petite frustration … La variété des sources et leur nombre est néanmoins appréhendable à la lecture. C’est écrit dans un anglais très châtié, peut-être pour coller à l’époque et au niveau social de M. Ventris (sa mère possède des Picasso). La volonté de M. Ventris de faire coller le Linéaire B à l’étrusque est à notre sens expliqué de manière cohérente (se détacher d’un classicisme aryanisé dans les années 30 et 40, p.40, de manière plus émotionnelle que rationnelle) mais l’auteur peine à éclairer le lecteur dans la répartition entre logique et intuition dans la méthode employée pour le déchiffrement (p. 156 par exemple). Il est très souvent question du génie de M. Ventris mais l’explication nous semble toujours trop courte. La comparaison avec Champollion est toutefois intéressante (p. 12-13). Dans une conclusion générale, l’auteur démontre enfin que l’un des plus grands mérites de M. Ventris est d’avoir eu le courage et/ou la clairvoyance d’abandonner l’hypothèse qu’il chérissait depuis le début : le Linéaire B n’est pas de l’étrusque, c’est bel et bien du grec.

De nombreuses illustrations accompagnent le texte et chacun peut donc se faire une idée des difficultés mais aussi de voir certaines des étapes de l’avancement vers le déchiffrement. Des conseils de lecture et un index occupent la fin du volume.

(un dilettantisme assez appliqué tout de même …8)

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