Gormenghast I : Titus d’Enfer

Roman fantasy de Mervyn Peake.

Un éclair après l’autre !

Il n’y a que le château de Gormenghast. Autour, rien, ou si peu de choses. Il y a bien ces Brillants Sculpteurs, dans leurs huttes, et un de peu de bois, de collines et de lacs. Mais par rapport au château de Gormenghast, montagne devenu château ou l’inverse, avec ses souterrains sans fin, ses couloirs innombrables, ses chambres insoupçonnées, ses terrasses oubliées de tous … Dans ce château tout entier tourné sur lui-même règne Lord Tombal, le 76e comte d’Enfer. La vie du comte, réglé par un immémorial rituel d’airain, est troublée dans sa mélancolie par la naissance de son héritier Titus. Sa mère, l’imposante comtesse Gertrude n’est intéressée que par les oiseaux et les chats. Elle ne souhaite voir son fils qu’à partir de sa sixième année de vie et Titus est donc confié à la nurse Nanny Glu. L’aînée des d’Enfer, Lady Fuchsia, a du mal à encaisser de n’être plus la seule enfant du couple.

La domesticité et les autres habitants du château sentent aussi souffler le vent du changement, même ceux qui ne sortent pas de leur lieu de travail retiré comme le conservateur de la galerie de sculptures. Si la nurse Nanny Glu est inoffensive en plus d‘être complexée et pleurnicharde, le chef Lenflure et le premier valet Clacrosse sont autrement plus dangereux et ennemis. Finelame, commis de cuisine, parvient à trouver le moyen de s’échapper des sous-sols où il était à la merci du sadique Lenflure. Son ambition, sa volonté et son intelligence peuvent lui permettre une ascension sociale au château, ce dont il ne va pas s’abstenir. Mais à quel prix …

Ce livre n’est pas qu’un très très bon roman, c’est aussi un très long poème naturaliste et absurde. Tout est ciselé, les descriptions sont d’une affolante justesse, conduisant à une œuvre baroque et jubilatoire. Ce qui choque le plus, c’est la présence souveraine et impressionnante des couleurs. L’auteur est peintre et illustrateur, il ne peut pas le cacher : son don pour l’observation et la retranscription chromatique est sublimé dans ce roman. Le lecteur est amené à participer au récit, que ce soit par les rares interpellations du lecteur par le narrateur (p. 455 par exemple) ou par la volonté de rapprocher le monde de Gormenghast du notre : on parle d’Arabie (p. 348), on fait référence au christianisme (p. 93 par exemple). Le niveau technologique du monde est cependant assez indéterminé.

Et la traduction est en plus de tout premier ordre, avec comme morceau de bravoure le poème p. 166-168 et des formules vieillies mais délicieuses (p. 219 par exemple, ou l’emploi du mot « vesces » p. 531 pour des plantes fourragères). Le niveau de langue est stratosphérique.

Pour lecteur, en plus du côté esthétique, c’est comme la traversée d’un asile de fous que l’on observerait en train de jouer une pièce, comme Sade mettant en scène les internés de Charenton. Tous sont affectés de problèmes mentaux, même Finelame que l’on peut penser exempt au premier abord. C’est peut-être même lui le Sade metteur en scène. La violence est souvent présente, tantôt ouverte, tantôt affleurante entre les personnages (le lecteur peut se demander s’il a bien lu au tout début avant de rencontrer Lenflure pour la première fois). Le façonnage des personnages est au niveau du reste.

Le huis clos est renforcé par le fait que le comte est enfermé doublement : à la fois, il est le château (donc on découvre néanmoins certaines particularités en fin de volume), mais en plus il est le point focal de rites qu’il doit accomplir chaque jour sous la supervision de Grisamer, le Maître du rituel. C’est l’intemporalité qui est mise en danger avec la naissance de Titus et une simple brise peut maintenant apporter la tempête sur Gormenghast. Une tempête précédée d’une désespérance très profonde à la fin du livre.

Un livre magnifique, qui a la très grande chance d’avoir une suite.

(mais il n’y a pas que la haine comme sentiment dans ce livre …8,5/9)

Perdido Street Station II

Roman steam-punk de China Miéville.

Mandy Bulle, pour vous servir !

Isaac Dan der Grimnebulin est à l’origine d’évènements désagréables. Chargé avec des fonds non négligeables de trouver le moyen de faire revoler l’homme-oiseau Yagharek, il a malencontreusement et par ignorance nourri une chenille devenue papillon. Et quel papillon …Pas du genre à virevolter joyeusement au-dessus des prés. Un de ses camarades de laboratoire fut sa première victime, gisant maintenant à l’état de légume et vidé de sa psyché. Et le monstre retrouve bientôt des congénères retenus prisonniers quelque part dans Nouvelle-Crobuzon et les cauchemars s’abattent sur la ville. Les victimes s’accumulent, de toutes races et toutes classes sociales et il est vite évident que ce n’est pas seulement son ami que Isaac va devoir sauver. Aussi ce dernier, la journaliste Derkhan, Yagharek et le délinquant Lemuel se mettent à la recherche d’une solution (Lin l’artiste doit continuer son œuvre de commande), sans savoir que d’autres, bien plus puissants qu‘eux, s’attèlent aussi au problème mais avec d’autres objectifs. Le gouvernement de la ville utilise tous les moyens de son appareil répressif et cherche les alliés les plus improbables, versatiles et dangereux. Isaac et ses compagnons ignorent tout de cet échiquier et ne voient pas toutes les pièces, dont certaines courent après un pouvoir bien plus grand encore.

Le premier tome avait été celui de l’exposition et ce second tome ne s’attarde plus sur les présentations. L’action se déploie quasiment sans temps mort dans tout le reste du roman. Certains aspects déjà évoqués dans la première partie sont plus présents dans celle-ci. En premier lieu, la magie, très loin d’être massivement employée, joue un petit rôle. Ensuite , la violence gouvernementale, qui dans un premier temps paraissaient surjouée, montre toute son étendue. Du côté de la violence on peut par ailleurs dire que le lecteur est gâté. Elle est omniprésente et son traitement est détaillé et naturaliste. Mais si à l’évidence la ville de Nouvelle-Crobuzon est une société d’une énorme dureté (acceptée), ce n’est pas pour autant l’anomie et il reste très clairement une morale minimale, qui d’une certaine manière conduit au dénouement final (un retour au départ et en même temps un nouveau départ). C. Miéville ne tombe pas dans le piège qu’aurait été de coller à un victorianisme transposé et ses clins d’œil le restent.

Pour ce qui est de l’écriture, il n’y a aucune perte de qualité, déjà très haute, entre le premier tome et celui-ci. Tout s’agence très bien et si certains développements sont prévisibles, l’auteur ne cherche pas à arnaquer le lecteur en faisant apparaître des éléments ou en sauvant les héros grâce au scénario. On peut, ça et là, penser que certaines pauses seraient inutiles (voire même des longueurs), mais d’une certaine manière cela renforce le réalisme de ce roman, qui, pour ce second volume, se déroule sur à peine quelques jours. Il y a dans ce roman une très grande inventivité, où des termes anciens et archétypes sont réinterprétés avec justesse, sans donner au lecteur l’impression du pillage d’une autre œuvre de littérature de l’imaginaire. Le monde en lui-même, sans être tolkinien dans sa profondeur, possède une véritable épaisseur. Subtilement, l’auteur peut au travers de ce véhicule introduire des réflexions sur la ville (ce qu’il fait visiblement encore dans d’autres de ses romans ou essais) ou la liberté (de plusieurs manières en toute fin de roman).

Si la reproduction de la carte de la ville-monde qui figure dans le premier tome manque au lecteur, cela n’amoindrit en rien l’énorme qualité de ce roman, presque parfaitement servi par la traduction. A juste titre l’une des plus grandes œuvres de la fantasy urbaine, subtile et très équilibrée, mélange de profond pessimisme et d’espoir guidé par des sentiments puissants se révélant de manière abrupte aux personnages.

(il y a du Orphée et Eurydice dans ce livre …8,5/9)

Perdido Street Station I

Roman de fantasy urbaine de China Miéville.

Ca vole très haut.

Venant des durs déserts du Cymek, Yagharek le Garuda arrive dans la métropole de Nouvelle-Crobuzon. Il est à la recherche de quelqu’un qui pourra le faire voler à nouveau, lui à qui on a retiré les ailes pour crime majeur. Isaac Dan der Grimnebulin, savant indépendant, est celui que choisit Yagharek pour mener cette tâche à bien. Grimnebulin ne manque ni d’idées ni de connexions dans la ville tentaculaire et se met à la tâche avec ardeur. Lin son amante est une Khépri, hybride d’humain et de scarabée. C’est une artiste qui crache ses œuvres plastiques grâce à ses glandes. Elle est contactée par un mystérieux admirateur qui souhaite lui passer commande moyennant une très forte rétribution. Mais dans le contrat, le secret est aussi un impératif, ce qui peut s’avérer compliqué quand on entend des choses pas destinées à ses oreilles … Amie d’Isaac et Lin, Derkhan est journaliste. Elle travaille pour le Fléau Endémique, un journal résolument opposé au Parlement et au maire qui gèrent la ville de Nouvelle-Crobuzon. Mais le pouvoir l’a dans sa ligne de mire et la possession d’un exemplaire même est passible de sanctions. Et il est des choses pires que la prison que peuvent ordonner les juges de la ville …

Les choses mettent leur temps pour se mettre en place dans ce roman très bien écrit et surtout remarquablement traduit (sauf ce petit possessif à la place du démonstratif p. 32). Mais si les évènements s’accélèrent en fin de volume, c’est surtout parce que la coupure en deux tomes est le fait de l’éditeur. L’impression doit donc être différente en version originale.

Le monde est d’un grand intérêt et présente une ville chatoyante. On parle d’autres contrées environnantes ou lointaines mais toute l’action se passe dans la ville. La vie urbaine est cependant d’une grande dureté, entre quartiers en ruine, bidonvilles, crime et répression de la part des autorités (Mervyn Peake est cité dans les remerciements, sans doute pour l’inspiration du côté tentaculaire du bâtit que l’on retrouve dans Gormenghast). Technologiquement, on se trouve globalement dans un développement technologique comparable à la fin de notre XIXe siècle, avec des trains et des dirigeables mais où les fiacres n’ont pas encre été remplacés par les voitures automobiles. Mais il y a encore des fusils à silex, et à l’autre bout du spectre des bombes surpuissantes qui engendrent des mutations. A cela s’ajoute la magie mais cette dernière est très loin d’être omniprésente. Sociologiquement, ce qui est décrit dans le roman est peu probable (avec tant de violence et d’inégalité), mais il ne semble pas que l’objectif de C. Miéville fut d’écrire une fable sociale. Le second volume nous rapprochera peut-être de réactions sociales violentes si des éléments du pacte social ne sont plus actifs. Les religions et les partis politiques sont abordées et elles aussi auront peut-être un rôle plus important à jouer dans la suite.

Les Humains et les Khépri ne sont pas les seuls habitants de Nouvelle-Crobuzon (un nom que l’on peut penser mal choisi au premier abord mais qui à l’usage se révèle assez puissant). Des quantités d’autres races ont fait souche : parmi d’autres, les Vodyanoi sont des sortes de batraciens qui peuvent sculpter l’eau, les Recréés ont été modifiés par des adjonctions de tissus organiques ou de mécanismes et les Calovires sont des sortes de gargouilles volantes et peu civilisés. Ménagerie bien pensée et intéressante (il a même des surprises en cours de route !) qui renforce l’atmosphère dickensienne de ce steampunk mesuré (avec un léger soupçon de post-apocalyptique ?). Le roman, malgré une exposition un peu longue, sait devenir prenant. Les personnages principaux, en nombre limité, ne sont pas qu’une collection d’archétypes et possèdent une belle profondeur psychologique. Ils ne sont ni des héros invincibles ni des perpétuelles victimes ni encore des trains lancés vers une directions connue d’avance, ce qui va rendre la résolution de leurs problèmes, petits et grands, particulièrement intéressants.

Le second volume nous regarde et nous sentons monter la convoitise.

(il y a tellement de potentialité que je ne vois pas comment nous serions déçus … 7,5)

Alice au Pays des Merveilles

Roman fantasy de Lewis Carroll.

Hop hop hop !

C’est le plus grand des hasards qui a porté ce très grand classique de la littérature de l’imaginaire devant nos yeux. On s’était imaginé l’œuvre un peu plus grosse … Mais non, en à peine 120 pages et plus de 150 ans plus tard, Lewis Carroll est encore aujourd’hui une référence connue de presque tous (avec des images Disney en prime dans chaque cerveau qui aident à sa renommée).

Alice et sa sœur sont au bord d’un cours d’eau et Alice s’ennuie. Passe un lapin en redingote, qui sort sa montre gousset et s’affole de son retard. Alice, intriguée, suit ce lapin dans un terrier et entame à sa suite une chute interminable … Qui se finit bien, mais devant un couloir aux portes fermées. Seule une porte semble pouvoir s’ouvrir mais Alice est bien trop grande pour pouvoir passer à travers. Une bouteille lui demande de la boire, alors elle s’exécute …

Alice, dans ce pays merveilleux, confronte ainsi sa logique à celle de son entourage, prenant souvent la forme d‘une critique de la société victorienne. Les pastiches de comptines (très anglaises) sont de ce point de vue emblématiques. Mais cette absence de logique, cette folie par instants (c’est bien l’adjectif accompagnant le Chapelier) dans laquelle se meut une Alice toujours calme et polie, cette folie touche au cauchemar. Si certains personnages désamorcent en fin de tableaux certaines situations, la violence affleure, venant de toutes les couches de la société (la Reine, la cuisinière) ou de la Nature elle-même. Alice a bien du mal à comprendre la Souris et son rapport aux chats et aux chiens, et cela montre peut-être un changement de rapport des populations urbaines (Oxford) à la Nature par Lewis Carroll (ou seulement la naïveté enfantine, versant alors vers le roman d’apprentissage ?).

La présentation et les notes du traducteur J.-P. Berman sont d’un très grand intérêt, replaçant le roman dans la vie de son auteur, sa fascination pour les jeunes filles (qui lui font perdre son bégaiement selon sa biographie p. 13), son œuvre de photographe, d’inventeur de jeux (de cartes aussi, bien entendu !) et de mathématicien. Les notes sont bien sûr primordiales dans l’explication des allusions aux amis de L. Carroll, aux parodies de poèmes et à l’histoire anglaise mais elles aident aussi à comprendre les difficultés de la traduction d’un tel livre (et la connaissance de la production littéraire du XIXe siècle que possède le traducteur).

Un livre compact, agréable, fascinant et léger, mais cette clochette tinte encore très bien et son écho a déjà visité d’innombrables contrées. La fantasy doit décidément beaucoup aux universitaires anglais !

 (le traducteur se sent obligé de décrire ce qu’est un jeu de croquet… tristesse…. 8)

Solomon Kane, l’intégrale

Recueil de nouvelles de Robert E. Howard, introduit et commenté par Patrick Louinet.

Un corbeau s’est posé.

Beaucoup moins connu que Conan, Solomon Kane est un héros de R. Howard qui a aussi bénéficié d’une adaptation cinématographique (en 2009). Il est présent dans beaucoup moins d’aventures que le Cimmérien mais n’est néanmoins pas un personnage mineur de l’œuvre howardienne. D’une certaine manière, c’est un personnage plus complexe que Conan. Est-il vraiment puritain ? Se sait-il fou ?

Solomon Kane se donne seul des missions vengeresses qui peuvent durer des années et qu’il pense divines. C’est ainsi que dès la première nouvelle du récit (une fois passée la courte introduction de P. Louinet), le héros tombe sur une jeune mourante qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam et le voilà parti à la poursuite des coupables.  Cette poursuite le mène loin dans un XVIe siècle dérangé et le met en contact avec des phénomènes assez peu bibliques … La seconde nouvelle quitte cependant provisoirement l’exotisme pour venir en Angleterre. L’intrigue, assez téléphonée, tourne autour d’une lande décharnée hantée par quelque chose qui tue et dépèce les voyageurs.  La troisième nouvelle reste dans ce registre « anglais » mais conte une histoire où S. Kane est le spectateur de la revanche d’un nécromancien dénoncé par son ami. S. Kane est également plutôt spectateur dans la suivante, Bruits d’ossements. En Forêt Noire, Kane et un compagnon de voyage s’arrêtent dans une auberge qui ne semble pas être des plus animées …

La cinquième nouvelle revient dans l’ambiance de la toute première (les nouvelles sont présentées dans ce livre dans leur ordre de publication). On retrouve N’Longa et notre aventurier puritain poursuit ses explorations. Il est des collines aux cavernes peu accueillantes dans la région que traverse S. Kane mais le bâton de N’Longa a quelques capacités insoupçonnées ! La nouvelle suivante conduit S. Kane à entrer en contact avec une reine héritière d’une civilisation oubliée. Comme le genre de la donzelle n’est pas exactement celui du héros (on flirte par moments avec le SM lesbien, p. 151, après des passages qui étaient déjà marqués par un exotisme sensuel), les choses se passent assez mal.

La suite des nouvelles est ensuite interrompue par un poème où Salomon Kane entre en conflit avec Francis Drake. Elle reprend avec une aventure où Kane est opposé à des pirates tourmentant un jeune couple (La flamme bleue de la vengeance). Le héros y fait lui-même le parallèle entre sa personne et la nuit, et avoue que c’est souvent la vengeance qui le guide (p. 236). Un second poème sans titre fait la transition avec ce qui est à notre sens parmi les meilleures nouvelles du recueil : Les ailes dans la nuit. Cela fourmille de scènes frappantes. La nouvelle qui lui fait suite cherche quant à elle du côté de l’horreur cosmique (p. 310) et on en apprend un peu plus sur le bâton que N’Longa a donné à Solomon.

Un dernier poème, ayant pour sujet le retour à la maison de Solomon Kane précède les appendices.  Ces derniers comprennent trois fragments de nouvelles, dans leurs versions de travail non corrigées, la première version de Bruits d’ossements (avec des différences significatives, p. 420) et deux fragments sans titres (dont le dernier refait une incursion du côté des civilisations oubliées) puis une aventure appelée les Epées de la Fraternité qui est une autre version de La flamme bleue de la vengeance mais où le héros se nomme Malachi Grim. Enfin, la partie des appendices est close par une autre version du dernier poème publié.

Le volume est complété par une analyse de P. Louinet, qui, au vu de sa qualité, aurait méritée d’être plus longue et une liste des sources utilisées pour bâtir ce recueil de 430 pages richement illustré.

Ce qui frappe dans les aventures de Solomon Kane (un mix assumé entre le roi Salomon et Caïn, le roi  sage et juste et le premier meurtrier de l’humanité, condamné à errer), c’est leur penchant envers l’œuvre de E. Rice Burrough et Tarzan (sans pourtant oublier R. Stevenson pour les pirates). Le héros est toujours habillé à l’européenne mais la jungle et les civilisations isolées ont une très grande importance dans les récits. R. Howard ne recherche pas le réalisme tout en voulant donner au lecteur des explications rationnelles. Il semble s’être finalement assez peu documenté et reste dans la perception étatsunienne de l’Afrique du début du XXe siècle (il se trompe aussi sur Karlsruhe, fondée seulement en  1715, p. 90). Les nouvelles ne sont pas toutes transcendantes mais il y a de très bonnes histoires et même des fulgurances qui surprennent le lecteur (la chute de la tour p. 182, p. 288 avec le crâne de Goru par exemple et le bâtiment en feu).

Comme chez Conan, R. Howard reste un homme de son temps, ce sur quoi P. Louinet insiste fortement dans son analyse (racisme, défiance envers le fascisme). Ce dernier n’est d’ailleurs pas aveuglé ni par S. Kane ni par R. Howard et décrit avec beaucoup de justesse les différentes évolutions de l’écrivain texien. L’utilisation de l’Afrique comme une image des profondeurs de l’inconscient est une idée de P. Louinet qui est à signaler, tout comme le tournant plus sexuel que prennent les écrits de R. Howard (ici le double Nakari-Lilith/Maryline) à partir de la fin 1928 (p. 423-424).

Une belle découverte en définitive. R. Howard a créé avec S. Kane, persuadé d’être l’instrument du courroux de Dieu (p. 186), un autre héros critique de la civilisation. Forme et fond du livre sont en parfaite adéquation, avec à nouveau un très bon travail de P. Louinet.

(« Il a été de mon devoir par le passé de devoir soulager de leur vie nombres d’hommes habités par le mal … », p. 210 … 8)

Le guide Howard

Guide de l’œuvre littéraire de Robert E. Howard par Patrice Louinet.

Pas de travail du chapeau.

La réédition toilettée de l’intégrale des aventures de Conan, avec les textes établis (c’est raconté p. 197), traduits et commentés par Patrice Louinet avait fait entrer la réception du héros le plus connu de Robert Howard dans une autre ère. Mais P. Louinet ne s’étant pas contenté de Conan et étant parmi les meilleurs spécialistes mondiaux de l’œuvre howardienne, il était le plus indiqué pour signer un guide, proche dans sa forme du guide sur Philip Dick et pourtant pas identique.

Le but de l’auteur est clair dès l’introduction : il veut que Robert Howard soit enfin reconnu comme un auteur de premier plan, qui a concouru à la définition d’un pan entier des littératures de l’imaginaire (la fantasy épique ou « heroic fantasy » ou encore « sword and sorcery »), à l’égal de J.R.R. Tolkien donc, en le séparant de ses continuateurs qui n’ont fait que mal réécrire ou trahir son œuvre, mais ont aussi colporté des mensonges intéressés sur sa biographie.

Pour ce faire, la première des onze parties de ce livre porte sur dix idées reçues auquel un lecteur pourrait avoir été confrontées : son enfance misérable, sa sympathie pour le fascisme, sa croyance en un Conan ayant existé … Et dès cette partie, P. Louinet ne fait pas mystère de son ressentiment envers ceux qui ont voulu récupérer les œuvres de R. Howard, et au premier rang d’entre eux, les époux Sprague de Camp. Ils seront éreintés, avec d’autres et souvent avec un humour féroce, tout au long de ce guide.

La seconde partie est composée de vingt fiches de lecture, présentant les vingt nouvelles que P. Louinet juge comme indispensables et les premiers à devoir être lus. Ce n’est pas un classement selon leur qualité mais surtout au travers du commentaire qui accompagne chaque fiche d’une mise en relief, afin de montrer les étapes successives dans l’œuvre importante de R. Howard qui ne se limite de loin pas à la vingtaine de nouvelles mettant Conan en scène mais va du récit dit de confession aux nouvelles de boxe et aux récits paléolithiques.

La biographie prend place dans le troisième chapitre. Elle est d’une facture classique et ramassée, commençant avec les parents de R. Howard et s’achevant avec eux, puisque sa mère survit un jour à son fils unique (il s’est suicidé après avoir appris que sa mère ne sortirait plus du coma) et que son père ne meurt qu’en 1944, non sans avoir essayé de tirer inélégamment parti des écrits de son fils.

La partie suivante revient aux textes, avec une liste de vingt autres écrits qui peuvent mériter une lecture, principalement pour balayer tout le spectre de la production de notre Texan. La liste est augmentée de dix entrées au chapitre suivant, avec de courtes annotations.

La partie suivante a pour objectif de démêler le vrai du faux en ce qui concerne Conan. Y est discuté sa qualité de barbare, de sa citation la plus célèbre (celle sur les ennemis et leurs femmes, p.179) ou, entre autres choses, des femmes que l’on croise dans ses aventures. « Sur Howard » est le titre de la partie suivante. Il reprend le même genre de jeu question-réponse que dans le chapitre précédent, cette fois-ci sur les magazines pulps, sur la filiation littéraire de R. Howard mais aussi sur sa machine à écrire.

Puis P. Louinet passe en revue les adaptations sur tous types d’écrans, de plateaux et de papiers des nouvelles ou seulement des héros de R. Howard. Il n’hésite pas à donner un avis, généralement tranché (p. 233-234, p. 243, un festival). C’est rarement positif et le ton est donné dès le début, en affirmant qu’il n’existe aucune adaptation de R. Howard au cinéma (p. 225). Quittant l’auteur, P. Louinet se retourne vers l’entourage réel et artistique de R. Howard en le comparant à Tolkien (p. 247), en parlant de l’influence de F. Frazetta  ou de Glenn Lord dans le succès posthume mais c’est aussi la partie où il démontre pourquoi il en veut aux époux de Camp (p. 253-258).

Enfin, avant la bibliographie indicative commentée et la très rapide conclusion, P. Louinet reproduit plusieurs extraits de lettres que R. Howard envoya à H.P. Lovecraft. Les deux écrivains échangèrent beaucoup de lettres, furent indéniablement amis malgré leurs profondes différences, mais ne se rencontrèrent jamais.

De nombreuses et courtes anecdotes parsèment le livre, apportant des informations de manière ludique.

Ah on est loin du rythme d’écriture d’un Alain Damasio avec R. Howard ! Et ce n’est pas que le premier jet est déjà parfait, il y a quantité de retouches avant qu’une nouvelle ne soit envoyé à un magazine même s’il aimait à prétendre le contraire. Pour une carrière qui a duré douze ans, entre 1924 et 1936, ce fut diablement prolifique. Et il est mort à 30 ans … Cet aspect météoritique est bien rendu dans ce guide qui marie très bien le guide de lecture aux questionnements sur l’homme, modelé par son contexte. Il est proche de H.P. Lovecraft mais n’est pas phagocyté par lui, il s’adresse à un public ravagé par la crise de 29 (p. 126), qui cherche l’évasion mais aussi exprime une défiance puissante envers la politique. Au travers de ce qu’il dit de la civilisation, il rappelle à ses lecteurs que la chute peut très bien ne pas s’arrêter, mais de manière poétique.

Les illustrations monochromes dans le texte appellent le lecteur à les chercher en couleur pour se faire aussi une idée de la sensualité calibrée de l’auteur, calibrée pour le lectorat (et ce qu’en pensait les éditeurs) et pour se retrouver en couverture du magazine. P. Louinet connaît évidemment très bien son sujet et tisse une toile qui relie entre eux les différents héros de R. Howard et donne envie, par son enthousiasme ciblé et son érudition, de connaître plus avant cet auteur du Texas qui a su faire voyager et rêver des générations de lecteurs. On regrettera juste de petites imprécisions de langage (balnéaire ou thermale ? p. 120) ou de cohérence (deux dates différentes p. 130 et 133) et une assez incompréhensible faute (voix/voie p. 120). Les répétitions de « le Texan » lassent un peu sur la fin …

Il y a donc de grandes chances que ces bons conseils portent quelques fruits.

(le père de Howard fit nettoyer la voiture dans laquelle ce dernier se suicida d’une balle dans la tête et la conduisit encore plusieurs années … 8)

 

La cité sans aiguilles

Roman de fantasy de Marc Torres.

Pourtant, pas de Jacob.

Mais on ne contemple jamais la mer, juste l’abîme de ses propres doutes, et le Capitaine n’insista pas. p. 35

La cité sans aiguilles appelle. Elle appelle à elle le Guerrier, l’Horloger et l’Ecrivain. Ils ne se connaissent pas, ont des vies différentes et viennent de contrées différentes. Et ils ne savent pas non plus où se trouve cette cité qu’ils doivent rejoindre. Quant au pourquoi … Les histoires racontent que là-bas règne le Roi Blanc et qu’il aima la belle Elvira. Une fois qu’ils se seront rencontrés, le Guerrier, l’Ecrivain et l’Horloger se raconteront leur histoire et chemineront ensemble, en transportant leurs blessures mais aussi leurs espoirs. La cité est-elle le but de leur voyage ?

La réponse se trouve bien entendu à la fin de ce roman de 230 pages, qui a pour caractéristique première d’appartenir au genre de la fantasy que de manière lâche. La magie ne se voit pas, mais elle affleure sous la surface et de temps à autre effectue une petite résurgence. Le monde lui-même est très proche du notre, avec un Orient visiblement asiatique et la mention de l’Afrique (p. 25),  sans que l’on puisse dire pour autant où se situe l’action. Toujours est-il que l’on y combat à l’épée. On a donc pas une énième copie tolkinienne (clairement pas de volonté de la part de M. Torres de créer un monde complet, voire même exactement l’inverse) mais un roman de fantasy (pas si classique donc) qui se fait le support de questionnements sur les thèmes du Temps, de l’apprentissage, des signes/des mots et de l’amour fou. Mais ce n’est pas que M. Torres refuse tout lien avec les racines du genre : le personnage de Guillaume est tout de même très merlinoïde (et il y a donc un Arthur quelque part …). Pour lier le tout, M. Torres use d’un discours assez philosophique, qui prend une forme très aphoristique. Il est possible de voir une ou deux piques anti-chrétiennes (p. 174, où le Verbe n’est pas le créateur du monde), mais sans possibilité d’en être sûr.

Les trois héros ne sont désignés que par des fonctions, mais cela ne leur est pas propre et ce n’est pas non plus le cas de tous les personnages du roman. Aussi nous ne pensons pas que ce soient des archétypes, du moins pas à l’intention du lecteur (parfois pris à témoin, p. 57). Ce même lecteur doit cependant se méfier : il est l’objet de jeux de la part de l’auteur (p. 94 par exemple), de fausses pistes tant scénaristiques que langagières. Cela déclenche de petites relectures, mais surtout pas mal de sourires.

L’auteur montre aussi ses grandes capacités d’écriture dans la construction du roman. Les  flashbacks des chapitres six et sept sont particulièrement bien amenés, tout comme les changements de narrateurs et les dialogues. La fin n’est pas d’une originalité folle, sans pour autant être plan-plan. Si le niveau de langue n’atteint pas les sommets d’Alain Damasio, c’est tout de même très ciselé et conséquemment, très plaisant à lire. Sans être la première production de M. Torres, pour un premier roman, c’est une réussite éclatante.

Avec La cité sans aiguilles, on ne les voit donc pas tourner !

(tiens, un nocher aveugle p. 143 … 8)

La Moïra

Trilogie de fantasy par Henri Loevenbruck.

Des hurlements, mais mais que ceux des loups.
Des hurlements, mais mais que ceux des loups.

Tolkien avait chanté l’Angleterre en voulant la doter d’une mythologie, Henri Loevenbruck a lui choisi l’Irlande. En parcourant la carte de ce volume qui rassemble les trois volumes La Moïra (première partie du Cycle des loups, comprenant La louve et l’enfant, La Guerre des loups et La Nuit de la louve), l’analogie ne peut que s’imposer et la toile de fond du récit ne fait que renforcer cette constatation.

La situation est la suivante : l’île de Gaelia est un royaume divisé en plusieurs comtés. Le roi Eoghan règne au centre de l’île en Galatie  et les autres comtes sont théoriquement ses vassaux mais bénéficient d’une autonomie assez large qui a pu dans les décennies précédentes aller jusqu’à la guerre : Albath Ruad en Sarre, Meriande Mor, le frère du roi, en Terre-Brune, Alvaro Bisagni en Bisagne et Feren en Harcourt. Ce dernier comté a pour religion officielle le christianisme, apporté sur l’île par son évêque, Thomas Aeditus. Les autres comtés n’ont pas encore été christianisés et continuent de vénérer la Moïra, le Destin, dont les premiers servants sont les druides. Hiérarchiquement, les druides sont supérieurs aux bardes et aux vates (des guérisseurs) mais un vate ou un barde peut devenir druide au terme d’un apprentissage. Les druides ont un sanctuaire principal, Saî-Mina, où se trouve le Conseil des Grands-Druide, lui-même avec l’Archidruide à sa tête.

Aléa n’est pas druide mais elle le même pouvoir qu’eux sur les éléments, ce qui ne devrait pas être, même en ayant comme elle arraché une bague du doigt d’un druide mourant. Comme c’est une orpheline de treize ans, en plus d’être défavorablement connue des autorités dans le comté le plus pauvre de l’île, elle a toute les chances d’être le jouet des puissances politiques qui se livrent une lutte féroce. Mais il n’y a pas que les Humains qui veulent imposer leur volonté aux autres : Maolmòrdha le druide renégat a envoyé les puissants Hérilims à ses trousses et les Tuathanns, les anciens habitants de l’île à la peau bleue, reviennent de leur exil souterrain pour reprendre leur bien de force. Et si les Soldats de la Flamme de l’évêque Aeditus mettent la main sur Aléa, son sort ne sera sans doute pas meilleur … Mais Aléa a la chance de rencontrer Mjolln le nain sur le chemin de la capitale, et il devient son ami avant que les deux ne se fasse rattraper par Phelim le druide. Les druides pourront-ils aider Aléa ou seront-ils effrayés par cette jeune fille qui maîtrise de plus en plus ses dons ? Et cette louve blanche, qui est souvent dans les parages d’Aléa, quel est son rôle ?

Voilà un roman (à la destination principale d’un public jeune ?) qui a très bien assimilé les canons du genre, avec une héroïne jeune qui subit un parcours initiatique, aidée par un magicien dans un monde au bord de la destruction (et donc prêt à une renaissance). Mais si l’auteur connaît les ficelles, ces dernières ont une petite tendance à devenir des cordes : les Hérilims sont des Nazgûls en essence et en actes, et l’adolescente est bien sûr très rebelle, rien ne l’impressionne. Elle était voleuse à l’étalage, on apprend qu’elle sait crocheter des serrures (p. 143) … Il est à noter que la fin du troisième livre joue de ces emprunts, avec des paroles historiques que l’on voit venir de loin (p. 583) ou un hommage à J.R.R. Tolkien (p. 716).

Le premier livre est celui qui à notre sens contient le plus de défauts, que l’auteur corrige (parfois très explicitement et sans doute suite à des critiques) dans les deux livres suivants, comme pour ce qui est du pouvoir des druides et donc de la magie (flagrant p. 198) ou de la justification a posteriori de la présence d’archives chez des druides qui condamnent l’écrit (p. 200). Mais tout n’est pas sans incohérence même dans le troisième livre (p. 699 par exemple, sur l’absence d’héritiers). Le principal problème reste que tout va un peu trop vite. Aléa grandit trop vite et une fois acté que ce n’est plus une enfant (une scène à mettre au crédit de l’auteur), elle voit ses capacités grandir en un rien de temps, soit à la même vitesse que les héros voyagent. De même, les Tuathanns sont absents depuis 400 ans de la surface de Gaelia et pourtant il se trouve encore quantité de gens qui parlent leur langue (p. 291).

Du point de vue du style, les passages psychologisants ne sont pas les plus réussis et mettent malheureusement en relief un art de dialoguiste encore inabouti qui rendent quelques moments quelque peu poussifs, voir même gnan-gnans (aaah ce psychologisme parfois …). A ces moments, il faut ajouter les paragraphes qui suivent les loups, dont on cherche parfois l’apport au récit alors que l’auteur aurait pu introduire beaucoup mieux  le passage le plus important sur l’action des loups. H. Loevenbruck s’est renseigné avec passion sur ces canidés, mais cela s’est fait au détriment d’autres animaux (p. 179 et p. 364).

La fin est pas si mal dans la forme (avec un petit rappel du premier livre) mais assez obscure pour ce qui est du fond. L’auteur cherche-t-il à accréditer l’idée classique dans la critique intrachrétienne d’un détournement de l’Evangile (avec ici un panthéiste pardonnant)  par l’existence même d’une Eglise qui s’oppose aux aspirations démocratiques du peuple de Gaelia et ontologiquement mauvaise (p. 710-711) ? Est-ce dans ce sens que la fin a été modifiée entre la parution du troisième livre et l’édition de cette intégrale ?

On achève la lecture des 775 pages de cette intégrale avec quelques regrets. Certes, la progression entre différents livres augmente le plaisir de la lecture mais on a tout de même un petit sentiment d’inachevé. Les moments de moins bien font un grand mal à cette histoire de facture classique et aux personnages solides (qui évite aussi le tourisme sans danger à la Eddings) mais qui aurait pu être encore meilleure.

(Les appendices ne sont pas indispensables, plus encore celui sur la politique de Gaelia … 5)

Retour sur La voie de la colère


JjmWeber nous avait fait parvenir une critique de La voie de la colère en 2014 (460 pages, voir ici), et surtout fait part de son contentement. Nous le rejoignons en cela.

Curieuse façon de se gratter le dos.

Certes tous n’est pas parfait mais pour un premier roman, c’est une très grande réussite. L’auteur n’a pas la prétention de créer un monde follement original : pas de langues exotiques (le langage ancien étant assez transparent), ni de pays improbable (on ne sait que peu de choses des Nâagas) ni d’histoire plurimillénaire détaillée (on apprend des bribes sur les différentes dynasties). Mais A. Rouaud inscrit dans ce monde des personnages assez épais dans une trame narrative intéressante, celle d’une république aristocratique faisant suite à un empire (avec ses proscriptions et ses changements somme toute rapides, nés d’une vision démocratique et laïque assez française dans son expression), tout en n’en faisant pas un roman politique. Nous ne suivrons cependant pas JjmWeber sur le parallèle avec Baudouin IV de Jérusalem et l’empereur.

L’aspect temporel est particulièrement bien géré, que ce soit entre les deux parties ou à l’intérieur de certains chapitres. Les auto-citations en début de chapitres sont un signe de cette maîtrise. L’écriture est rapide comme le souligne JjmWeber et va à l’efficacité, même si l’auteur sait se ménager des plages plus calmes pour les réflexions des personnages. L’utilisation un peu excessive de l’adjectif « torve » pour qualifier un regard sur deux est un malus par contre.

Le second tome ne semble toujours pas sorti mais celui-ci mérite un 7,5/8.