Les Natchez

Une histoire coloniale de la violence.
Essai historique sur la Louisiane au XVIIIe siècle et le peuple des Natchez entre 1700 et le XXIe siècle par Gilles Havard.

Le poinçonneur sans les lilas.

Les massacres en Amérique du Nord pendant la période coloniale ne sont pas à sens unique. Ce n’est pas toujours l’Amérindien la victime et la violence qui pouvait l’animer avant sa rencontre avec les Européens n’a pas miraculeusement disparu, ni après 1492, ni après 1700. Evènement retentissant à l’échelle de la colonie française établie dans le bassin du Mississippi, le massacre du poste des Natchez, le 28 novembre 1729, en est un bon exemple. A celui-ci est associé non seulement une réaction d’ampleur conduisant à un remodelage en profondeur du paysage ethnique local mais aussi toute une série d’écrits mémoriels dans les décennies qui suivent, avant que la littérature ne s’empare du sujet avec rien de moins que F.-R. de Chateaubriand.

Gilles Havard commence son ouvrage avec quelques mises au point terminologiques, suivie d’une ouverture avec la rencontre d’un chef natchez en 2022 et d’une introduction basée sur la place du massacre des Natchez dans la mémoire française, dans la pensée anticoloniale du XVIIIe siècle, mais aussi au sein de l’histoire louisianaise et étatsunienne. Puis l’auteur aborde le point principal du livre, avec le récit du massacre qui voit dans un établissement le long du Mississippi (à 300 km au nord-ouest de la Nouvelle Orléans) la mort de 10 à 15 % des colons de la Louisiane par la main des Natchez, pourtant alliés depuis des décennies. Il y avait déjà eu des conflits en 1716 et 1722-1723 mais l’ampleur du massacre n’était pas prévisible. La panique gagne les dirigeants de la colonie, qui s’imaginent avoir à faire avec une attaque concertée panindienne doublée d’une révolte d’esclaves noirs (arrivés par centaines dans la colonie depuis les années 1710). Le village des Indiens Chaouchas, au sud-est de la Nouvelle-Orléans, en fait les frais en étant attaqué, ce que la Compagnie d’Occident, propriétaire de la colonie, désapprouve une fois informée.

L’auteur se concentre ensuite sur l’environnement du massacre. Qui sont ces Natchez, connus par les Français dès 1700 ? A l’aide des différents témoignages qui nous sont parvenus, il est possible de reconstruire l’organisation sociale dualiste des Natchez avec à son sommet le Grand Soleil, prêtre-roi entouré d’interdits. Caractéristique évidemment marquante pour un observateur occidental, la mort d’un personnage de haut rang s’y accompagne de sacrifices humains. Les colons qui vivent auprès des Natchez doivent en voir quelques-uns entre l’établissement du premier comptoir en 1714 et 1729. Les interactions de tous ordres avec la population locale sont évidemment nombreuses. L’image qui en reste dans les relations postérieures est paradoxale : les Natchez sont à la fois affables et massacreurs.

Puis dans une seconde partie, G. Havard tente une explication du massacre de 1729 à la lumière des données historiques et ethnographiques, en interrogeant le terme de massacre mais aussi celui de révolte Il sépare les récits (tardifs) du massacre des présupposés culturels qui les enrobent, et en premier lieu le thème de la conjuration, très en vogue en Europe à l’époque moderne. La dernière partie, enfin, est le récit des malheurs successifs des Natchez après 1729. En 1730 les dirigeants de la colonie initient des actions armées contre les Natchez à l’aides d’alliés indiens, conduisant les Natchez à déplacer leurs villages (libérant par la même des Français encore détenus). Si certains Natchez veulent rester sur les bords du Mississippi, d’autres se réfugient en territoire sous domination anglaise et commencent leur intégration aux Creeks et aux Cherakis (mais pas forcément leur assimilation). Ils subissent comme les autres Indiens la pression expansionniste des Etats-Unis au lendemain de leur indépendance, ce qui n’empêche pas certains de combattre aux côtés du général A. Jackson au début du XIXe siècle contre d’autres Indiens. Ce dernier, devenu président, décide pourtant leur déportation en 1838 de l’autre côté du Mississippi, en Oklahoma. L’américanisation, source de conflits internes aux nations indiennes, se poursuit avec la Guerre de Sécession, et si les Natchez sont parfois décelables au sein des Creeks et des Cherakis, ils passent progressivement sous le radar. Au début du XXe siècle, des ethnographes rendent compte des derniers locuteurs natifs de la langue natchez, même si les Natchez (ou là encore, ceux qui se définissent comme tels) semblent garder une influence dans les activités cérémonielles indiennes de l’Oklahoma.

Après le Pays d’En-Haut et ses destins particuliers (L’Amérique fantôme, paru en 2019), G. Havard propose ici un tableau élargi aux dimensions d’une société consciente de son violent déclin démographique et qui voit sans doute l’arrivée des colons comme un moyen de l’enrayer. Très solidement étayé avec des annexes et des notes qui avoisinent les 200 pages et doté de nombreuses illustrations dans et hors texte, le parcours ethnohistorique proposé par l’auteur ne se contente pas de reconstituer un massacre avec ses auteurs et ses victimes, ses conséquences au long cours et l’amérindianisation de la violence coloniale (y compris des femmes de la colonie, p. 259), mais veut aussi s’interroger sur ce qui peut constituer une nation en Amérique du Nord (et les changements de définition depuis le XVIIIe siècle) et sur la place des Natchez dans le discours anticolonialiste à la fin de l’Ancien Régime.

Grâce notamment à un agencement rythmé des chapitres et aux respirations excursives, G. Havard a rendu la lecture de son ouvrage très plaisante, permettant un efficace aperçu de cette légère mais marquante présence française sur les rives septentrionales du Golfe du Mexique et sur les bords du Mississippi. La réconciliation franco-natchez et le renouvellement d’alliance, annoncées par l’auteur pour mars 2024, n’ont pas encore eu lieu. Mais l’espoir d’une réalisation avant 2029 n’est pas abandonné.

(Peaux-Rouges est une expression d’origine amérindienne p. 226 … 8,5)

Die Bundeswehr

Von der Wiederbeschaffung bis zur Zeitenwende
Essai historico-politique militaire de Sönke Neitzel.

Une armée démocratique.

Si Sönke Neitzel était déjà connu des spécialistes de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale grâce à son ouvrage magistral sur les enregistrements des généraux allemands en captivité au Royaume-Uni (en 2005), il est devenu une figure médiatique avec l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Titulaire de la chaire d’histoire militaire et d’histoire culturelle de la violence à l’université de Potsdam, il était le candidat naturel pour écrire le volume sur la Bundeswehr dans une collection équivalente en Allemagne à celle des Que sais-je en France.

L’ouvrage est découpé en trois parties : la naissance de la Bundeswehr en 1955 et ses évolutions durant la Guerre Froide, la période 1990-2020 et ses opérations extérieures et enfin les défis nés du conflit en Ukraine à partir de 2014 jusqu’à nos jours.

La renaissance de forces armées en Allemagne dans les années 1950 n’a rien d’une évidence. Plusieurs éléments concourent à cela cependant. En premier lieu, la fondation en en 1949 de la République fédérale d’Allemagne mais aussi celle de l’OTAN la même année. Mais plus encore que l’échec de la CED en 1954, c’est la fin du monopole atomique étatsunien en 1949 qui est décisif dans la reconstitution de forces armées ouest-allemandes. La dissuasion devant être aussi conventionnelle en plus de nucléaire, la RFA se devait de participer à sa défense en ajoutant des divisions sous commandement OTAN. La RFA était aussi fortement incitée à le faire par la conscience très claire du gouvernement de Bonn que si les forces du Pacte de Varsovie n’étaient pas mises en échec au plus près de la frontière c’est son propre territoire qui subirait le bombardement nucléaire … Une fois le principe acquis auprès des Alliés et la population ouest-allemande y étant majoritairement favorable, le gouvernement de Bonn pouvait lancer la montée en puissance vers l’objectif de 440 000 personnels dans les forces armées (très majoritairement dans la composante Terre, cible atteinte en 1965). La question de la composition du corps des officiers (c’est à dire du recyclage d’officiers de la Wehrmacht et de la SS) avait déjà été réglée très en amont et des enquêtes étaient menées pour tout recrutement à partir du grade colonel et en fin de compte il y eu moins de nazis dans la Bundeswehr qu’au BND ou dans les ministères de la Justice ou de l’Agriculture (p. 12-16). Pour se prémunir d’un retour aux tentations putschistes de la République de Weimar, l’accent est mis sur le serment prêté à la Constitution et sur l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, mais dans les unités certaines traditions d’avant 1945 (mais pas forcément de la période nazie) refont surface. Dans les années 1970, le ministère tente de clarifier plus avant la question, sans forcément exclure a priori certaines pratiques apparues après 1933 (p. 35-38). Certaines traditions sont alors interdites, notamment chez les parachutistes très influencés par les combats d’Indochine et d’Algérie.

S. Neitzel détaille aussi les problèmes d’attractivité de la Bundeswehr dans les années 1970-80 (la création d’universités en 1973 et de cursus diplômants ont pour but d’y remédier en préparant la reconversion), les réformes, un pacifisme finalement limité (« la conscription oui, mais pour les autres » voisinant la quête de sens de ceux devant défendre des concitoyens qui ne veulent pas l’être). Au mitan des années 1970, les forces armées ouest-allemandes comptent 1,2 millions de personnels avec les réserves, dans un état de préparation jugé satisfaisant par l’OTAN, du moins capable d’absorber le premier choc du Pacte. En 1985, le but politique d’une Bundeswehr au zénith de sa capacité de combat, c’est à dire sa crédibilité, est considéré comme atteint par l’auteur (p. 46).

La réunification allemande et la fin du Bloc de l’Est place la Bundeswehr devant deux défis majeurs. Le premier est l’absorption de la NVA, l’armée est-allemande. Ceci est fait assez rapidement, en ne conservant que très peu de matériel, assez peu de personnel, mais en créant des unités dans l’est du pays, qui comme ailleurs, seront à recrutement local. Le second défi est la raison de l’existence de la Bundeswehr, dont la taille est réduite à 250 000 personnels en 2005. Il y a participation aux missions de l’OTAN (dites « hors de la zone ») mais pour S. Neitzel c’est plus pour « être avec mais sans rien faire » (p. 53). Le but du politique est surtout que rien en se passe, que ce soit en Somalie, dans le déminage du Golfe persique, ou en Yougoslavie (sous casque bleu ou au Kosovo). Le premier usage d’armes par des soldats allemands depuis 1945 a lieu quand des Tornados utilisèrent des missiles pour neutraliser des radars serbes en 1995, sans que cela soit rendu public. En fin de compte, la Bundeswehr se retrouve elle aussi avec le paradoxe de devoir faire plus (projetée) avec de moins en moins de moyens, humains et budgétaires, sans pouvoir planifier les engagements (le contrat OTAN ne peut plus être rempli en 2001, p. 66). Puis vint l’Afghanistan …

L’Allemagne participe à l’opération OTAN Enduring Freedom à hauteur de 3900 personnels à partir de novembre 2001 et à l’ISAF sous mandat de l’ONU à partir de décembre de la même année (1200 soldats pour six mois à l’origine). En 2006 les premiers engins blindés sont envoyés en Afghanistan, mais leur usage n’est autorisé qu’en 2009. La même année a lieu le premier mort au combat d’une armée allemande depuis 1945, un soldat d’origine russe dont le père avait déjà combattu sur place sous uniforme soviétique … Les rêves d’une opération de strict mentoring s’évaporent avec le scandale du bombardement des camions citernes (toujours en 2009). Les critiques s’accumulent, y compris au plus haut niveau politique et militaire allemand, alors que le contingent culmine à 5300 soldats engagés et que les pertes atteignent 35 morts au combat. Aucun membre du gouvernement n’est présent à la cérémonie de fin de mission fin juin 2021 … S. Neitzel est également critique de la mission au Mali en 2013, avec selon lui pas plus de réflexion stratégique qu’en 2001 (« mais si pas contre Daesh, contre qui alors » regrette la troupe p. 100) . Mais l’auteur réserve ses feux pour la politique militaire allemande en direction de l’Ukraine en 2014, mais plus encore en 2022. Le « changement d’époque » (Zeitenwende) décrété en 2022 est passé au crible et l’auteur apprécie peu les changements de pied incessants du gouvernement fédéral, sans parler des délais de mise en œuvre. Les problèmes de disponibilité du matériel, de recrutement, de réappropriation de capacités et de dronisation persistent. Sur une note amère, l’auteur rappelle que la lenteur se paie in fine avec du sang.

Le propos bien équilibré, entre histoire, sociologie militaire et critique à grand spectre qui se veut constructive. L’accent est spécialement mis sur la culture militaire et ses difficultés, dans une armée sans combat jusqu’en 2001 et sans décoration reconnue, pour intégrer et faire vivre un esprit de corps. Pour l’auteur, la plupart des ministres et des inspecteurs généraux qui se succèdent manquent de courage (un simple carnet de chant est évalué sans décision trois ans durant) pour dire la réalité ou veulent pratiquer des exorcismes. S. Neitzel mentionne pour ce point explicitement la ministre U. van der Leyen à Illkirch-Graffenstaden (près de Strasbourg) en 2016, après la découverte dans une salle du 291e Jägerbataillon d’une fresque représentant un soldat de la Wehrmacht (à l’occasion de l’arrestation du lieutenant Franco Albrecht qui projetait un attentat sous fausse bannière). Le Livre Blanc de 2016 ne trouve pas plus grâce à ses yeux : se payant de mots, sans solutions aux problèmes et ne contenant qu’une seule fois le mot « combat ». L’exaspération, que justifie amplement l’auteur, est palpable dans la fin d’un volume qui attend du lecteur une bonne maîtrise de la langue allemande en échange d’un niveau de connaissances préalables relativement faible.

(le KSK n’a jamais libéré d’otages, censé être son cœur de métier p. 96 … 8,5)

La Grande Illusion

Comment la France a perdu la paix 1914-1920
Essai d’histoire diplomatique de Georges-Henri Soutou.

Presque aucun gagnant.

La crise européenne de juillet 1914 ne prend pas fin comme ses devancières du Coup d’Agadir (en 1911) ou des guerres balkaniques des années 1912-1913. Les conseils de prudence ou de modération dans les deux grandes alliances du continent (Triplice et Triple Entente) au cours de ces crises se sont transformés en soutiens, par peur que la retenue mène à la dissolution de l’alliance et à un isolement dangereux. Et dans la situation où le premier pays qui arrive à générer des forces par la mobilisation et à les acheminer le plus rapidement à ses frontières acquiert un avantage tactique déterminant, l’atermoiement est un danger bien trop grand.

En juillet 1914, la Serbie repousse l’ultimatum austro-hongrois (plus précisément le seul point attentatoire sa souveraineté) et la Russie fait monter la pression en faveur des Serbes. La France ayant besoin de la Russie pour occuper l’Allemagne à l’Est, elle s’oppose au mieux mollement aux initiatives russes. Schéma identique en Allemagne en soutien de la double monarchie. Les troisièmes membres (Royaume-Uni et Italie) des deux alliances sont plus réservés. Les Britanniques ne prennent définitivement position qu’avec l’invasion de la Belgique neutre par l’Allemagne et l’Italie négocie son changement de camp en 1915.

Le Concert des Nations du Congrès de Vienne n’existe plus et la logique d’alliance née de la guerre industrielle prend le pas, mais ce ralliement de l’Italie à la Triple Entente, comme l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, démontre que la diplomatie reste un levier même après le début des combats.

Se plaçant du côté français, le livre analyse les aspects diplomatiques de la Première Guerre Mondiale jusqu’en 1920 en débutant avec l’état des lieux des années 1910, entre des objectifs d’encerclement de l’Allemagne (l’opinion majoritaire dans les cercles gouvernementaux français) et des tentatives de rapprochement avec l’ancien ennemi. La question de la Belgique, cruciale en cas de guerre, est aussi débattue. L’été 1914 est un chapitre en soit entre chèque en blanc français aux Russes (p. 56), la mobilisation secrète en Russie et les regrets ensuite. Le chapitre suivant décrit les relations aux pays neutres qui prennent en importance une fois acté que la guerre prendra plus que quelques mois, mais aussi à la coordination nécessaire entre Alliés, notamment en ce qui concerne les buts de guerre (progressivement élaborés jusqu’en février 1917, et ce n’est pas toujours le ministre qui décide p. 126). Ces mêmes buts de guerre sont ensuite détaillés : la question de l’unité allemande, les nationalités à libérer (mais sans Anschluss p. 324!), un nouveau système international et les buts de guerre économiques. En 1917 prennent aussi place des négociations secrètes dans un contexte de guerre sous-marine et de révolution en Russie, passant souvent par la Suisse, mais qui n’aboutissent pas (sixième chapitre).

Vient ensuite 1918 et les avancées alliées vont réactualiser la question des nationalités (pas toujours en suivant les principes wilsoniens). Les armistices ne sont pas de simples pauses dans les combats mais engagent déjà l’avenir. Hélas les traités de paix de 1919 et 1920 ne concrétiseront de loin pas tous les objectifs français. La rive gauche du Rhin n’est pas sous domination française, pas plus que la Belgique et ni la Sarre ni le Luxembourg ne sont rattachés à la République. En Europe centrale, Paris réussit néanmoins à enserrer l’Allemagne dans un réseau d’alliés aptes en théorie à se défendre (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie et Pologne, mais qui ont aussi leurs frontières historiques p. 360 comme sources de tensions). Mais surtout, devant les réticences des Alliés à aider économiquement à la reconstruction de la France et à garantir sa sécurité (les Etats-Unis ne ratifient pas le Traité de Versailles, p. 337-338), il faut penser à devoir revoir l’Allemagne comme un partenaire économique, pas forcément majeur mais néanmoins utile (sans parler du danger communiste). En fin de compte, le Concert des Nations de 1815 est revenu mais dans une forme beaucoup plus faible (pas de négociations avec les vaincus, wilsonisme déstabilisant mais un Traité de Versailles très dynamique dans ses effets). Les millions de morts de la guerre vont grandement peser sur les deux décennies qui suivent. La démocratie libérale qui était sensé avoir gagné en 1918 allait prendre de plein fouet la crise de 1929.

L’auteur ne se cache pas longtemps : il prend le contre-pied de ce que J. Keegan a pu faire. On ne sera pas ici au ras des tranchées ou dans ce que renifle le fantassin mais au niveau où les choses se décident. Le taxi de V. Zelensky a son importance, surtout qu’il ne l’a pas pris. Les chapitres sont assez autonomes, avec quelques rappels, dont certains sont même des reproductions à l’identique de paragraphes entiers. Sont-ce là les traces d’un cours qui a existé avant le livre et qui pourrait aussi expliquer certaines interventions plus personnelles de l’auteur (p. 67 ou p. 156 par exemple) ? Il y a à l’opposé peu de notes infrapaginales et quelques cartes, les sources et la bibliographie étant à l’évidence très indicatives : là encore, une question de format voulu par l’éditeur.

Le tout se lit avec une grande aisance, malgré les évolutions historiques parfois très ramassées et compliquées. On y retrouve tout ce qui fait le style de l’auteur, avec un discours acéré, une vive volonté de précision et une idée pédagogique de la formule choc. Surtout il combat avec succès l’idée que l’on peut se faire (et que nous nous sommes aussi faite) en ne suivant que les opérations militaires, passant de la Marne à la Somme et aux Dardanelles sans avoir aussi conscience de la stratégie de la France et des Alliés et dans ce cas, de l’action diplomatique. Il y a Union Sacrée, mais J. Caillaux, député et ancien président du Conseil, est emprisonné en janvier 1918 parce qu’il souhaitait une paix négociée. Les combats ne cessent pas, mais il y a des timides tractations (avec très peu de chances de succès dès le départ) dans le but d’arrêter le massacre. Le gouvernement annule l’offensive Nivelle en 1917 avant que Poincaré, président de la République, ne cherche à la rétablir (p. 215). Tout cela a été écrasé par le mythe tout entier tendu vers la Victoire (et elle seule) après la Guerre mais G.-H. Soutou rappelle que la politique n’a pas disparu pendant la Première Guerre Mondiale.

(en 1916 avec la conscription britannique et les difficultés russes, la guerre passe d’une affaire essentiellement franco-russe à une affaire franco-britannique p. 77 … 8,5)