Reconnaître le fascisme

Fascicule de politologie de Umberto Eco.

Ca nous botte !

Voici un texte court, publié tout d’abord dans la New York Review of Books, mais qui reprend un discours prononcé par Umberto Eco le 25 avril 1995 à l’université de Columbia, à l’occasion de l’anniversaire de la libération de l’Europe. Mais la date a aussi une signification plus particulière encore pour les Italiens, puisque c’est ce jour qu’est fêtée la libération de l’Italie depuis 1946.

Et le texte est très italien. Le fascisme est ici à comprendre dans son sens strict, historique, et donc comme un phénomène italien. Comme pour Comment écrire sa thèse, U. Eco s’appuie sur des souvenirs, puisque né en 1932, il a expérimenté de première main de la vie quotidienne fasciste et sa fin inattendue en 1943. Sa première découverte est la pluralité des langages : qui a été abreuvé aux discours–fleuves du Duce ne peut que être surpris par le laconisme du maréchal des carabiniers, qui dit trois mots lors de la libération du village du Piémont où vit l’auteur (p. 13). Ce dernier va de découverte en découverte au cours du printemps 1945.

L’auteur passe ensuite au cœur de son propos. Pour lui, le fascisme des années 1920 à 1940 ne reviendra pas sous la forme qu’il avait pris (p. 19), même si le fascisme désigne dès avant la Seconde Guerre Mondiale une quantité de phénomènes très différents. Ceci qui intéresse bien entendu beaucoup le linguiste, et il entre un peu dans le détail, soulignant la plasticité idéologique du fascisme (toujours au sens strict), ce qui le rend peut totalitaire (p. 22) ni monolithique (plusieurs personnalités très dissemblables sont évoquées p. 27-29).

U. Eco passe ensuite aux dix-neuf caractéristiques de ce qu’il appelle « l’Ur-Fascisme »,  qui permettent de définir un phénomène fasciste (mais hélas l’auteur ne dit pas combien de ces éléments sont nécessaires pour passer le cap entre fascisme et non-fascisme). Rapport à la tradition et au modernisme, irrationalisme, peur de la différence, frustration, nationalisme, humiliation (« des ennemis à la fois trop forts et trop faibles » p. 42), le pacifisme comme collusion, l’élitisme populaire mais avec un dominateur (le Duce) et un mépris pour les faibles, culte du héros et machisme, le populisme qualitatif et enfin une novlangue.

On peut faire ressortir de ces critères une défiance de l’auteur envers la Nation (là encore, peut-être une thématique assez italienne) mais aussi la pluralité des champs où se niche le fascisme. L’aspect humiliation alliée à la certitude progressive d’un destin national exceptionnel est aussi à noter, même s’il est de loin le seul à faire ce type de remarques. Le point essentiel de ce petit opuscule est de réintroduire à l’intention du lecteur tout l’éventail de nuances que peut prendre le totalitarisme et montrer ce qui n’en est pas. Et pour U. Eco, le fascisme italien n’en est pas un. Une dictature de droite, inspiratrice de nombreux mouvements, mais pas un totalitarisme. Un langage sans corpus idéologique conséquent, ce en quoi E. Gentile et P. Milza disconviendront peut-être …

(court, punchy et bien écrit … 7,5)

 

Les petites phrases qui ont fait la grande histoire

Recueil de citations de Olivier Calon.

Problème de vexillologie.

Chaque personne passée par l’école primaire en France a sans-doute entendu, au détour d’une leçon d’histoire, une de ces phrases qui ne s’entendent qu’à ce moment-là mais qui fondent un socle sur lequel s’appuie une bonne partie des références culturelles communes du pays. « Souviens-toi du vase de Soissons » est sans doute l’unique fois que la ville de Soissons doit être évoquée dans une classe de toute la scolarité obligatoire (tout en étant moins drôle que le « Vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite ! » de Jeanne d’Arc). Si, parmi les citations et phrases du présent livre, cette parole attribuée à Clovis est très connue, il en est qui sont plus confidentielles.

La sélection se concentre uniquement sur la France, démarrant avec Clovis et s’achevant avec  Emmanuel Macron, distribuant les citations de manière inégale au gré des siècles. Le découpage en périodes permet des changements typographiques pas désagréables, mais faire démarrer la période contemporaine en 1970 ne repose sur rien.  Mais arrivé à ce point du livre, le lecteur averti a déjà compris que l’auteur est journaliste, pas historien (ni sans doute ancien étudiant en histoire). Parler de Royaume de Bourgogne au Bas Moyen-Age, ça pique (p. 47), mais pas autant que César empereur (p. 51). Qualifier Jacques Cœur de dernier croisé français au milieu du XVe siècle est aussi une erreur, puisque (souvenez-vous), il y a des croisades jusqu’au XVIIe siècle. Mais quand on parle d’Algériens en 1830 (p. 162), on frise l’anachronisme. Le bilan de la Campagne de France en 1940 aurait mérité plus de clarté, pour expliquer le décalage entre le discours de P. Pétain et l’armistice ainsi que l’influence de ce même décalage sur le nombre de prisonniers de guerre français (p. 225). Le lecteur cherchera longtemps ce que veut dire l’auteur quand il parle des « arcanes de l’armée » p. 192. L’Inquisition bénéficie toujours et encore du même traitement (p. 25) …

Chaque phrase est expliqué sur deux pages, avec souvent une pastille qui offre un approfondissement ou un contre-champ, la plupart du temps très appréciable. Le format bride donc la possibilité d’expliquer précisément et clairement certaines phrases, mais apporte aussi des satisfactions. Un livre moyen, pour autant très lisible, pas exempt d’avis de l’auteur dans leur crudité.

(pour les derniers choix, nous jugerons de leur historicité dans plusieurs décennies … 6)

Léonard et Machiavel

Cheminement historico-littéraire de Patrick Boucheron.

Deux géants sous un dais jaune.

Léonard de Vinci et Nicolas Machiavel travaillent à la même chose. Travaillent-ils ensemble ? Et pourquoi ne se nomment-ils pas l’un l’autre ? Nous voici une fois de plus devant le secret de la Chambre des époux, obligés de lire des mots envolés sur des lèvres absentes. p. 84

Parmi les quelques géants qui scandent a petite place de la Galerie des Offices à Florence, honorant les enfants de la ville ou de la Toscane, deux furent actifs à la fin du XVe siècle. Le premier, fils illégitime d’un notaire du village de Vinci était né en 1452. Le second, fils de juriste, est le benjamin du premier de 17 ans. Le premier, après un apprentissage dans l’atelier de Verrochio et un début de carrière quitte Florence pour la cour des ducs de Milan en 1482. Le second, éduqué à la mode humaniste mais sans passer par l’université, devient en 1498 le secrétaire à la chancellerie d’une république florentine qui a chassé les Médicis et est passé à travers l’épisode théocratique de Savonarole. Le premier, c’est Léonard et le second, Machiavel.

Dans leurs nombreux écrits, malgré leur présence commune attestée ou supputée à plusieurs endroits et leurs intérêts communs, aucun ne parle de l’autre. Savoir que deux des plus grands esprits de la Renaissance se rencontrent mais n’en disent mot a enflammé l’esprit de recherche et l’imagination de nombreux historiens et écrivains et Patrick Boucheron (qui enseigne au Collège de France et est un spécialiste de l’Italie médiévale) essaie dans ce livre de marier les deux approches. C’est assez frustrant pour l’historien, ce dont l’auteur convient p. 147 (en avouant sa difficulté à ses passer de notes), mais il faut que en termes littéraires, le résultat est plutôt bon. P. Boucheron sait raconter, sait tisser des histoires.

P.Boucheron fait démarrer son récit en juin 1502. César Borgia, allié du roi de France Louis XII et fils du pape Alexandre VI, se taille une principauté en Romagne et prend la ville d’Urbino en juin 1502. Léonard voit en ce condottiere, général en chef des armées papales, un possible mécène après la chute des Sforza à Milan en 1499 et trois années au service de Venise. César Borgia le nomme son ingénieur. Machiavel lui aussi veut quelque chose de César Borgia : ses intentions quant à la cité de Florence qui l’envoie auprès de lui. Mais celui-ci est un homme secret et Machiavel ne peut percer ses plans. Les trois hommes sont donc ensemble à Urbino puis à Imola entre juin 1502 et janvier 1503. Mais P. Boucheron reste à Urbino, nous décrit le palais ducal et en quoi il est emblématique des principautés dont l’ère s’achève avec l’arrivée en Italie des forces françaises en 1494. Puis l’auteur retrace les différentes tentatives de reconstituer les dialogues entre Léonard et Machiavel (p. 17) et ce qui peut avoir rapproché les deux hommes. Puis l’auteur se penche vers Léonard, celui qui fait des listes quand il doit partir (de ses possessions, de choses à faire), parce que ça le calme (p. 25). Léonard est chargé de la mise en scène du pouvoir des Sforza à Milan, et quand ces dernier doivent s’enfuir, lui aussi part de Milan.

Machiavel de son côté a bien compris, avec la Seigneurie florentine, que l’arrivée des armées française en Italie change totalement le jeu des puissances. Les dirigeants florentins l’envoient par monts et par vaux, en France comme dans toute l’Italie, et parfois au détriment de ses affaires personnelles (p. 35). Les affaires de son temps, il les compare avec celles de l’Antiquité et qu’il étudie au travers de ses lectures. C’est cette rencontre qui donne naissance au Prince, après 1513, quand il est exilé de Florence après le retour des Médicis.

Les dirigeants italiens, Léonard en a une bonne pratique lui aussi (p. 44). Isabelle d’Este le harcèle des années durant pour qu’il fasse d’elle un portrait (ou un second, après la Dame à l’hermine, p.40). C’est ainsi que nous revenons à César Borgia, à son parcours météoritique, qui cherche à ses constituer des forces qui lui sont propres avoir usé de la force d’autrui (p. 47). Léonard, au service de Borgia, parcourt la Romagne et la Toscane, avec ses assistants, pour évaluer les forteresses de son employeur et faire un plan de la ville d’Imola vue du ciel. Machiavel de son côté observe comme C. Borgia met fin à une conjuration contre lui.

Mais voilà, le pape meurt, et son fils est souffrant. Le nouveau pape, Jules II, est son ennemi et son rapprochement raté avec l’Espagne affaiblit le soutien français. Il meurt en 1507. Mais cet échec ne doit pas lui être imputé selon Machiavel. Il a fait ce qu’il fallait, il fut seulement malchanceux (p. 75) et il admire ce que fut son mouvement. Le mouvement et l’incertitude, c’est justement ce que fuit le prosaïque et très politique Léonard (p. 73), qui a même pensé se mettre au service de la Sublime Porte.

Léonard et Machiavel se retrouvent en juillet 1503. Machiavel plaide au près de la Seigneurie pour des travaux de dérivation de l’Arno devant isoler Pise de la mer et ainsi la mettre à genoux. Et la Seigneurie confie la conception des travaux à Léonard (déjà très hydraulicien à Milan). Le chantier débute en juillet 1504, mais un orage détruit la digue en octobre de la même année …

Enfin, Léonard et Machiavel se rencontrent sûrement une troisième fois. Quand Léonard est chargé par Florence de peindre dans le Palais-Vieux la bataille d’Anghiari (en 1440 contre Milan), il négocie un premier (en octobre 1503) puis un second contrat qui précise le premier. Et comme témoin du second contrat, c’est Machiavel qui signe. Florence se méfie, elle connaît la propension du peintre à ne rien finir (mais P. Boucheron avance une explication du pourquoi p. 118) et Léonard ne veut pas abdiquer sa liberté artistique : un compromis est trouvé. Léonard finira le carton mais jamais la peinture … En 1506, il part pour Milan. Machiavel voit sa carrière arrêtée nette par le retour des Médicis en 1513, avant de revenir à Florence en 1519.

En fin de volume, un tableau récapitule les entrelacs décrits dans le texte, avant que P. Boucheron ne paie ses dettes, aux Hommes et aux textes.

Ce cheminement, une fois accepté sa forme particulière par le lecteur, est très agréable. Il est fondé, et cette science très visible renforce le propos qui n’est pas strictement chronologique, allant de-ci de-là, vers des thèmes annexes (le destin de la Bataille d’Anghiari ou le projet de milice florentine par exemple), puis revenant aux trois moments de rencontre. La comparaison entre le programme artistique du palais civique de Florence et de celui de Sienne est très éclairante elle aussi (p. 107). Ainsi l’auteur ne veut pas reconstituer un puzzle, mais un gué (p. 82). Par moments, on accompagne l’auteur dans ses recherches, au contact des manuscrits (p. 52-53) et ainsi on peu comprendre nous aussi pourquoi Machiavel s’habille avec soin pour lire les Anciens (p. 61), ce qu’est l’humanisme (rapide mais efficace, p. 110) ou c’est qu’est le Prince (p. 75).

Si P. Boucheron dégage avec soin et justesse les différences qu’il y a entre ses deux personnages principaux, il dépeint aussi avec précision ce qui les rassemble (p. 77, p. 134). Il essaie de résister aux potentialités des rencontres à imaginer ce qu’ils ont pu se dire. L’auteur a conscience de cette tentation et ce n’est pas toujours couronné de succès. Mais il a bien enseigné le lecteur.

Et finalement on se demande si P. Boucheron ne se sent pas lui-même Machiavel (p. 135).

(pourquoi parler de « bibliographie mensongère » p. 148 ? … 7,5)

The Origin of Satan

Essai d’histoire des religions de Elaine Pagels.

Big bisous.

La place de Satan dans le Nouveau Testament n’est pas celle de Satan dans l’Ancien Testament. Selon E. Pagels, qui enseigne à Princeton, Satan est bien plus incarné dans le Nouveau Testament, de manière différente selon les Evangiles. Les premiers Chrétiens ont ainsi tendance à diaboliser leurs adversaires. Comment, en suivant quelle tradition et pourquoi, tel est le programme de ce livre.

Passé une courte introduction, le lecteur entre de suite dans le vif du sujet avec l’Evangile de Marc et son contexte d’écriture, la guerre juive entre 66 et 73 ap. J.-C. Mais chez Marc, ceux qui sont diabolisés, ce ne sont pas les Romains qui ont exécuté Jésus et ont détruit le Temple  une trentaine d’années plus tard, mais bien les Juifs (sans pour autant exonérer entièrement les Romains, p. 15). Dans le cas de Marc, les Juifs sont les Juifs de la majorité, ceux qui sont opposés à la minorité chrétienne naissante. L’auteur insiste sur l’image presque positive dont bénéficie Ponce Pilate dans les Evangiles, contraire à ce que l’on sait de lui et de ses actions par ailleurs (p. 28-33).

La diabolisation des adversaires, les Paléochrétiens l’ont reprise des Esséniens, un courant du judaïsme porté sur le messianisme et l’ascétisme. Ce contexte est l’objet du second chapitre. L’auteur élargit son étude au niveau chronologique, en remontant au VIe siècle avant notre ère, considérant Satan comme un adversaire subordonné à Dieu (épisode de Balaam dans Nombres XXII, 23-33), mais pas substituable aux différents ennemis des Hébreux. E. Pagels s’appuie notamment sur les écrits de la Mer Morte, attribués aux Esséniens.

Puis l’auteur, dans le chapitre suivant analyse l’Evangile selon Matthieu, où cette fois-ci, l’ennemi diabolisé est plus précisément les Pharisiens (autre courant du judaïsme, plus proche des Romains), considérés comme s’étant détachés de la tradition dans laquelle serait les Chrétiens (avec des différences selon les groupes, qu’ils se rattachent à tel ou tel apôtre p. 64). C’est l’occasion pour E. Pagels de parler des évangiles apocryphes, dont beaucoup ont été retrouvés en 1945 en Egypte dans la bibliothèque gnostique de Nag Hammadi (et dont l’auteur est une spécialiste). Le renversement de la géographie symbolique d’Israël chez Matthieu est, en plus d’être intéressant, bien présenté (p. 79). Ce renversement appuie la revendication royale de Jésus en présentant Hérode comme un Gentil.

Quand E. Pagels passe à Luc et Jean, le fossé ne s’est pas rétréci entre Juifs et Chrétiens, il s’est élargi (quatrième chapitre). Luc, par exemple, ne mentionne pas de soldats romains dans la troupe venue arrêter Jésus sur le Mont des Oliviers (p. 93) et Pilate déclare Jésus innocent par trois fois (à la différence de Marc et Matthieu, p. 95). La question de la différence entre Juifs et Judéens chez Jean est aussi au programme dans ce chapitre (p. 103), tout comme la question du « pouvoir des ténèbres »opposé au Fils de la Lumière chez Luc et Jean.

Mais avec la destruction du Temple et la diffusion du christianisme dans l’empire romain, la question de la relation entre les chrétiens et les païens se fait plus pressante (chapitre suivant). Avec son organisation détruisant les liens ethniques (un peuple, un panthéon), les Chrétiens se font vite assez mal voir des autorités impériales, toujours attentives aux risques de sédition, mais surtout par leur absence de pietas, le culte des ancêtres et les traditions (p. 114). L’on suit ainsi le parcours de Justin, jeune étudiant en philosophie qui se convertit pour vivre « au-delà de la Nature » (p. 121), cette dernière étant représentée par les dieux du panthéon romain. Les païens sont donc diabolisés, sujets au impulsions démoniaques, mais c’est aussi assez vite le cas des hérétiques chrétiens aussi de la part des orthodoxes (comme c’est le cas aussi de la part de beaucoup, mais pas tous, desdits hérétiques). C’est bien sûr très visible chez Origène (contre les païens) et Irénée de Lyon (contre les courants d’initiés, dans le sixième chapitre). L’hérésie valentinienne forme une part importante de la fin du livre, avec sa forme de gnosticisme. La conclusion rappelle que la diabolisation n’est pas le fait de tous les Chrétiens à travers les âges : François d’Assise et Martin Luther King ne furent pas atteints.

Cette conclusion rappelle une évidence que le thème du livre peut avoir fait perdre de vue au lecteur tant il est question de scissions et de haine religieuse (et le Christianisme semble avoir échappé de peu au takfirisme, l’excommunication en série de tous par tous). Mais il permet une bonne compréhension de l’antijudaïsme chrétien, sur quelles bases il s’est établi et comment il s’est transformé même après la disparition du contexte historique qui l’a vu naître (minorité, domination romaine). En plus de cet éclairage général, certains passages sont particulièrement réussis (même si on peut parfois perdre un peu de vue le sujet principal), comme celui sur les Esséniens qui sont les premiers à engager une guerre cosmique dans le judaïsme (p. 84) oui sur l’évolution entre les évangélistes concernant leurs rapports avec la majorité juive (p. 110-11). Mais les limites de l’auteur apparaissent quand cette dernière sort de son domaine et arrive sur les terres de l’histoire romaine pure. Sa vision de la gladiature est erronée (p. 134) et elle est très imprécise sur l’Edit de Caracalla en 222 de notre ère (p. 142). Certaines citations  de chercheurs ne sont pas sourcées, comme à la page 106 par exemple et elle est peut-être un peu dure en voulant faire presque passer pour un complot des élites le choix des quatre auteurs canoniques (p. 69).

Ce livre montre donc avec beaucoup de réussite les deux histoires qui parcourent les évangiles canoniques : l’enseignement de Jésus et les combats des premières communautés contre leur environnement et comment le combat pour l’existence se superpose à ce qui est vécu comme un combat spirituel, un combat cosmique à mort qui même s’il est déjà gagné (Christ a déjà vaincu les Ténèbres), se poursuit encore pour les premières communautés.

(la réécriture de la Genèse par les Maccabées p. 54, ça ne manque pas que sel … 6,5)

L’Etat Islamique pris aux mots

Essai de géopolitique de Myriam Benraad.

La peinture n’est pas leur passion première.

En 2005 sortait en librairie, sous les plumes de Gilles Kepel et de Jean-Pierre Milelli, le livre Al-Qaida dans le texte. Depuis, pour des raisons idéologiques et stratégiques, l’Etat Islamique (EI) s’est détaché d’Al-Qaida en 2013 (voir sur ce point Will McCants dans ces lignes, mais pas dans la bibliographie) et son discours s’est donc franchement séparé de son ancienne appellation. Il n’était donc pas illogique que Myriam Benraad, une disciple de G. Kepel, s’attaque à l’analyse du discours de l’EI, dans le but d’explorer les ressorts idéologiques de l’EI et  sa vision du monde, pour finalement mieux le combattre sur le plan informationnel.

L’introduction précise les buts et la méthodologie du livre en accentuant sur la pensée binaire de l’EI (mais aussi par moment de G. W. Bush p. 8), qui cherche à supprimer la zone grise entre ce que l’EI appelle l’Occident (et donc l’apostasie) et eux (où le croyant est chez lui dans le califat et peut s’y réaliser). L’auteur dit aussi dans l’introduction analyser les écrits et les contenus audiovisuels de l’EI à travers une grille d’analyse classique du discours politique, en le confrontant avec la réalité. Pour ce faire, M. Benraad présente d’abord les supports médiatiques de l’EI (en trois pages) avant de passer aux vingt chapitres du livre, traitant chacun d’une dyade.

Le premier chapitre est intitulé « Orient et Occident ». Comme tous les autres chapitres, en exergue se trouve une citation qui sert d’illustration du texte qui suit. Le lecteur est de ce fait confronté au problème principal de la forme choisie dans cet ouvrage : le système de références choisi est imprécis du fait de la volonté de l’auteur d’utiliser le système dit « Harvard » avec seulement le nom de l’auteur et la date de publication, ce qui dispense, commodément, de donner un numéro de page (mais « allège » la page, puisqu’il n’y a plus de notes infrapaginales). Si l’on ne s’occupe que de fanzines limités en nombre de pages, c’est éventuellement jouable, mais quand on fait de même avec des ouvrages aux nombre de pages conséquents, c’est comme s’il n’y avait aucune référence. Toujours est-il que M. Benraad démontre avec justesse que l’EI se déclare comme l’Orient, et que ses ennemis sont donc l’Occident. L’auteur analyse avec justesse la construction d’un Occident simpliste par l’EI (les croisés, les Romains etc.) avec en sus, malgré une haine des orientalistes, un auto-orientalisme (p. 21-22) du fait de la venue de nombreux jeunes ayant vécu en Occident et qui ne se sont pas défaits de leurs codes culturels (voir de leur langue).

On retrouve la même architecture dans les chapitres qui suivent : civilisation et barbarie, Islam et mécréance, jihad et croisades, colonial et décolonial, unité et division, califat et démocratie, oumma et nation, Tyrannie et libération, corruption et justice, humiliation et revanche, grandeur et décadence, tradition et modernité (sans définition de ladite modernité), bien et mal, pur et impur (le culte moderne de la pureté p. 121), beauté et laideur (l’esthétique occidentale, celle du jeune urbain connecté p. 126-128), utopie et dystopie, immanent et transcendant, paradis et enfer et enfin, vie et mort. La conclusion souligne la nécessité d’un contre-discours et évoque les débats francophones sur le jihadisme de manière succincte et assez neutre (p. 158), précédant un glossaire des mots arabes (bien fait mais où on ne comprend pas la présence d’étoiles devant certains mots) et une courte bibliographie.

Ce livre se veut pédagogique (exposition des buts du livre, p. 13) mais ne peut hélas pas toujours éviter le simplisme (par exemple, une définition bien trop restrictive des croisades p. 39) ni par moments un retour à un texte pour les spécialistes (A. M. al-Zarqaoui est cité sans date p. 58). Il y a de très nombreuses très bonnes remarques dans ce livre (sur la pensée colonialiste de l’EI, sur le concept d’unicité dans le Coran p. 61, sur ce que le Coran favorise comme régime politique p. 67 ou encore par exemple sur l’anachronisme de l’oumma conceptualisée par l’EI p. 76) , fruit de nombreux travaux et d’une attention à ce qui s’écrit sur l’EI et le salafisme-jihadisme de par le monde, toujours avec la mise en avant de termes en langue arabe avec l’explication du sens que leur donne l’EI. Mais si l’on compare ce livre à sa référence, Al-Qaida dans le texte, les citations sont beaucoup moins longues et ne sont pas commentées, elles ne sont qu’illustrations. Le texte souffre aussi de répétitions et de faiblesses de constructions, voire de phrases obscures ou d’adjectifs mal choisis (p. 109). Une écriture trop rapide ?

De plus, plus gênant que ces remarques de forme, ce qui a notre sens plombe cet ouvrage est l’aisance avec laquelle sont cités certains noms dont on en voit pas avec clarté le lien avec le sujet, et qui donc se rapproche du lâcher de nom. Pourquoi citer E. Durkheim dans une comparaison entre le suicide en Occident et dans les pays arabes alors que le sociologue n’a pas travaillé sur cette aire (p. 154) ? Il en est de même avec H. Arendt (p. 115) ou K. Mannheim, le sociologue (p. 133). Cela manque d’explications, comme quand M. Benraad parle « d’approche politique démocratique » en Islam avant l’Occident (Athènes comprise ? p. 63) ou quand elle affirme que le kamikaze peut aussi se retrouver aussi dans les traditions juives et chrétiennes (p. 154), sans donner le moindre exemple. Il y a une claire volonté de faire direct et pratique, de montrer une voie, mais cela se fait ici au détriment de l’exposé.

C’est donc une petite déception que ce livre de 190 pages, qui n’est pas que défauts, loin de là, mais ne se hisse pas au niveau de son devancier.

(ah le lol-jihad, avec ses vidéos de chatons p. 23 … 6)

The Parthenon Enigma

A new understanding of the world’s most iconic building and the people who made it.
Essai d’archéologie et d’histoire grecque de Joan Breton Connelly.

Un début d’Amazonomachie chez les archéologues ?

Le Parthénon, sur l’Acropole à Athènes, n’est pas seulement un ancien bâtiment illuminé la nuit pour faire joli. Il fut dès l’Antiquité (et est toujours aujourd’hui) une source d’inspiration pour les architectes qui louèrent ses proportions, son équilibre et sa majesté. Produit d’une société démocratique, il est un modèle dès que ce fait jour le besoin d’un bâtiment devant servir la Raison et le Peuple en Occident. Mais a-t-on pour autant bien compris ce quia conduit à sa construction ? Quel fut son programme décoratif et les liens qu’entretenaient entre elles les différentes parties de ce programme ? Quels furent ceux qui en décidèrent la construction (et le financèrent) en ce lieu particulier, et dans quels état d’esprit il leur apparut nécessaire de le faire ? Ce sont toutes ces questions auxquelles J. Connelly propose des réponses, se plaçant dans la continuité de théories acceptées de longues dates ou venant apporter de nouvelles idées, solidement étayées, une fois le titre un brin racoleur une fois passé.

Le prologue présente l’objectif du livre, mais sans en dire trop sur ce qui est la théorie centrale du livre. J. Connelly précise aussi sa méthode, rappelle qu’Athènes est la cité-Etat la plus connue du monde grec (p. xvii), rappelle à la suite de E.R. Dodds (Les Grecs et l’irrationnel, pas cité dans la bibliographie qui précèdent l’index et suit les notes en fin de volume) que les Grecs n’étaient pas esprits de pur rationalisme (p. xx-xxi) mais fait aussi le choix qui peut se discuter d’appeler le Parthénon un temple (p. x), un temple qui pourrait alors être sans xoanon, sans statue de culte.

Puis le premier chapitre met en place la scénographie : l’Attique, la ville et dans celle-ci, la roche sacrée de l’Acropole. La place de l’eau et des arbres est particulièrement valorisée dans la présentation (la royauté athénienne est intimement liée aux rivières de l’Attique, p. 22). L’Acropole est décrite dans les grandes largeurs, n‘oubliant ni les sources, ni les grottes reliées entres elles par un chemin à mi-pente, ni les restes de constructions mycéniennes (les murs dits cyclopéens, tout  particulièrement mis en valeur lors des remaniements poliorcétiques du Ve siècle av. J.-C. avec les deux fenêtres du bastion du temple d’Athéna Niké qui permettent de toucher ces vénérables pierres). L’auteur aborde aussi l’autochtonie des Athéniens, qui se disaient nés du sol (gegenes, p. 37).

Le second chapitre ausculte l’Acropole avant la construction du Parthénon. Il y est d’abord question du cosmos (avec un peu de mythologie comparative, par exemple p. 42 et p. 50), puis du premier grand temple à colonnade péristyle en attique, commencé vers 575 a. C., appelé Hekatompedon (ou temple de Barbe-Bleue, du nom d’une statue de son tympan), peu de temps avant la création des Grandes Panathénées, concours athlétique quadriannuel ouvert à tous les Grecs, en 566 (les Panathénées « normales » avaient déjà lieu tous les ans à ce moment). La suite du chapitre voit la description du Vieux Temple d’Athéna (avec son possible programme iconographique), reconstruit après 490 mais détruit lors de la prise d’Athènes en 480, avant la victoire grecque de Salamine. Ce temple fut laissé en l’état, en souvenir, et  la partie qui avait échappé à la destruction, l’opisthodome, fut conservée (à côté de l’Erechthéion). D’autres éléments de la bâtisse, dont des tambours de colonnes furent intégrées de manière très visible à la muraille de l’Acropole, comme réemplois commémoratifs (p. 73-74). L’Acropole devient ainsi après 480 un lieu de mémoire.

Et la mémoire de 480 et des années qui suivirent, la génération qui vécut ses évènements voulu la matérialiser dans une œuvre magistrale (troisième chapitre). Périclès, qui avait 15 ans en 480, fut l’agent de cette volonté. La construction du Parthénon s’étale entre 447 et 432 (p. 87), pour une somme totale de 469 talents d’argent (soit 236 millions d’euros de 2017), en reprenant de nombreux éléments de l’Hekatompedon et du Premier Parthénon (débuté en 488)  et au premier rang desquels la plate forme (p. 89). Il est construit en marbre du Pentélique. Aucune des lignes du Parthénon n’est droite pour donner à l’ensemble une harmonie visuelle : si l’on prolonge vers le haut les lignes des colonnes, ces dernières se croiseraient à 2,5 km au dessus du Parthénon (p. 94). Le programme de décoration est à la hauteur de la somme dépensée : les tympans sont historiés, les métopes de la colonnade extérieure leur répondent, de nombreux et délicats acrotères ornent le toit de marbre. Mais sans les témoignages littéraires et les dessins que les voyageurs ont laissé depuis l’Antiquité, il n’aurait jamais été possible de savoir quels thèmes étaient représentés sur les tympans du Parthénon (p. 103) et tous les éléments n’ont pas encore d’explication satisfaisante et définitive aujourd’hui encore.

Mais l’explication de la frise dite ionique (celle à l’intérieur de la colonnade, le long de la nef mais pas aisément visible du spectateur, à cause de sa hauteur destinée au plaisir des dieux, p. 153) est comme annoncé le point culminant du livre dans le quatrième chapitre. C’est là que de très nombreux éléments présentés dans les chapitres précédents s’assemblent. Tout démarre avec la pièce de théâtre Erechthée, écrite par Euripide vers 420 et citée par Lycurgue dans son Contre Léokratès.  Les 55 lignes citées par Lycurgue ont été complétées par une découverte papyrologique publiée en 1967 apportant près de 190 lignes de son côté (p. 131). J. Connelly rappelle dans la suite du chapitre qui est Erechthée (celui qui donne son nom à l’Erechtheion), l’un des premiers rois mythiques d’Athènes, né de la Terre et insiste sur la centralité athénienne de l’histoire du sacrifice des filles d’Erechthée (p. 141), qu’il ne faut pas lire avec le lunettes de la morale contemporaine (p. 142). Pour les Grecs, le sacrifice de vierges, c’est le moyen pour une femme d’atteindre la gloire, l’équivalent de la mort héroïque. Et en 420, la mort pour la patrie n’est pas une vue de l’esprit éloignée, après dix ans de guerre entre la Ligue de Délos et la Ligue du Péloponnèse. L’Athènes démocratique (au niveau politique mais aussi au niveau spirituel), en crise, a alors un grand besoin cathartique et d’un support idéologique (p. 143-145).

L’auteur détaille ensuite les différentes interprétations, démontrant que l’hypothèse d’une représentation des Panathénées, très prudente quand elle fut proposée pour la première fois en 1787 par J. Stuart et N. Revett a tout perdu des précautions de son origine pour devenir un dogme, ou au point un fait très peu discuté (p. 158). Mais est-ce vraiment un péplos qui est représenté au dessus de l’entrée principale du Parthénon ? Pour J. Connelly, il est clair que les éléments constitutifs des Panathénées ne sont pas dans la frise, rappelant en plus que cela constituerait la seule représentation d’évènement historique sur un édifice religieux dans toute la Grèce (c’était l’idée de Cyriaque d’Ancône au milieu du XVe siècle, p. 155). J. Connelly ne revendique pas être la seule à s’être interrogé sur ce fait, citant par exemple Arnold Lawrence, le frère de Lawrence d’Arabie (p. 160-162), mais elle est la première à faire le lien entre la frise et la pièce d’Euripide, une découverte qu’elle raconte p. 168. A l’aide de la pièce, la frise prend un autre sens, certes liée à l’actualité politique (la loi de Périclès sur la citoyenneté), mais prenant sa source dans le mythe, comme l’explique la série d’instructions donnée par Athéna à Praxithée, la veuve d’Erechthée (p. 188-189) : Erechthée et ses filles doivent être honorés comme des divinités chtoniennes, avec du miel et de l’eau, et sans vin (p. 134). Ce n’est plus le péplos que l’on voit au dessus de la porte, mais le linceul que revêt la plus jeune des filles d’Erechthée, bientôt sacrifiée par son propre père.

Mais ce livre ne s’arrête pas avec ce tremblement de terre (Poséidon n’est jamais loin, encore moins sur l’Acropole). J. Connelly continue son étude en explorant la signification du Parthénon, appuyant sur la signification funéraire des espaces religieux grecs (p. 219) comme leur aspect commémoratif. Pour l’auteur mais cela nous moyennement convaincu, l’ordre corinthien (et dans le cas du Parthénon, proto-corinthien, p.234) serait particulièrement utilisé dans un sens funéraire. Dans la chambre ouest serait alors la tombe des filles d’Erechthée et les Panathénées sont les jeux en leur honneur (p. 274), avec des épreuves clairement archaïques réservées aux Athéniens, même lors des Grandes Panathénées. C’est dans le septième chapitre que l’auteur donne le détail du déroulement des Panathénées, à la lumière de son interprétation de la frise et de la signification du Parthénon, « lieu des jeunes filles » (p. 229). Ces célébrations ont lieu pendant huit jours, peu avant le 15 août, avec chaque jour des épreuves différentes et une grande procession (p. 257). Une partie des épreuves n’est pas athlétique mais sont musicales et chorales. La danse n’est pas non plus absente des cérémonies. J. Connelly analyse enfin le socle de la statue chryséléphantine d’Athéna dans le Parthénon, là encore en donnant une explication de la présence de Pandore sur ce socle, liée aux filles d’Erechthée (p. 277) avant de clore ce chapitre sur la chouette, animal symbole d’Athéna et comment il s’insère dans le culte rendu aux Erechthéides (le ululement, ce youyou athénien  p. 268 ?).

Enfin, le dernier chapitre se penche sur la question de la polychromie de la statuaire grecque en marbre, et des difficultés à faire accepter l’idée au vu de la place qu’avait pris Athènes comme image de la civilisation (p. 294-303). Il est aussi question des liens entre Athènes et Pergame, et plus particulièrement les deux frises du Grand Autel de Pergame. Dans l’épilogue, l’auteur prend position pour un retour sur l’Acropole de toutes les parties manquantes de la frise, dont les marbres dit d’Elgin,  maintenant que la rhétorique nationaliste grecque a fait une place à la propriété britannique (p. 347). Une œuvre d’art peut-elle être réunifiée ?

Disons le d’emblée, la thèse de J. Connelly (Université de New-York) est extrêmement convaincante. Les très nombreuses illustrations contenues dans ce livre permettent au lecteur de suivre les démonstrations de l’auteur pas à pas, le lecteur profane étant accompagné par les explications de mots grecs. S’il est quelques longueurs, elles sont pédagogiques. Assez représentatif de la tradition étatsunienne, J. Connelly n’hésite pas devant les comparaisons ethnologiques (avec les Mayas et la corporalité de la prière p. 253 par exemple), très majoritairement à bon escient.

Aussi les petits reproches que nous avons à faire à cet ouvrage n’ont pas de relation avec la thèse générale, mais concernent plus des points périphériques. Le respect des temples par les Grecs, même perses, après 490 nous semble plus de l’ordre déclamatif que vrai en tous lieux (p. 72): pendant l’expédition d’Agésilas II en Asie Mineure, des temples brûlent.  On peut aussi questionner la présentation par l’auteur de l’Héliée, le tribunal athénien, de siège réel du pouvoir du fait des procès en ostracisme qui s’y déroulaient (p. 79), surtout que c’est une prérogative de l’assemblée des citoyens. Sur la question des métopes retaillées de la p. 101, il est regrettable que l’auteur, après avoir présenté plusieurs théories, ne donne pas son avis. Un autre point qui a pu nous chiffonner, c’est que la question de la fonction discutée du Parthénon (temple ou trésor ?) n’est pas même évoquée dans ce livre, même si l’auteur parle bien de trésor p. 85. L’existence de concours musicaux dans de grands sanctuaires panhélleniques auraient aussi mérité une mention (p. 259-260). L’analyse du moment « myronique » (avec ses parallèles à Olympie et à Pergame), où le mouvement exprime ce qu’il va advenir comme pour le Discobole de Myron, opposé au style archaïque, plus « gore » (p. 174-175) est a contrario un exemple de point positifs parmi de très nombreux dans ce livre.

C’est donc un point de vue documenté et argumenté qui mérite d’être lu, questionnant des thèmes qui semblaient refermés. Il nous faut maintenant nous soucier des réponses à J. Connelly. Elles n’ont pas du manquer.

(on peut aujourd’hui encore emprunter un pont mycénien à Arkadiko p. 237, entre Tyrinthe et Epidaure … )

La Russie

Entre peurs et défis
Essai de géopolitique russe de Jean Radvanyi et Marlène Laruelle.

Aube ou crépuscule ? Quoi qu’il en soit, Marlène est devenue Martine !

Après une période d’éclipse, la Russie est revenue sur le devant de la scène diplomatico-militaire avec son intervention en Syrie et son action en Ukraine. Il est loin le temps de la fin des années 1990 quand la Russie ne parvenait pas à s’extraire de la spirale de la chute. La fin de l’URSS, avec ses conséquences sur les infrastructures du pays, et la libéralisation extrême et très rapide de l’économie l’ont plus que secoué. Ces traumatismes (« tout était pour toujours … jusqu’à que ça ne le soit plus » comme le dit A. Yourchak, cité p. 77) sont encore présents dans la Russie contemporaine et façonnent son opinion publique et son action. Ainsi, la Russie peut faire peur, mais aussi, a peur.

Les deux auteurs proposent un plan solide, peut-être un peu classique, mais qui a l’avantage de poser des fondations solides. Le premier chapitre est géographique qui veut démontrer que la Russie a un problème avec son espace. Ayant du mal à ne pas se considérer comme un empire, les auteurs en déduisent assez logiquement que la Russie est une puissance remettant en cause ses frontières (Ukraine, Abkhazie, Géorgie) même si elle a réglé son différend avec la Chine en 2004 (p. 17). Mais la Russie, qui est le pays le plus vaste de la planète, est surtout confrontée avec un problème de densité : des espaces autrefois peuplés (même si ce le fut par la force à l’origine) se désertifient à grande vitesse, en Sibérie nordique, en Extrême-Orient mais même la partie occidentale est touchée. Les causes sont à la fois structurelles (réseaux de communication déficients), les déséquilibres régionaux (les dix régions les plus riches concentrent 55% de la production de valeur, les vingt plus pauvres 3,5%, p. 25) et administratives (une régionalisation centralisée).

Le second chapitre poursuit sa description géographique en décrivant la situation démographique de la Russie. Le chapitre s’ouvre sur la place des peuples non-russes dans la Fédération (20% de la population, p. 32). Cette dernière doit-elle être une fédération russe (c’est-à-dire l’Etat-Nation des Russes) ou russienne (rassemblant tous les peuples reconnus de Russie autour d’un patriotisme civique) ? Cette question a aussi des implications du côté de la politique internationale de la Russie, avec de nombreuses variations entre 1990 et 2017.  Mais plus inquiétant, la population totale ne cesse de baisser. S’il y avait 148,5 millions d’habitants en 1992, il n’y en a déjà plus que 141,9 en 2009 (p. 40). Un petit rebond a lieu au début des années 2010 (pour des raisons conjoncturelles) mais les perspectives à long termes restent mauvaises (avec de très grosses disparités régionales) : le pays pourrait compter entre 122 et 135 millions en 2030, avec des conséquences énormes sur le marché du travail ou le système de retraites. La mortalité masculine reste très handicapante (65 ans d’espérance de vie en 2013), débouchant sur un ratio homme-femme très déséquilibré. L’alcoolisme, les accidents de la route et du travail, les suicides et les violences domestiques font que la Russie se trouve en compagnie du Congo et du Burundi dans le classement mondial du pourcentage de la population morte de causes externes (non liées à une maladie) en 2010. La Russie est en outre le premier consommateur mondial d’héroïne (p. 42). Ces difficultés démographiques rendent aussi nécessaire une politique migratoire. La Russie est devenue après 1992 une terre d’immigration, en plus d’une terre d’émigration, ce qu’elle était déjà au XIXe siècle, avec encore 186 000 départs en 2014. Parmi les migrants, l’Asie centrale fournit les plus gros bataillons mais l’on dénombre aussi des Chinois, des Vietnamiens et des Arméniens. Un nombre croissants de ces migrants obtiennent la nationalité russe, mais cela ne les protègent pas forcément de la xénophobie (p. 48), un sentiment très répandu selon les auteurs, tournant souvent à la caucasophobie, sans que l’Etat ne fasse grand-chose contre.

Malgré les transformations énormes qui sont tombés sur les Russes dans les années 1990, ces derniers se sont remarquablement adaptés (troisième chapitre). La confiance en l’avenir est bien plus grande aujourd’hui qu’au début des années 90 (p. 56), même si le taux de suicide est le double du taux français et que la situation d’une veuve dans un village sibérien de moins de 10 habitants encourage à moins d’optimiste que celle d’un pétersbourgeois qui a fait les bons choix lors des privatisations conduites par le président Eltsine. Les inégalités de revenus se sont accentuées, rapprochant la Russie des Etats-Unis mais la population sous le seuil d’extrême pauvreté est passée de 24% en 1995 à 12% en 2011 grâce à l’action de revalorisation des pensions de V. Poutine. En parallèle, le nombre des milliardaires a connu une très forte expansion entre 2002 et 2014 (p. 61). La différence entre espaces urbains et ruraux est, du point de vue des revenus, criante, en plus des différences régionales (crise ou non des villes monoindustrielles, p. 67). Le grand écart peut se faire aussi si l’on considère les modes de vie, caractérisé par la très rapide diffusion de modèles étrangers à la chute de l’URSS (pas uniquement occidentaux, p. 69, et affectant aussi la sphère spirituelle), qui ont engendré en réaction des réponses conservatrices russes. Cette fragmentation est favorisée par l’immensité russe : il y a encore aujourd’hui plus d’un million de Vieux-Croyants, issus d’un schisme dans l’Eglise orthodoxe au XVIIe siècle.

Le chapitre suivant quitte la géographie pour la politique. Les auteurs retracent (à grands traits) dans ce chapitre les évolutions de la politique russe depuis 1989. L’optimisme est d’abord de mise, entre l’Europe vue comme une « maison commune » et la libéralisation. Mais le libéralisme est vite perçu comme imposé de l’étranger. La crise de septembre 1993 (l’assaut du Parlement termine cette crise) oblige B. Eltsine à changer de politique, à la recherche d’un consensus plus large (p. 83). Une unité justement mise en Danger en Tchétchénie (entre autre), qui entre bientôt dans la rébellion armée. La crise de 1998 fait douter les électeurs russes des bienfaits de l’économie de marché et les partis libéraux sont durablement discrédités, n’arrivant pas à comprendre le besoin de stabilité de la population. Ils ne peuvent s’opposer à la relance de la guerre en Tchétchénie en 1996 (suite à de très sanglants attentats), quand V. Poutine est premier ministre. Ce dernier, élu président en 2000, cherche à réconcilier les Russes avec leur passé (loi sur les emblèmes nationaux), continuant l’œuvre de stabilisation déjà entamée comme premier ministre, une nécessité renforcée par l’humiliation de la tragédie du Koursk (p. 87). Il met aussi fin au fédéralisme asymétrique des années 1990, et calme très fortement les oligarques (les grands bénéficiaires des privatisations de la fin de l’URSS) qui avaient des velléités politiques, en nationalisant beaucoup de leurs médias. Lors du second mandat de V. Poutine, les Révolutions de Couleur font craindre une contagion à la Russie. Le programme d’éducation patriotique est renforcé de même que sont créées des organisations de jeunesse favorables au gouvernement (dont Nachi, « les Nôtres »), tout en encourageant la nostalgie soviétique (mais le stalinisme reste l’objet de visions contrastées, p. 92). Le mandat de D. Medvedev entre 2008 et 2012 est dans la droite ligne de ce prédécesseur, redevenu premier ministre. Le parti présidentiel, Russie Unie, développe des courants mais est aussi plus sensible aux idées venant du Patriarcat de Moscou. Si la popularité du président et du premier ministre ne sont pas démenties, celle du parti Russie Unie connaît des difficultés, qui se traduisent lors d’élections locales. Le troisième mandat de V. Poutine débute par des manifestations contestant l’élection, principalement du fait de personnes de la classe moyenne urbanisée et de réseaux nés lors de la lutte contre les feux de forêts de l’été 2010 (p. 96). Pour les auteurs, c’est à ce moment-là que le Kremlin opère un tournant conservateur, incarné par l’affaire dite des Pussy Riots après leur « prière punk » dans la cathédrale moscovite du Christ-Sauveur.

Mais la popularité dont jouit l’exécutif russe est très fortement corrélée à la croissance économique, dont il est question dans ce cinquième chapitre. Pour les auteurs, malgré des débats très nombreux sur ce point en Russie parmi les économistes, le pays est tombé dans la malédiction gazo-pétrolière et a grand besoin d’équilibrer sa production industrielle. Dans les années 1990 et 2000, la Russie est passée à travers de nombreux soubresauts et dans de nombreux secteurs, la production en 2014  a à peine rejoint celle de 1990. Certains secteurs, comme l’aviation civile par exemple, ne se sont par contre jamais rétablis (p. 113) et le libéralisme des années 1990 a laissé la place à un contrôle étatique plus présent (très évident du côté de la rente sur les produits pétroliers). Les auteurs complètent ce chapitre avec les politiques russes de redynamisation (beaucoup d’étudiants mais comparativement peu de brevets p. 63), les problèmes infrastructurels, le climat des affaires et les effets des sanctions de 2014.

Le chapitre suivant s’attache à décrire les différentes postures adoptées par la Russie dans ses relations à l’Europe et à l’Asie. Le rapprochement Est-Ouest des années 1990 a vite atteint ses limites, d’autant plus que l’instrumentalisation des conflits gelés périphériques a vite douché certaines bonnes volontés, y compris au sein de la CEI. L’utilisation de la livraison de gaz comme moyen de pression fait pièce aux revendications des pays (nouvellement indépendants en 1991) sur lesquels passent les pipelines (avec une volonté russe de trouver d’autres voies d’accès à ses marchés, p. 175). Avec une Chine devenue en 2010 le premier partenaire commercial de la Russie, l’importance de l’Asie ne faiblit pas et la Russie avance aussi des pions dans cette zone au sens large (Organisation de Coopération de Shanghai entre autres) mais aussi au niveau des BRICS (aux tendances révisionnistes marquées).

Le dernier chapitre interroge différentes visions géopolitiques, que les auteurs schématisent au travers de la question suivante : la Russie est-elle une forteresse assiégée ou un nouveau croisé ? Ils s’interrogent sur l’existence d’un poutinisme (qui serait idéologiquement construit), sur le renouveau de l’influence russe (p. 198) avec une volonté de se définir comme le héraut des valeurs conservatrices (et donc de fait intégrée à l’Occident …) et avec l’objectif de redéfinir l’ordre mondial, toujours considéré comme trop étatsunien. La conclusion du livre aborde brièvement la question de la permanence des choix idéologiques et politiques, qui changerons ou pas au moment où V. Poutine quittera le pouvoir. Après tout, il n’y a pas non plus eu de fin de l’Histoire … Les notes, une chronologie et un index (mais étonnamment pas de bibliographie) sont rassemblés en fin de volume.

Ce texte est accompagné de plusieurs cartes (très bien faites) et tableaux et est entrelardé de petites notices biographiques en rapport étroit avec ce même texte (présentant entre autres M. Gorbatchev, S. Magnitski, A. Politkovskaia, A. Navalny, ou encore les différents cercles proches de V. Poutine). Ces notices nous semblent, au vu des anglicismes non corrigés (p. 78 par exemple, l’incompréhensible « œil du viseur » p. 98 ou encore les shiites de la p. 189), avoir été écrites principalement par M. Laruelle, qui peut avoir été légèrement contaminée par son environnement de travail à Washington. Cette différence de lieu de travail (J. Radvanyi est enseignant à l’INALCO) peut aussi être la cause des translittérations peu unifiées de ce livre (même l’éditeur nous semble aussi en faute sur ce point, avec comme exemple archétypal la p. 196). Pourquoi écrire Poutine et Iakounine mais ne pas faire de même avec Denikin et Sobianin (p. 98) ? Les prénoms sont aussi affectés : Edouard Limonov p. 98 mais de nombreuses fois Dmitri Medevedev sans son « i » médian et cerise sur le gâteau, le président turc Erdogan devient Redjep (p. 212), au mépris d’une langue d’origine utilisant des caractères latins. Plus embêtant, la cohérence interne du texte n’est pas non plus toujours assurée : S. Magnitski est avocat p. 99 mais il était comptable à la p. 80 … Malgré ces erreurs de forme, cette description de la Russie est facile à lire et ne nécessitant pas pour le lecteur de trop grosses connaissances en histoire du temps présent. Pas de fioritures, un style direct, très riche en informations et distancé, idéologiquement prudent. Même si l’on peut se douter que les auteurs ne sont pas des thuriféraires de V. Poutine, ils ne méconnaissent pas le fait que de nombreux problèmes russes existent aussi en Europe ou ailleurs et s’ils parlent parfois de régime, ils s’abstiennent de le qualifier de dictatorial ou de termes militants anachroniques. Russophiles peut-être (c’est leur objet d’étude depuis de très nombreuses années tout de même), mais sûrement pas russophobes : un positionnement académique sain.

Le livre enfin est déjà daté, comme c’est souvent le cas avec les ouvrages traitant de l’actualité (ce dont les auteurs ont bien entendu conscience et dont nous ne leurs faisons pas reproche). En effet, ce livre a été écrit avant l’entrée en fonction de D. Trump et la petite crise des relations entre la Russie et la Turquie (suite à l’avion militaire russe abattu en Turquie le 24 novembre 2015) est déjà effacée. Ce qui est déjà beaucoup moins soumis à l’obsolescence, ce sont les analyses des auteurs sur le temps long, comme par exemple les très bonnes études de la plasticité et de la fluidité des concepts employés par le Kremlin (p. 197), de l’espace russe qui se désertifie à l’Est en même temps que se développent des partenariats asiatiques (cette dernière partie aurait pu cependant recevoir plus de développements encore), les modes de vie faisant le grand écart ou encore les incroyables transformations qu’a vu la Russie durant les trente dernières années.

(les Russes considèrent à 73% qu’il est impossible de devenir millionnaire de manière honnête p. 61  mais serait-ce différent en France ? … 7)

Chariots and other Wheeled Vehicles in Italy before the Roman Empire

Essai d’archéologie étrusco-italique de Joost H. Crouwel.

Ben-Hur ! Ben-Hur ! Ben-Hur !

Le char, ce véhicule doté de deux roues tiré par des équidés où les occupants se tiennent debout, est dans la Grèce homérienne le véhicule des héros sur le champ de bataille devant Ilion ou la grande bataille de Qadesh qui opposa les Hittites aux Egyptiens en 1274 avant notre ère. Mais en Italie qu’en est-il ? Après l’étude des foyers les plus évidents de l’utilisation du char et des autres véhicules à roues de l’espace méditerranéen (Grèce, Chypre, Proche-Orient), J. Crouwel s’intéresse aux véhicules à roues en Italie avant l’Empire romain.

J.Crouwel distingue trois formes de véhicules à roues en Italie avant notre ère. La première est le char, dans la définition que nous avons donnée plus haut. La seconde est la carriole, avec deux roues mais où le ou les occupants sont assis. Puis enfin la forme la plus rare au vu des fouilles, le chariot, avec ses quatre roues et ses occupants normalement assis ou allongés.

Au niveau des chars, l’auteur dégage six types dans sa première partie, selon l’architecture de la caisse. Le premier type a par exemple une forme de U (à partir du VIIIe siècle), tandis que le second type est de forme triangulaire, le troisième type de forme rectangulaire, le quatrième semble être démuni de partie avant mais avec une caisse rectangulaire. L’axe des roues ne permet lui que deux variantes : soit c’est l’axe entier qui tourne avec des roues fixes, soit c’est seulement les roues qui tournent. Pour ce qui est des chars, la seconde solution est privilégiée à cause des besoins qu’impliquent un minimum de vitesse et les virages. A la différence des chars assyriens ou égyptiens, cet axe ne se situe sous l’arrière de la caisse mais au milieu (ce qui en modifie l’équilibre et donc l’usage que l’on peut en faire). Les roues (de l’axe fixe) sont à rayons,  ces derniers pouvant aller jusqu’à dix, avec un tenon métallique pour les empêcher de quitter leur logement. Le système de traction forme la quatrième partie de cette analyse du char dans l’Italie pré-impériale, avec tout d’abord le timon (la longue pièce de bois qui doit supporter la tension de la traction) puis la liaison entre le timon et la caisse. Le harnachement est exploré dans la partie suivante, avec une description des différents jougs employés (même quand il y a quatre chevaux, comme dans le cas d’un quadrige, seuls deux sont harnachés p. 39), puis l’auteur passe à la description des moyens de contrôle : mors d’un seul tenant ou articulé, en métal ou en matière organique, le harnais, les rênes, les fronteaux et enfin la cravache et le fouet.

De toutes ces observations, s’appuyant à chaque fois sur des découvertes archéologiques ou des représentations, conduisent à la définition d’un usage, détaillé à la fin de cette partie. Pour ce qui est du char tiré par des équidés, sa présence remonte en Italie au XIe-Xe siècle avant notre ère (des miniatures dans le Latium, p. 52). Son usage est limité par le relief italien, où seule la plaine du Pô permet un usage extensif. Cet usage est militaire, mais ne sert pas de plateforme de tir pour un archer (comme en Mésopotamie, avec une description tactique p. 53-54), puisque sa largeur est insuffisante pour permettre d’avoir un conducteur et un tireur de front. De plus, aucune flèche ni carquois n’ont été retrouvés. C’est donc un véhicule qui sert à la noblesse à se déplacer à la guerre (comme dans l’Iliade) ou lors d’évènements civiques et qui est la marque d’un statut (p. 108), coûteux à entretenir (c’est pourquoi on en retrouve dans les tombes). Le fait de combattre de manière rapprochée, mais à partir d’un char, est elle aussi exclue (p. 58). Si l’influence grecque n’est pas absente dans l’architecture des chariots, l’auteur penche pour une introduction du char en Italie par le Nord et la Celtique (p. 101). Enfin, J. Crouwel évoque le char comme véhicule pour l’au-delà et comme véhicule de sport dont la postérité court jusqu’à l’époque byzantine (p. 64-69).

Le troisième chapitre passe aux carrioles. J. Crouwel en dénombre deux types.  Puis, comme à propos du char, l’axe, les roues, le système de traction, le harnachement et les moyens de contrôle sont détaillés. Le seul usage prouvé de la carriole est le transport de personnes, assises ou allongées. La carriole se déplace lentement, avec les occupants non armés (des processions, des scènes de mariages, avec ou sans divinités). Elle peut être conduite par un homme à pied ou depuis son bord. Un parasol ou un pare-soleil accroché à la carriole peut être un symbole de statut. Si deux bovins forment l’attelage (comme le montre des modèles réduits, p. 88), un transport de biens (agricoles ?) peut être envisagé.

Les chariots sont les véhicules dont on a retrouvé le moins d’exemplaires mais il en est quelques représentations en Etrurie et en Lombardie (p. 89). L’auteur procède comme aux chapitres précédents. En plus de servir au transport assis ou allongé de personnes, il n’est pas exclu que le chariot ait aussi pu servir de corbillard (p. 95). Le transport de biens dans un chariot ne s’est développé en Italie qu’à la période impériale.

Si dans le premier chapitre J. Crouwel avait détaillé le contexte de sa recherche (le terrain et les routes, les animaux de trait), le dernier chapitre est celui des remarques conclusives, en forme de résumé. Il y est notamment question du sexe des personnes inhumées avec véhicules (il y a plus d’homme inhumés avec un chariot que de femmes, p. 105), où tout n’est pas assuré. Mais la pratique d’ensevelissement avec des véhicules semble avoir une origine locale (p. 104), à mettre en parallèle avec l’émergence d’une élite et la construction de tombes plus grandes, où il peut y avoir ensemble plusieurs types de véhicules (p. 102). L’auteur n’a pu réussir à distinguer  un processus de développement au sein des chars et penche pour la contemporanéité de plusieurs types. Le type I est le plus nombreux, apparaissant au VIIIe siècle et devenant le prototype du char de course romain (p. 108).

Deux appendices complètent ce volume, le premier sur les véhicules à roues dans l’art des situles (des seaux en bronze décorés) et le second portant sur les chars celtiques. Une ample bibliographie, 80 pages d’illustrations et un index donnent à ce livre sa complétude.

J. Crouwel n’est pas un spécialiste de l’Italie (p. 63 sur Orvieto en Toscane), ni de sa langue (p. 90 par exemple), et cela se voit par moments (les différentes graphies de l’Ara della Regina à Tarquinia), mais le travail présenté n’en est pas moins remarquable. La masse documentaire est très grande, éparpillée à la fois dans le temps et dans l’espace. Pour mener à bien ce travail, l’auteur s’est appuyé sur ses connaissances dans les véhicules antiques autour de la Méditerranée mais aussi, ce qui est fondamental, sur l’archéologie expérimentale (p. 53). De nombreuses questions, que le lecteur se pose peu par lui-même il faut bien l’avouer, trouvent une réponse dans ce livre. Le chariot n’en par exemple pas le moyen terrestre le plus utilisé pour transporter des biens : la force humaine ou les animaux de bât lui sont de très loin préféré, même sur des routes romaines pavées. Ce même chariot peut aussi être tiré à bras (p. 94). Autre découverte, il n’y a pas de frein sur les carrioles, ce qui peut poser de sérieux problèmes en pente (et l’Italie centrale n’en manque pas, p. 85). La question de l’absence de fer à cheval aurait peut-être mérité un peu plus de développement (p. 97) puisque les auteurs romains parlent d’hipposandales (mais uniquement à la période impériale ?).

Les illustrations, monochromes, sont évidemment obligatoires dans un tel livre et elles sont très nombreuses (il y a aussi une carte avec les sites de découvertes des artéfacts). Il manque cependant un tableau récapitulatif des différentes formes de caisses, de jougs etc. pour chaque type de véhicule, avec chaque fois en regard une illustration-type. La présentation des types pourrait être ainsi bien plus claire. Le glossaire en début de volume est, pour tout lecteur d’ordinaire un distant du sujet, irremplaçable.

La lecture de ce livre nécessite une attention soutenue, à cause principalement de son aspect très technique, voir même aride. A ne pas mettre en toutes les mains, même si son pouvoir de clarification sur le sujet du déplacement terrestre dans l’Italie antique est très important, tout en étant beaucoup plus archéologique qu’historique.

(le char celte de Grande Bretagne peut être doté de suspensions p. 112, comme une Rolls Royce … 7,5)

Avec Napoléon

Les soldats témoignent 1805-1815
Anthologie de textes de soldats des guerres napoléoniennes présentée par Christophe Bourachot.

Des ours et un renard.

Ce livre fait partie d’une série de témoignages sur l’épopée napoléonienne, avec des titres comme Les hommes de Napoléon et Napoléon, la dernière bataille. C. Bourachot semble être un spécialiste de la question des témoignages napoléoniens, avec de nombreux livres édités chez divers éditeurs. Les textes qui figurent dans cette anthologie ne sont pas forcément inédits (seul un parmi les dix-neuf auteurs n’avait pas encore été publié) mais ils sont d’une assez grande diversité : il y a des artilleurs, des cavaliers et des fantassins, des officiers, des sous-officiers et des soldats, des engagés sur divers théâtres et même un polonais.

Le livre de presque 200 pages est divisé en années, allant de 1805 à 1815. Une introduction donnent quelques éléments sur le foisonnement de témoignages qui se font jour à partir de 1830, favorisés par les idées de concorde nationale mises en avant par Louis-Philippe (p. iv) et le retour des cendres en 1840. Tous montrent une très grande dévotion, que les années semblent avoir peu entamées. Chaque chapitre contient plusieurs témoignages et il est introduit par une perspective générale de l’année, du point de vue des opérations militaires (avec un peu d’éléments sur la diplomatie), souvent en se basant sur des historiens militaires comme J. et C. Vial, H. Camon, H. Lachouque ou G. Bagès. Les témoignages (mémoires, lettres) sont ensuite introduits à leur tour. Quelques cartes permettent au lecteur d’utilement se retrouver dans les cheminements des mémorialistes et un lexique biographique des auteurs en fin de volume rassemble des informations utiles (et qui permettront au lecteur intéressé d’aller les témoignages dans leur entièreté).

Ces témoignages, bruts, directs, parlant de la réalité de la guerre au début du XIXe siècle (la faim, le bivouac, la mort des camarades etc.) rappellent bien entendu ce que John Keegan a pu en tirer dans son livre fondateur de 1976, The Face of Battle (chroniqué par nos soins en 2007). La relation de la captivité sur l’île désolée de Cabrera par le soldat en charge de la distribution des maigres vivres apportés par les Espagnols en est même dérangeante (p. 73-80). Les Britanniques, qui avaient tout de même déjà inventé le système infâme des pontons flottants, font figures de gens bons en comparaison avec l’emprisonnement espagnol, sur une île presque sans eau et sans abris (et au mépris de la convention de capitulation).

Mais ces lettres et mémoires, l’auteur ne sait pas dans quelles mesures ils ont été retravaillés. On voit des crochets, signe d’une intervention éditoriale, mais il semble probable que l’éditeur ait aussi modifié l’orthographe, voir même la syntaxe. Seulement, cela ne nous est pas dit … Il reste néanmoins des différences d’une ligne sur l’autre en ce qui concerne les noms propres. Une occurrence a-t-elle été corrigée et pas la seconde (p. 128 avec la rivière Spree) ? Tout est-il dans le manuscrit ou la version d’origine ? De plus, les annotations pourraient être plus nombreuses. Où est ce Neukirchen (toujours à la p. 128, écrit par ailleurs New-Kirchen) ? Que veut dire « un vieux capitaine » avec  son « plus huppé que nous avait perdu la carte » (p. 132) ? Cela aurait mérité plus d’appareil critique (l’éditeur se permet par contre de dire que l’auteur d’un témoignage exagère, p. 16). Nous avons aussi repéré une erreur chronologique (p. 80), dans l’introduction au témoignage d’un marin français qui vient libérer les prisonniers survivants de Cabrera en 1814.

En parallèle des notes qui pourraient être plus nombreuses (l’éditeur est spécialiste de ce type de littérature), les références citées dans les introductions ont un peu vieillies (les années 1970 au mieux). Ce sont des analyses des campagnes qui datent souvent du XIXe siècle, qui ont un intérêt historique certains (on essaie de se consoler après 1870) mais qui ne sont peut-être pas les dernières analyses disponibles. Les cartes, les cartes tactiques et les croquis sont par contre sans indications d’origines alors qu’elles sont clairement tirées d’autres ouvrages (sans doute ceux cités en référence dans lesdites introductions). Mettre des auteurs à l’honneur mais ne pas les citer tous … Embêtant …

Ce livre est donc une réussite, mais qui n’est pas totale. Les témoignages des acteurs de la période napoléonienne (qui est ici assez étrangement limitée à 1805-1815, alors qu’elle aurait pu débuter avec le Consulat) sont d’un très grand intérêt, et montrent une adhésion à la personne de l’Empereur qui perdure dans le temps et que tous n’étaient pas contraints. La blessure, la maladie, le désagrément climatique et la mort sont omniprésentes mais sans dolorisme dans les témoignages de cette anthologie qui intéressera les lecteurs intéressés par la période, non pas vue depuis les petits rectangles de cartes tactiques ou avec le Mémorial de Sainte-Hélène mais avec les chasseurs, fantassins, artilleurs et grenadiers de la Grande Armée.

(la lassitude du vide continuel en Russie p. 108 … 6,5)

Sparte

Histoire politique et sociale de la cité de Sparte jusqu’à la conquête romaine par Edmond Levy.

Une assiette pas toujours aussi bien remplie.

Encore un ouvrage, certains diront même un classique, que nous aurions dû lire bien avant … Ce manuel a pour but de dégager autant de vérités que faire se peut au sujet de Sparte, la cité qui plus encore qu’Athènes, dominé l’espace grec antique et qui fut le point de départs de beaucoup de mythes, tant anciens que modernes (son égalitarisme, sa frugalité, etc.) qui ont donné corps à un « mirage spartiate ».

L’auteur commence son propos avec un rappel méthodologique jamais inutile, portant principalement sur le danger de l’hypercritique des sources (conduisant à l’a-historisme). Pour E. Levy, il y a une présomption de vérité des sources (p. 8) et c’est au critique d’apporter la preuve de l’invalidité, partielle ou totale. Comme il ne peut y avoir de vérité  absolue et éternelle en Histoire, de siège assuré pour l’historien, l’auteur déclare ne pas hésiter à entrer dans les détails dans ses démonstrations. Et tout au long de l’ouvrage, il se tiendra à cet axiome avec une maestria consommée.

Sans surprise, le premier chapitre est celui de la naissance de Sparte. A une Sparte achéenne (celle d’Homère) succède une Sparte dorienne après le retour des Héraclides (l’archéologie accrédite l’idée d’invasion au XIIe siècle avant J.-C. , p. 16). Une fois la plaine de Sparte conquise et les cinq bourgades originelles ainsi unifiées, Sparte se lance à la conquête de la vallée de l’Eurotas, puis au VIIIe siècle de la Messénie voisine. Au VIIe siècle, l’Etat laconien est formé, rassemblant l’espace lacédémono-messénien et les cités dites périèques (laconiennes mais pas spartiates). A partir du Vie siècle, Sparte étend encore plus loin son influence dans le Péloponnèse en construisant un système d’alliances appelé Ligue du Péloponnèse par les historiens modernes. De l’époque archaïque date aussi la mise en place du régime spartiate (avec ses deux rois, ses éphores, sa gérousie et son assemblée) et son idéologie, révolutionnaire si l’on considère les voisins de Sparte, qui assigne les qualités aristocratiques à tous les citoyens (comme cela est visible chez le poète Tyrtée) : être Spartiate c’est devoir être le meilleur, mais collectivement, pour la cité (p. 36-45).

E.Levy s’intéresse ensuite à la structure sociale spartiate, en commençant par les trois composantes principales de la cité stricto sensu. A tout seigneur tout honneur, l’on débute avec les Spartiate, leur éducation (agôgè, pédérastie et kryptie), le repas commun des sissyties et comment ces dernières fonctionnent, le lot de terre (kléros, fondement de la prétendue égalité spartiate), la place de la femme et la vie religieuse (marquée par son archaïsme). Pour E. Levy, les observateurs antiques ont à partir de ce tableau beaucoup vu une cité bien ordonnée, où l’on enseigne dès l’enfance l’obéissance aux magistrats et l’honneur, dans une communion sans cesse renouvelée au travers des chants et du vote par cris. Mais on peut aussi y voir une société où la surveillance de tous par tous, au code vestimentaire strict, conduit les citoyens à se cacher pout thésauriser. Société de conformisme, conservatrice et collectiviste, mais dans laquelle il faut constamment se distinguer (p. 112).

La seconde partie de la société, ce sont les Hilotes. Esclaves appartenant à la cité, attachés à la terre, ils sont principalement en charge de la production agricole et ne sont ni cessibles à l’extérieur ni affranchissables (p. 118), sauf par la cité. Maltraités de différentes manières, ils sont aussi redoutés par les Spartiates (qui au Ve siècle craignent des révoltes). La dernière partie de l’Etat laconien est constitué des Périèques. Ceux-ci habitent des cités dépendantes, issues vraisemblablement de colonisations, de conquêtes et d’associations, au nombre supérieur à 80. Les Périèques ont la nationalité lacédémonienne mais n’en ont pas la citoyenneté, où alors de seconde catégorie (mais possèdent néanmoins leurs terres). Il est fort vraisemblable que leurs cités soient majoritairement organisées sur un modèle oligarchique (au vu des volontés de Sparte pour les cités de la Ligue du Péloponnèse). Ils fournissent des hoplites ou de l’infanterie de marine et peuvent être envoyés combattre sans la présence de troupes spartiates avec eux. Toujours supérieurs numériquement aux Spartiates, ils leurs sont fidèles jusqu’aux années 370-369 (invasion thébaine, p. 154) parce qu’ils partagent avec eux de nombreuses valeurs et profitent d’être dans l’ensemble dominant la Grèce à de nombreuses reprises.

Enfin, E. Levy passe en revue les catégories marginales de la population lacédémonienne qui n’entrent pas dans les trois catégories qu’il a amplement décrites auparavant. Les Brasidéens et les Néodamodes sont issus d’affranchissements massifs pour services militaires rendus, les mothakés (libres dans la clientèle d’un noble), mothônés (anciens Hilotes), trophimoi (enfants d’aristocrates étrangers pro-spartiates) sont des individus ayant bénéficié de l’éducation spartiate sans être des Spartiates et qui bénéficient à l’issue de leur formation de la condition d’homme libre mais de condition souvent inférieure (p. 155-159).

Les bases ainsi posées, l’auteur s’attaque à la description de l’organisation politique de la cité de Sparte à l’époque classique (troisième chapitre). Les rois, au nombre de deux, provenant de deux dynasties distinctes, sont désignés par hérédité. Ils ont une fonction religieuse très importante et ils ont en charge la conduite des opérations de guerre, mais sous le contrôle des éphores. La royauté subit une profonde crise au Ve siècle, avec de nombreux procès intentés contre eux et l’importance de plus en plus grande de la fonction de navarque (amiral, p. 183). Les éphores sont peut-être à Sparte ceux qui ont le plus grand pouvoir. Elus annuellement, ce sont eux qui décident des plus grandes affaires, de l’ordre public, des mœurs (en une sorte de gouvernement décidant à la majorité). Ils surveillent ainsi toutes les catégories de la population, rois y compris. Leur pouvoir coercitif est sans appel, et est de leur ressort la majorité des affaires judiciaires. Ils préparent les débats de l’assemblée, la préside et font appliquer ses décisions. La gérousie quant à elle recrute ses 28 membres parmi les vieillards de plus de 60 ans (donc plus astreint au service armé), qui sont élus à vie. Ils sont un conseil à pouvoir juridique et de conseil, qui permet une stabilité entre les deux pôles que sont les rois et les éphores. Enfin, dernière composante du système politique spartiate, l’assemblée vote les lois après débat (du moins pour ceux qui ont le droit d’y prendre la parole, p. 216).

Le chapitre suivant analyse les relations entre Sparte et le monde extérieur du milieu du VIe siècle à 362. Ces contacts se font en premier au travers de la Ligue du Péloponnèse, qui d’alliance inégale entre Sparte et différentes cités se transforme petit à petit en alliance dotée d’un conseil à partir de 505, ce qui n’évita pas les conflits internes. Sparte a bien entendu des relations avec les Perses, que ce soit conflictuelles ou bénéficiant de leur appuis contre Athènes. Avec cette dernière, les relations ne sont pas toujours tendues. Athènes est même un moment membre de la Ligue. Après la bataille de Platées (480, opposant les Perses à une alliance panhéllénique), l’opposition est souvent frontale, voire tourne à la guerre (entre 431 et 404 par exemple). En 404, Sparte peut imposer une constitution oligarchique à Athènes. Mais d’autres puissances se développent au IVe siècle, parmi elles les Thébains réussissent en 370 à envahir le territoire spartiate, avant que la Macédoine de Philippes II ne mette tout le monde d’accord en 338.

Le IVe siècle est une période de lente érosion de son pouvoir pour Sparte (chapitre suivant). Suite à l’invasion thébaine de 370, Sparte perd la Messénie, soit la moitié de son territoire. Sparte n’est cependant pas anéantie, surtout pour ne pas laisser un vide trop grand. Mais Sparte doit affronter des crises internes, avec au premier rang de celles-ci, une inégalité de plus en plus grande et une réduction continue du nombre de ses citoyens de plein droit (p. 263, p. 269). A cela s’ajoute une crise morale, due à la victoire de 404. Ces difficulté conduisent à une succession de révolutions, qui vont chaque fois plus loin que la précédente, au point que la dernière, conduite par Nabis au début du IIe siècle, élimine le dernier roi et libère des Hilotes en grand nombre après avoir à nouveau redistribué les terres. En 146, les Romains arrivés à la faveur des interminables conflits qui agitent le Péloponnèse au début du IIe siècle, sont maître de la Grèce.

La conclusion, qui rappelle la singularité de Sparte, Etat constitué de plusieurs cités, précède des cartes, une brève chronologie, une bibliographie indicative et un index.

Ce livre (de 320 pages) s’adresse à un lecteur qui a déjà une bonne idée de l’histoire grecque aux époques classiques et hellénistiques. Il n’y trouvera rien concernant l’art laconien, ce dont s’excuse l’auteur en introduction. Les commentaires de documents sont clairs et apportent beaucoup aux explications que donnent E. Levy. Ce dernier ne cache pas au lecteur les autres lectures possibles de ces documents, comme il mentionne très souvent les avis auxquels il s’oppose, ou qu’au contraire, il suit. Les conclusions à la fin de chaque chapitre, voire de parties de chapitre, résument très clairement les idées exposées avec une très grande clarté précédemment.  Le tout se lit avec aisance, avec un appétit (de Delphes) qui vient en mangeant. Un peu plus de cartes, réparties à des endroits stratégiques du texte, aurait été une grande aide cependant.

Un excellent manuel universitaire, assez isolé dans la production francophone, qui ravira son lecteur.

(les Dioscures que l’on transporte sous forme d’amphores, c’est particulier p. 107 … 8,5)