Cookie monster

Roman de science-fiction de Vernor Vinge.

Ne pas mettre le doigt dans l’engrenage !

Dixie Mae a démarré il y a six jours au service clientèle de LotsaTech, la nouvelle très grosse boîte de la Silicon Valley. C’est même son premier jour au contact de la clientèle. Elle espère que ce sera le début d’une période plus stable dans une vie professionnelle pour l’instant assez chaotique. Tout se passe plutôt bien dans son box, entourée de ses collègues, quand elle reçoit un courriel qui ne peut être qu’une très mauvaise blague. Et les détails intimes qu’il contient mettent Dixie Mae hors d’elle. Qui a pu oser ? Un de ses collègues ? Aucun ne peut savoir cela. Quelqu’un d’autre sur ce campus ? Tant pis si la pause déjeuner y passe, le plaisantin va prendre cher.

Roman de moins de 100 pages, il mérite son qualificatif de court (« roman court » est le descriptif de l’éditeur et la catégorie dans laquelle il a gagné deux prix prestigieux, mais c’est une nouvelle en fait). Mais il ne faut pas prendre cette caractéristique comme un synonyme d’inabouti ou de bâclé. Le roman, malgré ou à cause de son côté hard-science très prononcé (l’auteur a enseigné l’informatique à l’université), n’a aucune peine à mettre le lecteur au cœur de l’action et des préoccupations des personnages. L’auteur parvient ainsi sans effort à faire réfléchir le lecteur aux conséquences de ce qu’apprennent les personnages, dans un monde qui diffère très peu du notre (sauf peut-être le choc de l’Empire State Building à Los Angeles p. 65 ?). Il y a au moins deux références au Magicien d’Oz (p. 43 et 62), sans que nous en ayons vraiment compris le sens, s’il y en a un. L’auteur se cite aussi p. 56, parmi d’autres auteurs étatsuniens de science-fiction qui semblent avoir un rapport avec l’histoire. Mais le but ne semble pas d’être clair dans ce passage … Ça l’est un peu plus mais pas totalement avec un autre auteur accompagné d’une citation p. 62. Mais aller plus loin serait dévoiler bien trop de l’histoire …

Un bon moment de lecture, avec un moment délicieux de bascule où héroïne et lecteur perdent pied. Très glaçant, aussi …

(un rêve de professeur, faire travailler des gens à la correction de copies p. 67 … 8,5)

Les furtifs

Roman d’anticipation fantastique cyberpunk linguistique de Alain Damasio.

Beaucoup de mouvements très peu visibles.

Tischka, la fille de Lorca et Sahar Varèse et âgée de quatre ans, a disparu il y a maintenant deux ans. Elle s’est pour ainsi dire volatilisée : aucune trace de sortie ni d’entrée de l’appartement. Au matin, elle n’était juste … plus là. Sahar a accepté la disparition mais Lorca croit encore qu’il est possible de la retrouver. A force d’efforts et d’abnégation, il a pu intégrer une structure secrète militaire, appelée le Récif, qui a pour but de traquer et étudier des animaux presque indétectables : les furtifs. Ces furtifs se placent dans les angles morts de la vie humaine. Ils sont polymorphes, dotés de capacités hors-normes, comme la reproduction de sons artificiels et naturels. Mais surtout, pour protéger l’espèce et les rendre non étudiables s’ils seraient pris, ils se suicident en se céramifiant. Lorca pense que les furtifs sont liés à la disparition de sa fille.

Lorca fait ainsi partie d’une meute de chasseurs de furtifs, avec Agüero (l’ouvreur d’origine argentine), Saskia (ancienne oreille d’or de la Marine) et Nèr (un israélien en charge de des senseurs optiques). Leur terrain de chasse est la France de 2041, où certaines villes se sont vendues à des marques, où tout est tracé par des mégacorporations et où presque chaque citoyen vit dans la réalité virtuelle grâce à des prothèses optiques et des bagues. Les habitants sont classés dans des catégories ouvrant droit à certains services, comme pouvoir utiliser tel moyen de transport, marcher ou habiter dans telle rue ou échapper à certaines publicités. Et pourtant, les furtifs échappent à cette société panoptique. Qui sont-ils ? Peuvent-ils être domestiqués, voire même utilisés à des fins militaires ? Ou peuvent-ils être le moyen de sortir de cette société de défiance et de peur ?

Ce livre est une sorte de verre diatrète romain. Le texte est poli jusqu’à l’incandescence, les phrases sont ciselées au micron, le vocabulaire scintille, les styles jouent entre transparence et obscurité. Les furtifs, c’est le lien entre les personnages narrateurs de La Horde du Contrevent et le thème de la Zone du dehors. La typographie est ici encore une fois l’alliée du texte, et pas seulement pour indiquer de quel côté se situe la narration. La qualité stylistique de l’auteur, aujourd’hui pleinement reconnue, est mise au service d’une histoire très bien construite et dont les visées politiques avaient conduit l’auteur à être invité pour la promotion de son livre dans des médias nationaux (chose inimaginable il y a quelques années). Mais surtout, le style (c’est un feu d’artifice de 680 pages) n’assèche pas le roman, avec des émotions qui sont transmises brutes au lecteur. Il y a des mélanges joie/tristesse qui sont poignants (exemple p. 282) et on sent l’influence que doit avoir eu la vie de l’auteur sur ce roman.

L’auteur nous décrit un monde dérangeant, non seulement par ce que la surveillance est constante mais surtout parce qu’il ne semble pas être au bord de la révolte. Même un évènement, qui dans les préquelles de Dune lance le Jihad Butlérien, n’a ici presque aucun effet sur la société (nous ne voulons pas ici tout dévoiler …). Et parler de Dune ici fait sens, avec les quelques références qu’il y a dans le livre (p. 172, Mme Wallach). Mais Tolkien l’est aussi (sur un ton un peu moqueur à propos des anneaux p. 305).

Comme dans ses textes précédents, l’auteur nous gratifie de néologismes incroyables (une proferrante est une prof mobile à la voix qui porte ou encore Mme Cloud p. 681) ou d’expressions détournées et jouissives (Hacker vaillant, rien d’impossible p. 520). Mais là encore, tout dévoiler ici …
Quelques points qui ne seraient pas du domaine de l’excellence ? On voit bien que l’auteur n’est pas bon connaisseur de la chose militaire, et il y a un peu l’impression que la spiritualité n’a une valeur que si elle est exotique. De même, un sociologue qui croit au don gratuit (p. 178) …

Il y aurait encore tant de choses à dire sur ce livre … mais il vaut mieux le voir par soi-même.

Musique des sphères, vieux rêve grec de contrôle, syndrome de la Gorgone, dilemme d’Orphée, Marseille est une fondation grecque !

(avec ce livre, A. Damasio a voulu créer un furtif comme il le fait dire explicitement p. 677 …9,5)

Comment parler à un alien ?

Essai de linguistique appliquée à la science-fiction de Frédéric Landragin.

C’est le jour de la tentacule.

Que se passerait-il si des extraterrestres arrivaient demain sur Terre ? Comment communiquer avec eux, s’ils le veulent bien ? Ce livre n’a bien entendu pas la réponse à ces questions (cela dépend beaucoup desdits extraterrestres), mais liste tout de même une partie des éléments qui entrerons en jeu dans ce cas-là. Il s’aide pour cela de ce que la science-fiction a déjà pu mettre en œuvre, dans un roman ou un film, pour parvenir à communiquer avec des êtres inconnus.

L’introduction commence avec quelques notions de base, la plus importante étant la différence entre langue (système de communication) et langage (faculté de parler). Mais il est aussi question des quatre facettes du signe (p. 21) et des fonctions du langage. La linguistique est elle aussi décrite, avec ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas.

Puis l’auteur s’attache à montrer comment la SF a donné naissance à une sous-branche du genre appelée linguistique-fiction. Cette dernière utilise des théories de la linguistique pour bâtir des histoires, voir faire d’une notion un personnage. F. Landragin cite les exemples de L’Enchâssement de Ian Watson (publié en 1973 et qui place au centre de son récit la notion d’enchâssement des phrases), Les Langages de Pao de Jack Vance et de Babel 17 de Samuel Delany. Tout cela nous mène aux théories de Noam Chomsky et à la thèse dite Sapir-Whorf, avec toujours au centre l’articulation entre langue et perception de la réalité.

Le second chapitre se concentre sur l’origine et l’évolutions des langues naturelles (le français, le javanais, le patagon etc.). Il faut d’abord faire la différence entre l’oral et l’écrit, avec une plus grande facilité de description pour ce dernier. Leurs relations sont évoquées, de même que leurs évolutions. Il n’existe aucune évolution obligatoire qui ferait passer une langue d’un stade isolant à un stade agglutinant puis enfin à un stade flexionnel (p. 98).

Le troisième chapitre passe aux langues artificielles et imaginaires. Parmi les langues artificielles (qui ont un haut taux d’hapax dans leurs textes p. 135), la plus connue est sans aucun doute l’esperanto mais elle est loin d’être la seule (volapük, cablese, loglan etc). Parmi les nombreuses langues fictionnelles, on peut dénombrer le sindarin, le klingon, le mechanese. Il est évident que ces langues tout comme les néologismes sont un élément essentiel de l’émerveillement que ce doit de susciter une œuvre de SF.

Le chapitre suivant va plus loin dans la description des langues en détaillant certains éléments constitutifs que sont le lexique, la phonétique, la prosodie (pauses et accentuations à l’oral), la morphologie, la syntaxe, la sémantique, la pragmatique et la stylistique. Le panorama est très vaste mais tout est très bien décrit en s’appuyant toujours sur des exemples issus de la SF.

Une fois que tout ceci est bien en tête, on peut enfin rencontrer nos extraterrestres. Le contact est facilité si l’on a préalablement découvert des archives que l’on a pu exploiter (déchiffrer). Le contact lui-même peut s’effectuer à distance (communication lumineuse) ou en face-à-face. C’est là que la désignation prend une importance considérable avec les notions de « je » et « tu » (p. 211). Puis après, il faut avoir quelque chose à se dire …

La conclusion pose la question de l’avenir de la linguistique-fiction, avant de laisser place aux notes, à la bibliographie et à un index des notions.

L’exposé est, comme pressenti, très solide. Les exemples sont variés et la SF française du début du XXe siècle n’est pas oubliée. Le propos est très accessible, très clair. Certaines théories sont même très habilement résumées grâce à des onomatopées (l’origine des langues, p. 79-80) mais leur rejet en bloc nous paraît en revanche beaucoup plus hasardeux. Pour ce qui est de l’indo-européen apparaissant vers 6000 a. C. (p. 89) et les premières écritures vers 10 000 a.C. (p. 73), là encore nous doutons au vu des découvertes archéologiques récentes. Sur la prononciation contemporaine du français en France (p. 96), les conclusions sont très abusives. De même place sur un même plan de comparaison le Gom Jabbar et la cuve axolotl comme termes nécessitants obligatoirement une explication de l’auteur (dans Dune) nous semble fausse (puisque l’axolotl qui donne son nom à la cuve est un animal aux vertus justement régénératives). La racine latine de « dormitoir » (dans Les Monades urbaines de R. Silverberg, ici p. 140) n’est pas non plus vue par F. Landragin. Enfin, certains effets tombent à plat (p. 75), mais on ne peut pas gagner à tous les coups … Mais le passage sur l’importation de phonèmes en français (p. 155) et le nombre de noms différents pour désigner une coccinelle en Corse (24, p. 152) rattrapent aisément ces faibles désaccords.

(les recherches sur l’origine des langues et la langue universelle ont été proscrites à la fin du XIXe siècle en France et au Royaume -Uni  p.82 … trop de fantaisistes …7)

Station Metropolis Direction Coruscant

Essai de géographie de la ville du futur par Alain Musset.

Etemenanki !

Il y a peu d’œuvres de science-fiction sans une présence massive de l’élément urbain. Dune compte peut-être parmi les grandes œuvres où la ville est de peu d’importance, mais que l’on pense à Coruscant, la planète-ville de la Guerre des Etoiles, à Trantor chez Asimov ou Los Angeles dans Blade Runner/Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, et chez chacun des images viennent en tête. Cependant, l’image qui est en donnée est rarement méliorative (les Cavernes d’Acier chez Asimov peut-être) : le délabrement peut régner, la plus grande richesse côtoyer la plus extrême pauvreté, la violence peut être présente à chaque coin de rue et il y a des pénuries d’air ou d’eau, on est le plus généralement dans le contre-mythe arcadien.

Alain Musset (géographe à l’EHESS) nous faire voir ici toutes les facettes de la ville telle que décrite dans la science-fiction, quel que soit le média (roman, film, bande dessinée, jeu vidéo). De courtes pages sur le contexte culturel occidental de défiance envers la ville (la Babylone biblique, le romantisme) ouvrent ensuite sur quatre parties contenant à chaque fois trois chapitres.

La première partie s’intitule « De la mégalopole à la monstruopole » et le premier chapitre commence par la première caractéristique de la ville de science-fiction : son gigantisme. Dans la SF, le processus d’urbanisation est souvent arrivé à son point le plus extrême. Parfois même, comme à Coruscant, il n’y a plus rien de naturel sur la surface de la planète. Plus de mer, de montagne. Tout est recouvert par la ville, et on parle en centaines de milliards d’habitants. Et par conséquence, la ville prend de la hauteur (second chapitre), là encore de manière astronomique. Les tours font très vite plusieurs kilomètres de haut et peuvent abriter des millions d’habitants (seulement des centaines de mille dans des Monades urbaines de R. Silverberg). La tour babylonienne de Metropolis est ici iconique (et est en couverture). Mais si l’énergie vient à manquer à ces tours ? Alors tout se dérègle (troisième chapitre). La surpopulation règne, tout comme souvent la faim et la soif, avec un maximum de pollution en sus. Les déchets forment des montagnes … De ces images est née l’arcologie, qui a pour but de marier écologie et habitat. Mais est-ce, là encore, utopique ?

La seconde partie s’intéresse aux structures sociales dans la ville de science-fiction, principalement sous le prisme des classes sociales et des castes. La ville SF est le royaume des inégalités (ceux qui mangent des fruits et de la viande dans Soleil vert et ceux qui mangent le pâté vert p.82). De manière assez inattendue, de nombreux romans de l’univers de la Guerre des Etoiles sont de ce point de vue très critiques (p. 85-88). L’inégalité ne concerne pas que l’argent mais peut aussi prendre la forme du temps, de l’eau ou de l’air. Les plus basses classes sociales urbaines sont le thème du chapitre suivant. La robotisation ou la numérisation des processus de productions sont les premières causes de déclassement. Mais tout n’est pas figé de toute éternité et les beaux quartiers peuvent aussi être atteints par la ruine ou une nature qui reprend ses droits. Avec de telles disparités sociales, la dialectique haut / bas est très présente dans les environnements urbains de science-fiction (sixième chapitre). Léonard de Vinci déjà imaginait une ville sur deux niveaux, l’un pour la noblesse et l’autre pour le reste du peuple (p. 120)

La partie suivante poursuit dans l’exploration des bas-fonds, et de leur matérialisation : les bidonvilles. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas forcément sur la terre ferme, comme c’est déjà le cas à Bangkok (p. 146). Qui dit bas-fond dit aussi criminalité, comme on peut le voir dans Robocop, avec son lot de violence. Le dernier chapitre de cette partie concerne les murs à l’intérieur de la ville. Il y a dans la SF de nombreuses reprises du thème des quartiers privés (ou résidences privées), nés aux Etats-Unis dans les années 50. Vient à l’esprit la Zone du dehors de A. Damasio.

La dernière partie propose au lecteur de voir la ville sous l’angle du contrôle, avec en premier lieu le centre commercial (très bon jeu de mot en titre avec « L’ombre du mall » p. 189). Qui dit univers dit consommation de masse. Et donc centre commercial, avec son architecture spécifique qui doit encourager l’acte d’achat. Dans le second chapitre de cette partie, l’auteur discute de la ville dans son rapport au totalitarisme et à la dictature. Mais il ne faut pas non plus oublier les transnationales (ou parfois mégacorporations). Certains portent comme nom de famille le nom de leur employeur (p. 217). L’ordinateur n’est bien sûr pas absent de ces jeux de pouvoir. Le dernier chapitre a pour objet la ville en tant que panoptique. Big Brother, le Cerclon de A. Damasio, le Truman Show mais aussi le puçage et la ville virtuelle sont abordés par A. Musset.

Le tout dernier chapitre forme la conclusion de l’ouvrage, rappelant que seule une minorité de villes ne sont pas dystopiques dans la SF. La dystopie a ici clairement vaincu l’utopie.

Mitigée est notre réaction une fois refermé ce livre de 250 pages (plus une longue bibliographie). Nous nous attendions à plus de géographie et d’urbanisme, alors que la partie sciences sociales domine outrageusement. Un problème d’équilibre, par rapport à nos attentes. Corollaire de ce déséquilibre, le propos est assez marqué politiquement, avec un peu d’autocritique (p. 62). Cette teinte politique conduit à des erreurs factuelles, comme par exemple ce qui peut se dire sur la responsabilité de Goldman Sachs en Grèce et lors de la crise dite des subprimes (p. 86). Le libéralisme indéfini est l’accusé facile de tous les mots, c’est presque la faute au destin (p. 167 par exemple ou p. 191 avec « l’ultralibéraliste » M. Friedman). Quant à la sortie sur D. Trump (p. 184), elle confine à l’inutilité. Les excursions hors du sujet sont périlleuses tant quand il est question d’Ovide soi-disant contempteur des villes (il ne cesse pourtant, de son exil au bord de la Mer Noire, de vouloir revenir à Rome p.13) que quand on parle démocrature dans le onzième chapitre. Reste, au final, une forte impression de délayage. Ce livre aurait pu être plus court et moins saucissonner les thèmes. A. Musset, auteur d’autres géofictions ayant attrait à la SF, veut semble-t-il aussi faire le pont entre ses différentes aires de recherche.

D’un autre côté, A. Musset fait découvrir des auteurs oubliés, surtout français (p. 99-100, l’Age d’Or de la SF étatsunienne a recouvert beaucoup de choses). Il annexe un peu de la fantasy urbaine (Miéville p. 145), mais cela n’est pas sans justification. L’aspect physique du livre, avec ses très belles illustrations et les photos dans le texte, est une grande réussite, déjà annoncée par une couverture de grande classe.

A mi-chemin donc, tant pour la forme que pour le fond.

(les Pinçon-Charlot ou la sociologie la plus éloignée possible de la science p. 112 … 6,5)

Confessions d’un automate mangeur d’opium

Roman de science-fiction uchronique de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit.

Dans les rouages de l’esprit.

Paris, 1889. L’exposition universelle qui doit célébrer le centenaire de la Grande Révolution bat son plein. La Tour Eiffel a été construite. Le Champs de Mars et le Trocadéro sont couverts de pavillons et de halles qui présentent au public toutes les merveilles produites par le génie humain. Parmi ces nouveautés, une bonne partie a l’éther pour source d’énergie, dont toutes les facettes ne sont pas encore comprises par les scientifiques et qui semble avoir été découverte vers 1875. Ainsi, des taxis volants ont envahi un Paris surplombé par des croiseurs parcourant le ciel et le nombre d’automates en service augmente chaque jour. Aux portes de Paris se dressent les monumentales tours de Métropolis. Margaret Saunders est une jeune actrice à la renommée déjà très importante dont l’amie Aurélie vient de mourir devant l’Opéra en tombant d’un aérocab. Traumatisée par sa mort inexpliquée, Margaret (dite Margo) va requérir l’aide de son frère Théophraste de Barrias Archimbault, aliéniste novateur à Sainte-Anne. Mais la petite enquête que mène les deux jeunes gens semble indisposer quelqu’un de puissant et les deux curieux ne sont pas toujours des plus prudents.

Ce roman écrit à deux mains fait alterner les points de vue, Margo et Théo s’échangeant le rôle de narrateur à chaque chapitre. Il fait la part belle aux clins d’œil, sans lourdeurs : on croise ainsi Auguste Villiers de l’Isle-Adam (l’inventeur du terme andréide/androïde, p. 175), Metropolis n’a pas besoin d’être expliqué (mais on sent comme une légère défiance envers La Défense), le titre en appelle au récit de T. de Quincey paru en 1821 et traduit par A. de Musset et C. Baudelaire, Lovecraft apparaît par l’intermédiaire de livres aux titres évocateurs (p. 79) et Jules Verne n’est pas oublié (le train-obus p. 387, la polysémie dans le nom d’un personnage). Avec de telles références, on ne se situe clairement pas dans une veine hard SF et de petits éléments irrationnels et horrifiques ont été intégrés au scénario. Le réalisme dudit scénario n’est pas non plus le souci ultime des auteurs, avec des personnages principaux qui se font des petites cachotteries assez improbables …

La lecture est très plaisante et tout n’est pas dit sur le monde au premier chapitre, sans que le lecteur n’éprouve le sentiment que l’on cherche à faire plus pour faire plus. Le parallèle entre l’éther et l’atome semble assez clair, mais avec comme limite que l’éther apparaît avant l’invention du moteur à explosion. La séparation entre poésie et automatismes est très étanche dans ce monde faits de changements rapides (ce qu’elle n’est plus depuis les années 60 dans le notre avec les développements de l’informatique). C’est donc la reprise de motifs de la science-fiction française de la fin du XIXe siècle avec des préoccupations des années 50/60 (atome, critique du scientisme autoritariste). Mais cette actualisation est faite de main de maître, entre bonbon acidulé vernien, labyrinthe à la Wolfenstein 3D et un ton cru de la fin du XXe siècle (si J. Verne met en scène des femmes plus émancipées que ses contemporaines, il dévoile moins leurs préférences sexuelles, ni ne décrit la violence de manière aussi directe). Il est bien quelques défauts mineurs (la devise royale anglaise p. 390, Futuropolis pour Metropolis p. 394 ou un vocatif mal maîtrisé dans le cas d’un nom à particule p. 19), mais cela n’atteint pas un récit sans temps mort, aux nombreuses surprises, aux personnages chatoyants et au final cinématographique (quoi qu’un peu court).

(cette araignée mécanique, on se croirait dans un Elder Scrolls … 7,5)

Faire des sciences avec Star Wars

 

Essai sur la Guerre des Etoiles vu du côté de la physique par Roland Lehoucq.

Avec de gros morceaux d’énergie dedans !

La puissance que produit le générateur principal [de l‘Etoile Noire] pour accumuler une telle énergie en quelques jours est tout simplement phénoménale : plusieurs centaines de milliers de fois supérieure à celle rayonnée par le Soleil tout entier … Plutôt pas mal pour un Empire qui va se faire rétamer par des oursons deux épisodes plus tard …  p. 37

Des bruits dans l’espace et des gens qui survivent à des minute passées dans le vide, la série de la  Guerre des Etoiles nous avait déjà habitué à des arrangements avec les lois de la physique. Mais qu’importe, puisque faire le relevé de ces incohérences n’est pas du tout l’objet de ce livre de l’astrophysicien et auteur de SF R. Lehoucq. Lui prend le problème par l’autre bout, en décrivant les prérequis au fonctionnement du monde inventé par G. Lucas.

Alors tout le monde n’y passe pas (même si l’on considère le rabougri « canon » qu’a souhaité conserver Disney comme base), mais l’auteur fait le choix de thèmes emblématiques pour donner naissance à un livre de 70 pages.

A tout seigneur tout honneur, R. Lehoucq commence avec la Force, vue comme un champ d’énergie. Mais si c’est un champ d’énergie comme peut le suggérer la télékinésie dont sont capables les Jedis, ce champs doit avoir une origine, une source d’énergie. Sont-ce les êtres vivants ? La matière noire ? Pourquoi pas puisque le vide intersidéral est lui-même chargé en énergie, certes très très faible mais pas nulle (p. 13). L’hypothèse des midichloriens (la tentative de scientifisation de l’épisode I) est-elle aussi étudiée. Si l’on suit ce qui se fait dans ce film, ce peuvent être des symbiotes présents dans le sang.

Délaissant l’origine de l’énergie de la Force, l’auteur veut ensuite savoir quelle est la puissance développée ou employée par un Jedi. Ainsi, sur Dagobah, Yoda utiliserait 100 kW (la puissance d’une voiture) pour soulever le X-Wing et Luke 1 kW pour soulever D2R2 (p. 21). Soit deux fois plus qu’un cycliste en plein effort ! Quant à ce que peut produire Palpatine, c’est très très loin au-dessus. On parle en centaines de mégawatts, soit ce qui est nécessaire à un TGV Duplex !

Autre attribut du Jedi, le sabre laser pose une série de problème qu’il faudrait résoudre pour pouvoir en fabriquer un sur Terre. Il faudrait d’abord pouvoir limiter le laser à une longueur utilisable (et qui ne traverse pas tout le vaisseau en étant activé) mais surtout trouver comment alimenter l’arme. Pour estimer la puissance nécessaire, R. Lehoucq se base sur le temps que met Qui-Gon Jinn pour faire fondre la porte blindée de l’épisode I (p. 27). Dans cet exemple, il faudrait une centrale nucléaire. Mais la puissance nécessaire n’est pas la difficulté la plus grande. Une centrale nucléaire, cela existe déjà. Le problème, c’est la durée. Et, accessoirement, la chaleur dégagée de l’ordre de 10 000°. La Force est là encore nécessaire. Mais quid de Finn alors, qui n’est pas un Jedi ? Enfin, un sabre laser nécessite d’être vu. Les vaisseaux doivent donc être très poussiéreux pour que l’on puisse voir le faisceau …

R. Lehoucq envisage ensuite le plasma pour remplacer le laser, avec d’autres inconvénients, comme des guides micromagnétiques assez sensibles (p. 31).

Le chapitre suivant monte en gamme dans les armes pour s’intéresser l’Etoile de la Mort. Sa taille est facile à déduire, mais la question de son alimentation nécessite un détour vers la théorie des trous noirs, producteurs d’énergie (p. 41) et les questions de gravité. A partir de la rapidité de la dispersion des débris d’Alderande, l’auteur arrive à la constatation qu’il faut l’énergie équivalente à celle rayonnée par 100 000 soleils (p. 37, ou 500 000 p. 42). Mais peut-on produire cette énergie avec de l’antimatière ? Avec un trou noir en rotation, ce serait peut-être possible, comme on peut le lire p. 44 avec un trou noir, petit et costaud, mais surtout monstrueusement massif et tournant sur lui-même 320 millions de fois par seconde …

La partie du livre s’intéresse aux véhicules plus communs utilisé dans cet univers. Il est à noter que le moteur à ion nous est déjà connu, il a été utilisé à partir de 1998 (p. 47). La vitesse luminique est forcément au programme, avec la possibilité de tunnels de creuser des tunnels dits de Krasnikov, dans un espace tordu (p. 49-50). Puis l’auteur se penche sur la lévitation du landspeeder de Luke sur Tatooine (il faut juste créer un champ gravitationnel avec une matière de la densité d’une étoile à neutron p. 54) et sur le design déficient des AT-AT sur Hoth. Mais on quitte très vite les véhicules pour être instruit sur l’exoplanétologie. Les deux soleils de Tatooine, Hoth et ses animaux au sang chaud, Naboo avec ses tunnels et son bouclier, les anneaux de Géonosis (qui devraient être très récents, de l’ordre de quelques semaines p. 65), la possibilité d’avoir une planète uniquement océanique comme Kamino et enfin, les problèmes que rencontre la planète Mustafar et son activité volcanique (comparée au satellite Io p. 68).

Dans la conclusion, et après constat fait de la maîtrise énergique très avancée qui a cours dans l’univers de la Guerre des Etoiles, R. Lehoucq replace ce monde fictionnel dans la théorie des trois types de civilisations de N. Kardashev (p. 70), allant de la civilisation ayant canalisé l’énergie planétaire (Type I), à celle maîtrisant celle produite par son système (Type II) pour arriver au dernier stade, profitant du rayonnement de millions d’étoiles. Pour l’auteur, l’Empire est au seuil de la phase III …

Ah, c’est si dommage que ce livre ne soit pas plus gros. On apprend tellement de choses, cela se finit bien trop vite. R. Lehoucq réussit à marier la pédagogie, appuyée sur des explications claires et des exemples de la vie quotidienne, à la précision et a l’humour. En bon scientifique, l’auteur renseigne aussi le lecteur sur les découvreurs des théories qu’il emploie. Mais il n’y a hélas pas d’illustrations, ce qui aurait grandement aidé, dans l’explication de l’énergie tirée du trou noir par exemple ou pour l’ergosphère de la p. 44. Mais si R. Lehoucq s’aventure hors de son domaine de prédilection, alors de petites distorsions dans la Force peuvent apparaître : il croit voire p. 55 des éléphantes à la bataille de Cannes entre Carthaginois et Romains en 216 av. J.-C. (ils sont déjà tous morts) et on peut toujours exécuter par électrocution aux Etats-Unis (p. 21). Petite remarque de forme, les dates de naissance des scientifiques toujours vivants cités dans ce texte ne prennent pas toujours la même forme.

Le livre est, on l’a vu, un grand plaisir à lire. Pour ceux qui, comme nous, le trouvent bien court, il y a les conférences filmées de l’auteur pour aller encore plus loin, très très loin.

(devenir Jedi par transfusion sanguine, en voilà un idée intéressante p. 18 … 8)

Neuromancien

Roman de science-fiction de William Gibson.

Une couverture sans lien avec le contenu.

Il y a eu une guerre. Bonn a été rayé de la carte, visiblement de manière nucléaire, il y a maintenant quelques décennies. On en a même fait un jeu vidéo. Les différentes nations que compte la Terre sont toujours là et la Guerre Froide ne semble pas finie. Mais de grandes entreprises se sont taillées de grands fiefs, que ce soit dans le monde physique ou dans le cyberspace. Dans le cyberspace agissent des cow-boys, des artistes de la matrice, qui se connectent par l’intermédiaire de consoles et d’électrodes. La connexion n’est d’ailleurs pas sans danger, se mouvoir ou être attaqué dans la matrice peut avoir des effets somatiques.

Case est l’un de ses cow-boys, originaire de la grande conurbation de la côte orientale des Etats-Unis, appelée Conurb. Il vit à Tokyo, ville violente et par endroits délabrés. Il a essayé de doubler son donneur d’ordres précédent, qui s’est vengé en lui inoculant une neurotoxine partiellement innervant qui l’empêche de se connecter. Drogué et alcoolique, il vit de petits expédients. Armitage, un ancien militaire, lui propose un gros coup, bien payé, en plus de l’opération chirurgicale qui lui permettra de se reconnecter. Il accepte et fait équipe avec Molly, une tueuse aux nombreuses modifications corporelles : ses doigts cachent des lames et ses yeux sont protégés par des implants miroirs. Mais Armitage prend lui-même ses ordres de quelqu’un. Case cherche à savoir pour qui il travaille vraiment. Mais cela est peut-être encore plus dangereux que le travail lui-même …

Encore un classique (paru en 1984), mais celui-ci est de plus fondateur : c’est le premier roman cyberpunk de l’histoire de la science-fiction. Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? / Blade Runner, de Philip Dick, avait bien avancé sur la voie mais était resté dans le domaine du roman noir (d’anticipation certes), avec ses manipulations du vivant, ses vamps et ses éléments extrême-orientaux, mais il ne s’était pas aventuré du côté de l’informatique et de ses potentialités. W. Gibson pose ainsi les bases d’un genre qui fera des émules, à l’image de la série Matrix et qui popularisera le terme cyberespace (cyberspace dans la première traduction française), inventé par lui-même dans une nouvelle précédente. Il y a bien sûr aujourd’hui un petit côté daté à la lecture de l’œuvre. Au début des années 80, 32M de RAM c’est du lourd et on peut encore se permettre de penser que l’interface DOS sera à jamais le fin du fin. Mais l’auteur contribue aussi à des questions encore aujourd’hui d’actualité : la place des grandes entreprises (mégacorporations), le crime organisé à l’échelle mondiale, la massification des données, l’intelligence artificielle, le transhumanisme ou les écarts gigantesques de revenus. Le thème de la religion y est connexe sans pour autant être absent et les drogues (un point très documenté) sont centrales dans le récit (un legs de la décennie précédente sans doute). Le livre est parsemé de références culturelles. Certaines renvoient à la science-fiction (rue Jules-Verne p. 121), d’autres cherchent du côté des arts plastiques (La mariée mise à nue par les célibataires, même de M. Duchamps, p. 248).

Malgré ses plus de trente ans, la traduction a bien vieillie, même si elle est peut-être un peu trop gouailleuse par endroits (mais cela semble suivre l’original). Plein de mots, utilisés pour faire moderne, sont restés dans le langage courant. D’autres, comme le verbe watergater (p. 101 par exemple, les années 70 toujours), n’ont pas fait souche. De nombreuses marques technologiques présentes sur le marché dans les années 80 sont citées (renforçant le côté anticipation), ce qui donne aujourd’hui un effet rétro-SF bien involontaire. Qui associe Braun avec l’avenir, de nos jours ? S’il est des moments dans le récit qui sont parfois un peu flous, il nous a semblé que c’était pleinement volontaire. Entre les drogues et le cyberspace …

Mais le roman de W. Gibson, dans ce qu’il décrit sur de nombreux points, a beaucoup à voir avec notre réalité. Notre futur immédiat est-il aussi sombre, violent, décadent et amoral que ce qu’il a imaginé ?

(la police de Turing p. 186, ce sont aussi des chasseurs de réplicants ? 8)

La nuit des temps

Roman de science-fiction de René Barjavel.

L’une des masses de granit de la SF francophone.

Dans l’Antarctique, une équipe scientifique française découvre le signal d’une balise radio sous la glace, à plus d’un kilomètre de la surface. Une équipe internationale se constitue pour mettre au jour ce qui envoie ce signal, qui, si les glaciologues ont raison, émettrait depuis 900 000 ans. En descendant dans la glace de ce continent sujet aux tempêtes et à un froid effroyable, les scientifiques découvrent des ruines et des éléments de flore et de faune congelés qui n’ont rien à voir avec le milieu que les entoure. Qui donc a bien pu vivre là et mettre en place une balise avec une telle durée de vie ? Et surtout pourquoi tout ceci n’est plus ?

Notre série sur les classiques de la SF s’ajoute un numéro avec ce roman de l’estimé Barjavel. La nuit des temps est un classique mais il se différencie clairement de la production de l’Age d’Or de la SF étatsunienne mais aussi de Dune, écrit au même moment tout en puisant dans des éléments assez français. Il y a peu de choses à voir avec le type de sensualité que l’on peut trouver chez un I. Asimov (pourtant déjà aventureux de ce côté-là dans Face aux feux du soleil, avec là aussi des cités enterrées). Les descriptions de R. Barjavel ont un côté naturaliste tout en étant acrobatiques qui sont un plaisir pour le lecteur. Mais le début en lui-même, avec ses désolations glacées antarctiques et sa civilisation ancienne, fait aussi penser à Lovecraft, sans que le chemin vers l’horreur de ce dernier soit parcouru. Cette sensualité affichée, c’est aussi celle des années 60, un contexte d’écriture très présent. Tellement présent que l’auteur se défend d’avoir retouché son texte après mai 1968, après avoir achevé son manuscrit en mars de la même année (p. 167). On retrouve la fascination pour l’amiante mais aussi la contestation de la consommation (les parkings p. 31, les produits dérivés p. 34, les raviolis cuits dans leur boîte p. 301 etc.). La mention du barrage d’Assouan complète ce tableau d’une époque (p. 29), avec des références humoristiques qui commencent parfois à dater (le troisième bac, p.30).

Le roman joue de plusieurs thèmes, qui ne sont pas propres à la SF. Le premier de ceux-ci est celui de l’Age d’or, celui que les chercheurs pensent voir dans leurs devanciers de l’Antarctique. Mais c’est un Age d’or limité aux individualistes du Gondawa antarctique, au contraire de Enisor qui lui fait dans le la personnification du péril jaune, avec ses masses indifférenciées qui partent à l’assaut du monde (p. 148 et p. 189). Cette société antarctique, est d’abord présentée sous un jour souriant, avant que l’auteur, avec la tension progressant au fil du roman, ne précise certaines choses qui peuvent être plus déplaisantes, comme les exclus sans revenus de base (p. 211), les troupes d’assaut de la police etc. Cette utilisation de l’Age d’or est donc une présentation fine et à tiroirs. Il n’y a pas un Age d’or en -900 000 (qui est un Eden avec banque centrale p. 155) et un Age d’airain au XXe siècle, le cycle est bien plus court, si tant est que le point de départ idéal existe. Comme effet collatéral de ce thème, on a tout de même droit à un excursus sur le christianisme qui aurait réintroduit la honte dans l’Humanité (avec la classique dichotomie Christ-Paul en prime, p. 238).

Ensuite c’est une SF très critique de la science. A part le personnage de Simon, les autres scientifiques de l’expédition ne se pas présentés sous des jours très favorables. De plus, la manipulation des objets retrouvés dans l’abri fait passer ces scientifiques pour des apprentis-sorciers inconscients et immatures. C’est leur médiocrité qui permet au scénario de rendre plausible le qui pro quo final (mais ça reste une faiblesse à notre sens), un scénario bien aidé par le personnage de Eléa, étonnamment peu maline sur le coup. Mais la presse ne bénéficie pas d’un traitement plus sympathique dans ce roman.

Au niveau de l’écriture, outre des dialogues bien tournés, ce qui frappe le lecteur c’est le déroulement cinématographique qui lui vient sans doute de son origine comme scénario. Les aller-retour avec la famille qui commente les évènements retransmis à la télévision ont toute leur place dans ce schéma, avec un finale sur fond d’étudiants criant « Pao ! Pao ! Pao ! » (lire Mao) assez truculent, tout en, dans le même mouvement, annonçant mai 68 et faisant montre d’un mépris de classe assez violent.

Expérience positive, avec une lecture très plaisante et une plongée intéressante dans la peur nucléaire des années 60 mais c’est aussi un hymne à l’amour absolu. Un mélange pouvant donner de belles choses.

(dans ce roman, pas de Soviétiques mais bien encore des Russes … 8)

Star Wars, un récit devenu légende

Conflits, passions et trahisons : la saga décryptée
Essai sur la littérarité de la série cinématographique Star Wars par Nicolas Allard.

L’hyperespâââââce.

Star Wars est devenu un grand rendez-vous annuel au cinéma, en plus de tous les produits dérivés qui sortent en continu. Mais est-ce seulement une série de films d’action et de science-fiction ? Tel n’est pas l’avis de Nicolas Allard, enseignant en classe préparatoire, qui y voit une ligne narrative, courant de l’épisode I à au moins l’épisode VIII (il y ajoute Rogue One pour faire bonne mesure). Prenant le parti d’une progression narrative pour cet ouvrage, N. Allard ne démarre donc pas avec l’épisode IV (sorti au cinéma dans sa première version en 1974) mais avec l’épisode I, la Menace fantôme. Qui dit narration (ou récit) dit procédés narratifs, et c’est ce qu’analyse l’auteur dans les 210 pages que compte ce livre, en plus des liens entre les personnages, leurs buts et leurs psychologies.

L’auteur commence donc par le très discuté épisode I. Son jugement n’est pas entièrement négatif, mais N. Allard le pense néanmoins très dispensable. Ce qui le gêne le plus, c’est que c’est une opposition à la pleine expansion de l’imaginaire du spectateur avec la volonté d’expliquer tout ce qui se passe dans l’épisode IV (p. 12). Montrer une Ancienne République avant sa chute était nécessaire, expliquant la lutte de la Rébellion pour revenir à un état démocratique ou du moins non dictatorial. L’antagonisme Sith-Jedi était lui aussi nécessaire dans cet épisode, passant d’une différence hiérarchique à une dimension spirituelle (les Siths vont toujours par deux, p. 16). Mais pour l’auteur, l’ellipse de dix ans entre les épisodes I et II est l’aveu de l’inutilité du premier épisode.

Dans ce second épisode, le film cherche à compenser ce premier opus déficient. C’est pour l’auteur clairement le but de l’histoire d’amour entre Anakin et Padmé (p. 33). Anakin et Obiwan y sont comparés à Perceval et Gauvain. On entre aussi plus profondément dans le fan service, ce que N. Allard traduit par une « réponse à l’horizon d’attente du spectateur/lecteur » (p. 40-41), avec l’apparition de Jango et Boba Fett mais dont la présence n’apporte rien au récit, ce dernier qualifié même de « hasardeux ». L’arrière-plan politique est pour l’auteur à la fois flou et simpliste, avec une alliance entre Séparatistes et Dark Sidious difficile à expliquer (p. 46).

L’épisode III est de l’avis de la majorité l’épisode le plus réussi de la prélogie. C’est surtout le plus épique en plus d’être le récit de la chute d’Anakin, bien aidée par le flagrant manque de psychologie du Conseil Jedi. L’auteur trace d’ailleurs un parallèle entre cet épisode et la pièce de théâtre Britannicus de J. Racine où Neron est conseillé par plusieurs proches mais choisi de suivre le mauvais conseiller. Néron tue alors son frère, mais perd du coup celle qu’il aimait en plus du soutien du peuple qui jusque là aimait sa vertu (p. 67-68). C’est cette catabase (descente aux enfers) qui fait tout l’intérêt de cet épisode, avec le moment fort du basculement  (mais elliptique) de l’entrée dans le Temple Jedi (p. 68). Cette catabase se poursuit sur Mustafar, la planète de lave, où se joue une sorte d’Orphée aux Enfers inversés, Padmé essayant de sauver Anakin. (p. 72). Ce chapitre est aussi l’occasion pour l’auteur de s’interroger sur l’homosexualité de Palpatine (changer un jeune homme par un autre etc) tout en faisant un parallèle intéressant entre Dark Vador, le Monstre de Frankenstein et les Nazgûls (p. 78-79).

Le chapitre suivant permet à l’auteur de parler des différences et des similitudes entre Vador, Padmé, Leia et Luke (p. 87-88) mais aussi de développer un peu sur le personnage d’Obiwan en tant que sage immoral dans l’épisode IV (il était déjà pas sans taches dans la prélogie, p. 91). Il est aussi fait un parallèle dans ce chapitre avec le Seigneur des Anneaux (p. 93). Celui-ci nous semble cependant pas concluant. Un parallèle avec le Hobbit aurait sans doute mieux accompagné le développement de N. Allard sur la constitution comique d’une communauté héroïque. Mais peut-être que l’auteur est alors plus concentré sur les personnages des films que des romans ?

L’épisode V est très explicitement le favori de l’auteur. A bon droit même si l’on suit l’avis majoritaire des amateurs. Cela tiendrait en premier lieu au fait que Vador y serait le metteur en scène de l’épisode (p. 121). N. Allard analyse aussi avec justesse le duel sur Bespin entre Vador et Luke comme la recherche d’une certaine intimité de la part de Vador pour proposer à son fils de renverser l’Empereur (p. 125). Dans cet épisode, Vador est redevenu la force agissante de l’Empire sur le terrain après l’échec des autres subordonnés. Cette évolution continue dans l’épisode suivant avec cette fois-ci l’Empereur obligé d’être présent physiquement, alors que la situation dans l’épisode V lui permettait encore de n’être qu’un hologramme.

L’épisode VI démarre lentement et pas sans redondances selon N. Allard. Luke y assume son ascendance dès le début de l’épisode mais il est aussi le seul depuis sa mère à croire en la rédemption possible de Vador/Anakin (p. 141). De son côté Vador, malgré son offre de l’épisode V, protège encore l’Empereur, sans doute parce que ce dernier est le dernier lien qui unit Anakin à Vador ainsi qu’à l’humanité même, dans une solitude hyperbolique (p. 144). Toujours est-il (p. 146) que Luke ne tue pas le père  …

La postlogie (qui commence avec le septième épisode) a un problème d’entrée de jeu pour l’auteur. Elle a été tournée après la prélogie (voir même contre elle, p. 163), celle qui explique la prophétie du rééquilibrage de la Force et le principe sith du « un maître, un apprenti » (p. 154), et elle doit faire suite à la fin fermée de l’épisode VI. La conséquence est sans appel pour N. Allard : l’épisode VII n’a pas lieu d’être mais ce n’est pas forcément un mauvais récit pour autant. L’auteur est très dur envers cet épisode, au point de se demander si toute la trilogie n’a servie à rien. Il y voit de monstrueuses incohérences avec le VI, de plus dans un contexte obscur (le Nouvel Ordre est une faiblesse scénaristique, voire une paresse p. 174). Ne s’est-il rien passé en 30 ans  (p. 158-159) ? Le reproche principal reste cependant le manque d’originalité de cet épisode, sorte de reprise de l’épisode IV, à l’écriture contrainte du fait de l’âge des protagonistes, avec son surplace du début, ses grosses coïncidences et Kylo Ren en jeune radicalisé (p. 171). L’auteur nous semble cependant faire fausse route quand il affirme que la sensibilité à la Force est une invention de l’épisode VII, puisque cette dernière existait déjà dans les romans et les jeux de cartes (p. 162). Mais au niveau cinématographique, elle y est devenue explicite. Autre innovation, le sabre laser d’Anakin donne maintenant des visions (p. 167). N. Allard semble regretter que ce ne soit pas une épée de Melniboné … Fait marquant, il n’y a pas d’analepse entre le septième et le huitième épisode, c’est une suite directe. Le déplaisir est donc bien marqué à la lecture de ce chapitre. Pour l’auteur, le spectateur était jusqu’à l’épisode VII libre d’échafauder ses propres théories, comme dans un livre. Mais il y a maintenant des DLC (acronyme anglais pour contenu téléchargeable) …

L’avant dernier chapitre du livre se concentre sur l’épisode libre intitulé Rogue One. N. Allard le trouve faible narrativement, une conséquence de l’abondance de personnages, en plus d’être tout aussi faible en informations (p. 187).

Le dernier chapitre cherche à définir quelles peuvent être les évolutions à venir dans la saga (le livre est sorti neuf mois avant l’épisode VIII) en partant des personnages. C’est un chapitre où l’auteur prend quelques risques, en connaissance de cause, après analyse des potentialités narratives de l’épisode VII, des bandes annonce de l’épisode VIII et des déclarations de l’équipe du film (p. 195 et suivantes). Nous verrons bien si le carreau est loin de la cible …

Le public visé par ce livre est des plus larges, allant même jusqu’à préciser que Stendhal est un romancier français (p. 29, La Boétie p. 71). Le livre est informé mais si l’on en croit la bibliographie, ne s’appuie que sur des ouvrages en français. C’est très plaisant à lire, avec une infinité d’observations d’une grande justesse et un intérêt pour la psychologie des personnages qui tient le lecteur en haleine. On peut discuter de la définition de catharsis donnée par l’auteur (p. 217), mais les autres concepts, principalement littéraires, sont correctement introduits et permettent des analyses claires, sans pesanteurs, avec de nombreuses comparaisons avec des classiques de la littérature française et mondiale. Assez étonnamment il reste des erreurs formelles, dont celle qui fait le plus mal pour un agrégé est cette erreur dans le participe-passé de la page 41. Autre problème formel, il a été rajouté dans le texte des citations de ce même texte, en exergue à l’intérieur des chapitres, avec des guillemets anglais jamais fermés. Mais comme le lecteur vient justement de lire ces mêmes phrases quelques centimètres plus haut, on obtient juste une redite plus que dispensable.

(promenons nous dans les bois pendant que l’Empire n’y est pas, p. 137, est un très bon titre … 8)

Lovecraft

Au cœur du cauchemar
Recueil d’articles autour de H.P. Lovecraft, dirigé par Jean-Laurent Del Socorro et Jérôme Vincent.

Que serait la renommée d’Euclide sans Lovecraft ?

Il est indéniable que H. P. Lovecraft a durant les dernières décennies énormément gagné en visibilité, surtout du fait que sa création la plus connue fait maintenant partie intégrante de la culture populaire occidentale. Cet état de fait contraste bien évidemment avec la notoriété qui fut la sienne durant les années où il fut actif en tant que romancier, nouvelliste et essayiste (avec une conséquence directe sur ses revenus). Ce livre interroge, en plus de 450 pages, cette évolution et cette reconnaissance (qui touche aussi d’autres auteurs étasuniens des années 20 et 30).

Le structure générale du livre ne prétend pas à l’inédit. Il s’articule, très logiquement, en trois parties centrées successivement sur l’homme, son œuvre et sa postérité.

La première partie semble avoir pour but premier de lutter contre la mythologie entourant l’auteur de Providence, vendu après sa mort comme reclus, psychiquement faible ou occultiste. Les trois premiers articles s’attachent ainsi à mettre en lumière la personnalité, la philosophie et les rencontres (de visu ou épistolaires, avec une production de peut-être 100 000 lettres) avec l’aide de B. Bonnet, C. Thill et le grand spécialiste S. T. Joshi. Les deux articles suivants inaugurent l’aspect géographique (qui reviendra par la suite) avec les lieux qu’a fréquenté Lovecraft (M. Manchon) et la relation du voyage à Providence qu’à fait le traducteur F. Bon sur les traces du maître. Puis, au rayon des liens que Lovecraft entretenait avec d’autres écrivains, l’accent est mis sur Robert Howard (B. Bonnet), avec une sélection de lettres qu’ils s’échangèrent (P. Louinet). La partie s’achève sur l’activité de conseil et de correction/réécriture/nègre de Lovecraft, une partie de sa vie d’écrivain encore à même de connaître des découvertes (T. Spaulding). Le seul commanditaire qui semblait payer correctement fut le magicien H. Houdini (la première collaboration date de 1924). Mais sa mort en 1926 a brisé net le projet de livre sur la superstition qu’il avait chargé Lovecraft d’écrire.

La seconde partie (l’œuvre) commence avec une histoire de l’édition des textes de Lovecraft (C. Thill), pour vite passer au personnage de Cthuluh. Ce dernier est l’objet d’une analyse (E. Mamosa) avant d’être le sujet d’une interview de R. Granier de Cassagnac.  Puis B. Bonnet présente de manière étendue ce qu’il considère comme étant les 25 œuvres essentielles de Lovecraft. L’entretien avec C. Thill qui suit vient appuyer cette présentation avec un point de vue plus synthétique. Puis F. Montaclair montre comment Lovecraft, loin d’être un écrivain à part, s’insère très bien dans la production littéraire de son temps, avec en particulier une analyse comparée entre Le cauchemar d’Innsmouth (1931) et Manhattan Transfer de John Dos Passos (paru en 1925). Les analyses s’enchaînent ensuite, avec la science de Lovecraft (E. Gorusuk), l’anti-héroic fantasy qu’aurait écrite ce dernier (très axé sur l’héritage de Lord Dunsany puis avec sa distanciation, C. Thill), l’introduction de D. Camus pour sa traduction des Montagnes hallucinées et une mise en perspective des différentes traductions depuis 1954 (M. Perrier). D. Camus complète la très bonne analyse de M. Perrier dans la reproduction de sa préface aux Contrées du rêve où il explique ses choix de traduction. Cette seconde partie prend fin avec un entretien de M. Chevalier sur la poésie de Lovecraft, et plus particulièrement les Fungi de Yuggoth.

La dernière partie est presque exclusivement composée d’entretiens. Seuls les articles sur Cthuluh dans la bande dessinée (A. Nikolavitch) et Lovecraft au cinéma (S. Azulys) n’en sont pas. Sont ainsi interrogés P. Marcel sur Lovecraft en tant qu’héros de fiction, J.-M. Gueney sur le jeu vidéo, F. Baranger, N. Fructus  et P. Caza (les deux derniers illustrent aussi en partie cet ouvrage avec Goomi, E. Vial, Zariel et G. Francescano) sur Lovecraft en image, ainsi que C. Ferrand et les éditions Sans-Détour sur le jeu de rôle. Avant la présentation des différents auteurs de ce recueil sont rassemblées les impressions sur Lovecraft et son œuvre d’une foultitude de gens interrogés par les éditeurs (visiblement des gens de lettres, mais nous avouons n’en connaître qu’une très petite partie et M. Houellebecq, pourtant auteur d’un livre sur Lovecraft, n’en fait pas partie).

C’est un livre touffu, qui s’adresse en premier lieu à des lecteurs déjà connaisseurs et de l’œuvre et de la vie de H. P. Lovecraft. Il est très richement illustré, non seulement dans le texte mais aussi en dehors. Beaucoup d’illustrations n’ont par contre hélas pas été sourcées, ce qui peut laisser parfois le lecteur quelque peu perplexe. Ce livre est aussi un recueil classique, dans le sens où tous les articles ne plaisent pas à un égal degré lors de la lecture. L’article sur les lieux et celui sur les révisions auraient mérités plus d’attention quant au style (le dernier est même parfois très confus), et le ton de connivence du tout premier article nous a très vite ennuyé. Certains articles auraient pu aller plus en profondeur, ou encore s’épargner la confusion comme par exemple celui sur la science (p. 277) qui dit très maladroitement que « dans un monde du XXe siècle où la société, le capitalisme, les guerres et les dictatures règnent, il n’est pas étonnant de constater que Lovecraft ait pu déceler dans la science un moyen destructeur pour l’homme de se rendre compte de tout ce qui le dépasse et qui le mène potentiellement à sa fin » (sic). Le même article parle du site archéologique de Salem (p. 278) … De la même eau, l’explication du contre-sens sur la nature de Kadath (une cité ou un pic ? p. 324) manque justement totalement son but.

Les articles présentent différents points de vue, ce qui fait le sel de l’objet, mais parfois une direction commune semble avoir manqué. Si l’appréciation de la part réelle de Zealia Bishop dans les nouvelles signées par elle (p. 95 et p. 151) ou la perception plus ou moins construite du bestiaire lovecraftien (p. 225) peut différer grandement, il est plus troublant de lire dans la première partie que H. P. Lovecraft est très vite revenu du fascisme et de l’hitlérisme (son racisme est bien connu et abondamment cité dans les réactions de la dernière partie), alors qu’il est qualifié de pro-nazi plus loin (p. 384). De même si l’article sur les 25 œuvres essentielles est très intéressant, il tombe dans l’anachronisme dont il prétend se défier (p. 228).

A contrario, l’article sur le cinéma est d’une très grande tenue, l’interview de S.T. Joshi très éclairante et l’analyse des différentes traductions atteint pleinement son but. Le parallèle entre Lovecraft et la Génération Perdue de la littérature étatsunienne est certes ardu, mais sa solidité est manifeste. L’article sur la bande dessinée fait montre de beaucoup de qualités lui aussi et l’on apprend enfin qui était le Bergier dont il est fait mention dans la nouvelle H.P.L. de R. Wagner (p. 16, p. 144-145 et p. 295-296) !

Certaines notes sont de plus inutiles (les notes lexicales 26 et 27 de la p. 183 par exemple), d’autres références ne sont pas immédiatement claires (p. 279), il y a de trop nombreuses erreurs typographiques et de formes qui auraient pu être éliminées (des lettres graissées p. 253, un numéro de page baladeur p. 323 etc).

Si ce livre est très très loin d’être un cauchemar pour le lecteur, il reste donc très inégal et aurait grandement bénéficié d’un tout petit peu plus de temps de polissage. Tout le spectre est balayé (l’importance du jeu de rôle pour faire connaître les écrits de Lovecraft apparaît nettement), même si d’autres thématiques auraient pu aussi être de la partie (d’autres choix de lettres ? les relations entre Lovecraft et A. Derleth ?), et les illustrations sont d’un grand apport, tant documentaire qu’esthétique. Un livre qui encourage aussi le lecteur à questionner les traductions, que ce soit celles du dandy de Providence, ou d’autres.

(l’apport paradoxal, corrupteur et néanmoins popularisateur, de A. Derleth semble être accepté après une période où il faisait figure de traître abominable … 6,5)