Die etruskische Religion

Sakrale Stätten, Götter, Kulte, Rituale
Essai d’histoire de la religion étrusque par Ambros Joseph Pfiffig.

Les livres aussi vieillissent.

Dans le haut de la liste de ces livres que l’on se promettait enfin de lire (les classiques, les reconnus, ceux que l’on a promis de lire), figurait le présent livre en excellente place. Et juste à côté de lui, par ailleurs, son jumeau terrifiant Die Etruskische Sprache par le même auteur … Mais à un moment il passe de l’autre côté du parapet et fait partie de la catégorie des « lus ». Et ce ne fut pas sans combat …

La lecture n’en est pas aisée parce que c’est lourdement écrit et qu’en plus de s’adresser à des amateurs du domaine, il faut à ces derniers de très solides bases en philologie. C’était à prévoir de la part du grand spécialiste de la Momie de Zagreb (le plus long texte étrusque connu) et des Tables Eugubines (les sept tablettes de bronze décrivant divers rituels et rédigées en langue ombrienne), moine prémontré qui a enseigné à Vienne et Pérouse. Il a malheureusement été plus question après sa mort en 1998 de son intérêt trop marqué pour les jeunes garçons en divers lieux qui lui a valu une interdiction d’enseigner par l’Eglise et de la prison (en 1958 déjà).

L’ouvrage s’organise en quatre grandes parties. La première partie pose le cadre général de l’Etrurie antique avec sa géographie, son peuplement (et il est encore en 1975 question du thème obligatoire de l’origine), son organisation politique et son histoire. On peut à cette occasion faire quelques remarques sur les choix de l’auteur. Déjà, le lien entre culture étrusque et culture de Villanova n’a pas cours chez l’auteur et donc les éventuelles manifestations religieuses de cette culture qui apparait à la fin du second millénaire avant notre ère ne sont pas traitées. De manière générale, la chronologie est datée (p. 2-4). Ensuite, le tableau géographique de l’Etrurie semble très déconnecté de l’archéologie (absence de Pise) et la carte est anachronique (voire problématique, p. 3).

La seconde traite de la religion étrusque dans ses principales caractéristiques au travers de différents thèmes. Il y a en premier lieu les sources de nos connaissances, entre des documents dont la datation s’étale sur plusieurs siècles et l’étude d’une religion sans dogme fixé par écrit (comme toutes les religions antiques). Puis l’auteur passe à l’organisation du panthéon étrusque (qui use des foudres, les dieux voilés, absence de triade divine en Etrurie à la différence de la triade capitoline romaine p. 34) avant de détailler ce que les Romains appellent la « discipline étrusque » (les livres rituels révélés). A. Pfiffig poursuit ensuite son étude avec différentes sacralités. Tout d’abord celle de personnes (prêtres), puis de lieux (sanctuaires), de temps (très bon passage p. 92-93) et pour finir, des objets (le lituus).

Dans cette même partie, A. Pfiffig va plus dans le détail sur certains thèmes : rituels et sacrifices dans la Momie de Zagreb, espace sacré (templum), l’haruspicine, la brontoscopie, les prodiges (le monstre est un avertissement p. 139), la divination augurale (interprétation du vol des oiseaux), les oracles, la fin prévue de la civilisation étrusque (par elle-même), la mort et l’au-delà (bon passage sur l’Ile des Morts p. 168-172), l’éthique et la relation entre sexe et religion (l’auteur réfute l’existence d’un culte à Hermaphrodite p. 228 à base d’arguments grecs …). Ce qu’il en ressort, c’est avant tout un ton peu prudent, jusqu’au péremptoire (l’auteur bâtit une théorie sur un nom dont on a aucune occurrence, comme *λαυχυμνα p. 46). Et comme l’auteur, par formation, est très proche du texte, on finit par plus en savoir sur les Romains de la fin de la République et du Principat que sur ce que pensait les Etrusques, et l’ajout de références étymologiques crétoises ou mycéniennes n’apporte pas grand-chose (p. 77), si ce n’est vouloir ainsi apporter de l’eau au moulin de l’auteur dans sa vision des éléments féminins du panthéon comme héritiers d’une Grande Mère « mégalithique » (p. 77, surtout Menrva/Minerve et Turan/Vénus, mais aussi p. 216 sur l’origine pré-indoeuropéenne de la place de la femme). L’utilisation par les Etrusques d’un calendrier corinthien (lié au Corinthien Démarate venu en Etrurie etc.) est une idée assez baroque, puisqu’elle signifie qu’ils ne seraient pas assez dégourdis pour avoir le leur (p. 92) … La remarque sur le changement onomastique chez les femmes qu’induit l’octroi de la citoyenneté romaine en zone étrusque est par contre d’une grande justesse, en plus d’être rarement écrit ailleurs (p. 215, sur l’abandon du prénom féminin, cas unique au niveau méditerranéen, pour le gentilice féminisé et anonymisant avec la romanisation).

Et dans cette partie encore, l’archéologie peut avoir entre temps infirmé certaines vues (Murlo est encore un sanctuaire dans ce livre, alors qu’il est aujourd’hui sûr que le site est une résidence aristocratique p. 34, ou encore les Elogia Tarquiniensa p. 42, objet d’une analyse magistrale l’année même de la sortie de ce livre). Sur le Fanum Voltumnae, l’auteur reste (à raison selon nous) plus prudent en rappelant avec beaucoup d’arguments et de justesse le flou des sources quant à sa localisation (p. 69-71). L’absence dans ce livre de la mention de lacs sacrés, comme celui du Mont Falterona, est bien plus embarrassante.

La troisième partie décrit les différentes divinités étrusques connues, en commençant par les divinités célestes. Suivent les divinités guérisseuses, accompagnatrices (lases et génies comme Achvizr, peut-être la Libido divinisée), les divinités et démons aquatiques, les dieux liés à la Nature et à la naissance, à la guerre, à la Terre et à l’au-delà. Le panthéon est complété par des demi-dieux et des héros. Cette partie se conclut sur les épithètes et la religiosité personnelle. Les sources iconographiques (typiquement les miroirs) sont ici sous-employées, à l’inverse de ce que N. Thomson De Grummond a pu faire (voire ici mais avec des notices beaucoup plus courtes, avec notamment une autre analyse du dieu Mariš, qui est le fils de Menrva et Hercle, c’est-à-dire d’Hercule et Athéna !). Malgré cette importante limite (et peut-être des contradictions, comme avec Aplu p. 251), l’analyse est très complète avec de très nombreuses et intéressantes réflexions, en avertissement contre tout jugement hâtif sur l’incompréhension des Etrusques de la mythologie grecque (p. 288) et en avançant l’idée d’un étiquetage avec des labels grécisants de réalités purement étrusques : Calu et Thanr seraient alors « relookés » (à une période imprécise) en Aita et Phersipnei, Hadès et Perséphone, mais toujours avec une symbolique locale. Le lien cultuel fort probable entre Fufluns (Dionysos) et Cath (divinité solaire) est lui aussi du plus grand intérêt (p. 293).

La dernière et quatrième partie traite quelques questions annexes, de manière assez rapide. A. Pfiffig évoque l’éventuelle présence du chamanisme, du fétichisme (au sens vaudou), du bétylisme (pierres sacrées) et de l’influence grecque dans la religion étrusque (orphisme et pythagorisme). Le livre s’achève sur les possibles persistances des croyances étrusques après le Ve siècle de notre ère (p. 383-389), comme par exemple dans les croyances populaires toscanes. Sur ce dernier point, nous restons dubitatifs et ne pouvons exclure que l’étude ethnographiques qui est à l’origine de tout cela (faite par Ch. Leland, parue en 1892) soit une belle arnaque. Pour compléter le volume, une table récapitulative des divinités et des illustrations, la bibliographie, et un index.

Un livre massif, fondamental sur le sujet (sans être de loin le seul), mais qui a du mal à retenir le lecteur, même réceptif. Au niveau de la philologie, il est difficilement surpassable mais il semble qu’il se soit beaucoup limité à ce plan et que l’iconographie ne vient qu’en appoint (l’iconotypologie des foudres est même inutile, p. 131-133). Nous craignons que ce soit l’inverse de la répartition numérique dans le corpus des sources. Peut-être trop éthéré, pas assez proche du croyant, voir purement spéculatif par endroits, mais sûrement pas sans qualités.

(le indogermanisch, ca a bien vieilli …6)

Königinnen der Merowinger

Adelsgräber aus den Kirchen von Köln, Saint-Denis, Chelles und Frankfurt am Main
Catalogue de l’exposition du même nom sous la direction de Patrick Périn et Egon Wamers.

Reine un jour, reine toujours.

Il n’y eu visiblement en 1959 pas le même engouement qu’en 1922 quand H. Carter mis au jour une petite tombe dans la Vallée des Rois thébaine. Pourtant fut découverte cette même année la plus ancienne sépulture royale française (plus précisément franque), en la basilique de Saint-Denis. Peut-être un tout petit peu moins d’or entassé … et une image beaucoup moins positive (la barbarie, les « Ages Sombres », les rois fainéants etc.). Le sarcophage est intact et renferme les restes de la reine Arégonde en plus de plusieurs artefacts trahissant son rang royal. Les sépultures comparables et de cette période qui nous sont parvenues sont peu nombreuses : celle de Wisigarde à Cologne, de Balthilde à Chelles et d’une fillette de très haut rang à Francfort-sur-le-Main. Elles furent toutes mises en miroir dans l’exposition de 2012 et conséquemment ce catalogue.

Le livre ouvre sur une partie introductive centrée sur la place des femmes de haute noblesse dans la société franque, entre polygamie royale (exorbitante du droit commun et combattue par l’Eglise) et sainteté (comme nous allons le voir), mais aussi quelques données biographiques sur les reines franques évoquées dans ce catalogue. Il y a aussi quelques généralités sur le matériel retrouvé dans les tombes (la question de l’origine assez étonnante du grenat des bijoux cloisonnés se trouve plus loin dans le livre p. 110-111) et leur origine, puis quelques explications sur les sépultures auprès ou dans les églises au Haut Moyen-Age. L’église n’est pas toujours préexistante et les Mérovingiens semble aimer les ruines romaines comme lieu de sépulture (quitte à prendre un bain pour une église, p. 63) ou construire une halle sur la tombe dans le cimetière.

 Suit la première figure considérée, la reine Wisigarde (c. 510 – c. 538), épouse de Théodebert Ier. Sa tombe a été (de manière extrêmement probable) retrouvée à Cologne, sous l’actuelle cathédrale en 1959 (elle aussi). Dans la tombe voisine et exactement contemporaine se trouve un garçon, dont l’analyse génétique (mitochondriale) montre l’absence de lien familiaux avec Wisigarde. Dans la tombe de cette dernière, on ne dénombre pas moins d’une centaine d’objets, de la fibule cloisonnée, aux anneaux et bracelets en passant par une sphère en cristal de roche, un couteau à manche en or, des bouteilles en verre, des gants et un coffre. Une telle richesse accompagnant la défunte a pu faire douter certains scientifiques du christianisme de la personne inhumée. Cela semble néanmoins être le cas, la présence d’offrandes variées (y compris de la nourriture) n’étant pas absente d’autres tombes contemporaines et chrétiennes (p. 69). Il y a après tout des monnaies dans la tombe du pape Jean-Paul II …

Le chapitre suivant est consacré à la reine Arégonde (née vers 514 et morte entre 571 et 582, p. 116), dont le sarcophage a été retrouvé à Saint-Denis sous la basilique du même nom. Le sarcophage, loin d’être esseulé (l’analyse ADN a détecté quinze individus ayant des liens familiaux avec Arégonde et ensevelis à proximité), contient un mobilier très riche et varié dont les pièces centrales sont une épingle ouvragée et une bague portant le nom de la reine. L’analyse de la dépouille conclut à une légère infirmité de la reine, à cause d’une poliomyélite contractée entre quatre et cinq ans, à de l’arthrose (la reine est morte soixantenaire) et à un accouchement difficile au vu de l’émail dentaire (Chilpéric Ier en 534, p. 106 ?).

La reine Balthilde (c. 625-680) est la troisième reine considérée. Elle a été inhumée dans le couvent qu’elle a fondé à Chelles-sur-Marne mais sa sépulture d’origine n’est plus identifiable. Par contre, du fait de sa sainteté, le contenu de la tombe, cendres comme artefacts, ont été conservés comme reliques (translatio en 833). Arrivée encore enfant (vers 641) comme esclave ou otage à la cour franque depuis l’Angleterre, elle épouse vers 649 le roi Clovis II. En 657, elle est co-régente au nom de son fils mineur Clothaire III, assistée entre autres par l’évêque Eloi de Noyon, celui que la chanson a rendu populaire pour une histoire de vêtement et orfèvre de grand talent. Elle fonde de nombreux monastères dans la mouvance irlando-franque (règle de Saint Colomban), dont celui masculin de Corbie et celui de Chelles (en 658/659, sur le site d’une chapelle fondée par la reine Clotilde, l’épouse de Clovis Ier) où elle se retire à la majorité de Clothaire III en 665. Des possessions de la sainte ont été conservés une tunique portant des broderies reproduisant des bijoux (sans doute ceux qu’elle portait en tant que reine avant 665, p. 131-136), un manteau en soie, une fibule dorée, une ceinture et différents galons tissés. Une mèche de cheveux nous est aussi parvenue avec un long bandeau de soie enroulé autour permettant de reconstituer la coiffure de la reine. Enfin, parmi les reliques, des restes de plantes sauvages (le fond du sarcophage ?) et de l’encens.

A la description des reliques de Chelles fait suite un article sur le sceau en or découvert en Angleterre en 1998 et qui a toutes les chances d’avoir appartenu à Balthilde (aux liens forts et persistants tout au long de sa vie avec l’île). C’est un sceau monté sur un axe, avec sur une face un portrait féminin en buste et l’inscription +BALdEhILDIS et sur l’autre face un couple nu, ayant vraisemblablement une relation intime surplombés d’une croix. Un autre article détaille les liens entre Balthilde et Saint Eloi, évêque, orfèvre de la cour mais aussi chargé du trésor royal et de la frappe des monnaies.

La dernière partie du catalogue est consacré à la tombe d’enfant découverte en 1992 dans l’église des Saints-Bartholomée-et-Charlemagne de Francfort-sur-le-Main. Cette église avait été construite sur la basilique du Saint-Sauveur (855) due à Louis le Germanique et desservant le palais de Louis le Pieux à proximité immédiate, mais la tombe était abritée par un bâtiment rectangulaire (memoria ?), une chapelle étant située plus à l’ouest. La tombe est celle d’une fillette âgée de quatre ou cinq ans, datée des débuts du VIIIe siècle, et appartenant à la haute noblesse franque (qui administre le domaine royal sur les bords du Main ?). Inhumés avec la fillette, des victuailles et des tasses en verre, des tissus (dont une couverture tissée avec une croix en or), mais surtout la défunte porte de nombreux bijoux de tous types, un olfactoriolum autour du cou (une boîte diffusant du parfum), un bracelet romain et un objet trapézoïdal en ivoire.  Le plus étrange étant la présence à la droite de la fillette d’une autre sépulture contemporaine, celle d’un garçon du même âge, crématisé dans une peau d’ours accompagnée de divers os d’ours et de griffes. On peut imaginer que, enfants de familles amies et décédés des mêmes causes, il a été décidé d’une inhumation conjointe mais selon deux rites radicalement différents, l’un chrétien et l’autre païen. Toujours est-il que la tombe de la fillette se retrouve en plein dans l’axe de la nef de l’église Saint-Sauveur 150 ans plus tard, démontrant sans doute une persistance mémorielle et une considération spéciale.

Cure rafraichissante et régénérative pour celui qui n’a pas entendu parler des Mérovingiens depuis trop d’années, ce livre ravira aussi le profane par ses très nombreuses illustrations (de tous types) et sa clarté, qui ne se fait pas au détriment de son exigence méthodologique. On notera aussi la présence de nombreuses cartes. La qualité des pièces d’orfèvrerie présentées reste ahurissante, mais ce qui va sans doute nous rester le plus en mémoire ce sont les liens culturels très forts avec Constantinople dans les cours franques. Le ton est donné pour les bijoux et l’habillement en grande partie du côté du Bosphore, mais cela s’étend aussi aux pratiques funéraires (refaire chez soi l’église des Saints-Apôtres de Constantinople, exemple de mausolée impérial, avec l’actuelle église Sainte-Geneviève à Paris). Entre Romains …

Toujours et encore (et comme nous en parlons depuis des années), les soi-disants « Ages Sombres » gagnent en luminosité.

(Arégonde fait importer ses chaussures de la Rome byzantine p. 115 … 8)

Le dossier Vercingétorix

Essai d’historiographie, d’archéologie et d‘histoire sur Vercingétorix et les Gaulois par Christian Goudineau.

Clef en main.

Que savent les « Gaulois réfractaires » de la Gaule, des Gaulois et de Vercingétorix ? A priori très peu de choses si l’on considère que toute référence aux Gaulois a disparu du programme d’histoire du secondaire depuis très longtemps et que sa présence au primaire est à la fois lointaine et congrue. Il ne reste qu’Astérix pour rappeler au grand public que Rome et Athènes ne furent pas les seuls endroits habités de l’Antiquité (avec les limitations que cela engendre mais aussi le formidable impact de la série). Il doit rester quelques latinistes, espèce elle aussi appelée à disparaître, qui lisent du César dans le texte … « Nos ancêtres les Gaulois », ce n’est plus que pour (mal) se moquer de la colonisation sous la Troisième République.

C. Goudineau a pourtant essayé, avec les moyens qui étaient les siens (puissance intellectuelle, diversité des médias, oralité détonante) de renverser la barre et faire un peu mieux connaître ceux qui ont habité la France avant qu’elle en porte le nom. Avec peu d’effets pour l’instant … Dans ce livre, il se concentre plus précisément sur la figure de Vercingétorix, le général en chef du soulèvement gaulois de 52 avant notre ère, un personnage actif neuf mois en tout et pour tout (au niveau de l’horizon de nos sources). Mais ici, pas de livraison d’un portrait « clef en main ». L’auteur nous convie dans son atelier et l’on est en conversation à bâtons rompus avec lui. Avant de parler de ce que l’on sait de l’infortuné Arverne, il y a d’abord sa généalogie de héros. En premier lieu le pré-romantisme d’Ossian (J. Mcpherson), puis l’étude des langues celtiques, la Révolution qui définit la noblesse comme des envahisseurs francs (et donc allemands) en pays gallo-romains, l’éclosion du druidisme. Puis viennent les historiens professionnels de la fin de la première moitié du XIXe siècle. On peut débattre du fait de compter Napoléon III parmi les professionnels, mais son livre (et l’équipe qu’il dirige pour son écriture) sur J. César et la Guerre des Gaules fait beaucoup pour l’archéologie gauloise (p. 133), avec de nombreuses études suscitées localement mais aussi celles payées par la cassette personnelle de l’empereur. Au premier rang de ces dernières, les fouilles d’Alésia. La Troisième République reprend le flambeau, en rajoutant dans l’incandescence nationaliste (Vercingétorix le premier Français p. 144) et contre l’Allemagne impérialiste et franque, avec des parallèles explicites entre 1870 et la Guerre des Gaules, mais aussi anti-romaine jusqu’à la haine antipape, comme c’est dans l’air du temps à ce moment-là. L’idéologie est donc bien présente, la science polluée par l’actualité, mais le niveau d’exigence méthodologique monte aussi (cherché justement dans les universités allemandes). Parallèlement, certains auteurs, comme avant 1870, continuent de voir en Vercingétorix un préchrétien.

Mais ce qui change sous la Troisième République, c’est l’irruption des vignettes d’illustration sur Vercingétorix dans les manuels scolaires (en plus de la production artistique, déjà présente auparavant, mais qui reste limitée) qui impriment dans la tête des écoliers des motifs pour toute leur vie. Et si l’on ajoute le Tour de France de deux enfants en plus du Lavisse, on parle de millions de lecteurs.

Puis en 1905 est créée  la chaire d’Antiquités Nationales au Collège de France pour Camille Jullian. Il y met à bas l’image de demi-barbares qui n’aiment que la bagarre. Ils sont après tout comme les patriciens romains qui eux aussi peuvent conduire des guerres privées grâce à leur clientèle (autrement dit, leur clan). La guerre de 14-18 voit l’utilisation de Vercingétorix comme prédécesseur des Poilus, avec sa fougue, ses moustaches et son esprit de résistance (poème Les Morts debout de J. Toutain, cité p. 218-221, et publié au Puy-en-Velay en 1918). Suivent les monuments aux morts où le Gaulois est parfois représenté. La destinée politique de Vercingétorix et des Gaulois avec lui ne s’interrompt pas avec l’après-guerre, dans différentes parties du spectre politique, et l’on y puise ce que l’on veut y trouver (le gouvernement Pétain ne se réfugie-t-il pas en pays arverne p. 249 ?). Mais dans les manuels, les Gaulois restent des sauvages heureusement colonisés par Rome.

La Seconde Guerre Mondiale voit aussi l’utilisation de Vercingétorix, que ce soit à Vichy comme dans la Résistance. Mais avec les années 70, la figure politique puis historique de Vercingétorix disparaît peu à peu. Pour C. Goudineau, c’est un retour à 1860, quand la protohistoire n’existait pas (p. 263).

La seconde partie propose au lecteur la documentation disponible sur Vercingétorix, tout d’abord en présentant les huit auteurs latins et grecs qui parlent de lui, de J. César à Orose. Puis suivent les données archéologiques avec les monnaies portant son nom (imitées des statères macédoniens, avec portrait d’Apollon et des motifs classiques celtes, cheval, esse, croissant et plus inhabituel, amphore). Les fouilles archéologiques donnent aussi de très nombreuses indications de contexte : les cités, les Arvernes en particulier, mais aussi sur l’aspect physique probable de Vercingétorix, son armement, ce qu’il mangeait et buvait, ce en quoi il pouvait croire. Toutes ces parties sont présentées sous la forme de dialogues avec des spécialistes de la question.

Tous les éléments ainsi rassemblés, C. Goudineau propose sur 71 pages (tout de même !) une petite biographie de Vercingétorix, où l’année 52 av. J.-C. prend bien sûr une très grande place (avec entrelardage d’entretiens).

L’ouvrage s’achève sur une conclusion lumineuse mais plutôt pessimiste (terrible puissance de l’écrit, difficulté d’effacer l’étiquette de barbarie) et suit une courte bibliographie.

Être au Collège de France donne des obligations mais aussi quelques libertés. C. Goudineau n’oublie pas les premières et se sent à l’aise avec les secondes, n’étant jamais hors de la rigueur méthodologique mais en donnant en même temps, brut de décoffrage, son sentiment. C’est l’une des forces de ce livre, il se lit comme on entend l’auteur parler (p. 101 par exemple, ou encore la « fin nulle de la Guerre des Gaules » p. 454), même s’il est décédé en 2018. Il y a très peu de reproches à faire à la partie historiographique (peut-être de ne pas mentionner l’origine troyenne et donc « archéoromaine » des Francs p. 21), et encore moins à la seconde partie (une erreur sur l’article de la Constitution qui donne les pleins pouvoirs au Président p. 397). Avec un tel auteur, c’est une information après l’autre avec à la fois des rappels bienvenus (les Gaulois peuvent tenir des archives p. 431) mais aussi des fruits de la réflexion philologique, comme par exemple le fait que les évènements relatés dans la Guerre des Gaules ont toutes les chances d’êtres objectifs à cause des nombreux témoins défavorables à César présents sur place (et qui ont aussi pu écrire) mais c’est leur interprétation qui est à but propagandiste (p. 455). Il y a malheureusement de très nombreuses coquilles …

Un livre qui aurait mérité encore plus d’illustrations (surtout des cartes) mais captivant. Même si le propos est scientifique, la météore Vercingétorix ne peut s’empêcher de faire venir l’émotion au lecteur. Si M. Bloch ne s’était pas limité à son alternance entre le baptême de Clovis et la Fête de la Fédération, il aurait peut-être inclus la reddition de Vercingétorix.

(Alésia, notre premier Diên Biên Phû p. 445 … 8)

Dante

Biographie de Dante Alighieri par Alessandro Barbero.
Existe en français sous le même titre.

Le poète stellaire à hauteur d’yeux.

Tu proverai sì come come sa di sale

lo pane altrui, e come è duro calle

lo scendere e ‘l salire per l’altrui scale.

Tu sauras comme a saveur de sel 

le pain d’autrui, et comme est dur chemin

la descente et la montée des escaliers d’autrui.

(Paradis, XVII, 20)

 

Les personnages marquants de l’Histoire ne flottent pas dans leur temporalité. Socrate l’Athénien était avant tout un citoyen, servant sa cité comme hoplite (dans la Guerre du Péloponnèse), avant d’être philosophe. Dante lui aussi ne s’est pas limité à être un poète et a combattu, comme cavalier, à la bataille de Campaldino de 1289 (et vraisemblablement pas que celle-là), sous haubert et épée à la main, en première ligne même. De même, ces personnages marquants ne sont pas nés vieux. Chez Dante, ce point est particulièrement important, puisque l’un des évènements les plus importants de sa vie intérieure a eu lieu alors qu’il avait neuf ans, quand il vit Béatrice dei Portinari (huit ans, plus ou moins une voisine) pour la première fois et en tomba amoureux (la deuxième fois neuf ans plus tard, il rêve d’elle nue la nuit suivante p.76). Et la Divine Comédie sans Béatrice …

Le livre commence avec cette susdite bataille de Campaldino qui oppose les Guelfes florentins aux Gibelins arétins. Dante y est cavalier, parce que ses revenus le lui permettent (mais pas adoubé, p. 16). Mais plus encore, il est en première ligne pour recevoir la charge des Arétins, avec d’autres cavaliers désignés par les capitaines de sextiers (les quartiers de Florence). Les Florentins sont victorieux. Après cette entrée en matière violente mais qui a le mérite de poser le décor et de donner le ton du livre, A. Barbero s’attache à définir l’environnement familial de Dante, à commencer par son trisaïeul Cacciaguida (né à la fin du XIe siècle), qui semble avoir été chevalier. Puis l’auteur passe à ses ascendants plus directs et comment la famille se gagne un nom de famille (et pas seulement un prénom et un patronyme au sens strict) grâce à son élévation dans la hiérarchie sociale florentine, sans pour autant atteindre les cercles les plus restreints, dit des magnats. Dante est le premier de sa famille à pouvoir vivre de rentes, dans un idéal aristocratique, fruit de l’activité de changeurs de ses ancêtres. Mais Dante n’a pas attendu d’être majeur (et en possession de son patrimoine) pour participer à la vie littéraire florentine. Il échange très jeune des sonnets avec d’autres apprentis poètes et c’est ainsi qu’il se constitue un réseau parmi les cercles dirigeants de la ville (peut-être la plus riche d’Italie, forte de 100 000 habitants). Sa fratrie n’est pas oubliée, comme ses cousins, oncles et tantes. Son éducation se fait auprès de Brunetto Latini, avant d’aller quelques temps à Bologne pour parfaire ses dons (ou pas, puisque qu’il semble que cela ne lui a pas trop plu sur place).

Comme tout homme qui ne se destine pas à la prêtrise ou au monastère, Dante se marie (pour l’auteur en 1292, à l’âge de 28 ans, mais les avis sur la date du mariage sont très divergents parmi les spécialistes) avec Gemma di Manetto Donati. C’est un mariage au-dessus de sa condition qui lui donnera trois fils (Pietro, Giovanni et Iacopo, des prénoms qui ne sont pas dans la tradition familiale) et une fille prénommée Antonia mais qui prendra l’habit sous le nom de … Béatrice.

En matière de politique, là encore rien d’anachronique chez Dante. Comme beaucoup d’hommes florentins (du moins ceux qui n’en sont pas exclus par idéologie ou statut par le gouvernement dit populaire), Dante participe au gouvernement de la ville au travers de sa participation à de multiples conseils et assemblées. Mais un engagement plus poussé lui permet de devenir l’un des douze prieurs (la fonction suprême à Florence) de l’année en 1300. Comme dans toute l’Italie mais pas que, la politique est un sport dangereux et Dante est exilé en 1301 à la faveur de la prise de pouvoir par les Guelfes Noirs (il est du parti des Blancs). C’est le début de vingt ans d’exil. Il ne reverra plus l’intérieur de la ville.

Dans les premiers temps, il milite et combat pour le retour des Bancs au pouvoir. Mais après quelques années, lassé par la compagnie des autres exilés (certains Florentins sont en exil depuis plus de 30 ans !) ou pessimiste sur les chances de succès, il se détache du parti Blanc et cherche la protection de seigneurs à Forli, Pise, Vérone (chez des seigneurs dans les montagnes, puisqu’il est peu en sûreté dans les cités des plaines p. 206), auprès de l’empereur Henry VII venu se faire couronner à Rome, voyage peut-être à Paris, pour finalement s’établir à Ravenne en 1318. A chaque fois il met à leur service sa grandissante gloire littéraire (il est connu dans toute l’Italie à sa mort) mais surtout ses compétences en matière d’écriture politique. Il meurt en 1321, non sans avoir réussi à mettre à l’abris du besoin ses enfants grâce à ses appuis bolognais et ravennates.

Comme nous venons de le voir, cet ouvrage n’a pas pour but de montrer le génie de Dante ni comment il a écrit son œuvre et quelles furent ses sources. A. Barbero veut replacer, comme historien, le Florentin dans son temps et son espace. Et il réussit particulièrement bien, apportant le regard, acéré et parfois avec humour, un peu extérieur de celui qui est certes médiéviste, mais pas spécialiste ni de Dante ni de la Toscane (étonnante diplomatie des reines et comtesses p. 234). Ce qui lui permet aussi avec maîtrise de faire part au lecteur des controverses historiographiques, et ainsi d’expliquer les choix faits. Et cette biographie n’est pas une hagiographie, ne cherchant pas à ajouter une pierre à la statue de l’inventeur de la littérature italienne (et de l’autofiction ?). Dante a-t-il cherché, loin d’un idéal de pureté et de dédain princier, le pardon de Florence pour pouvoir rentrer ? C’est fort possible (p. 202-205, avec une de ses chansons sur ce thème déjà connue du public en 1310). A-t-il fait de l’abus de bien social en tant que prieur ? L’Enfer (chants XXI-XXIII) peut être un aveu, avec des démons tourmenteurs des corrompus qui le poursuivent. De plus, Dante peut varier dans ses choix idéologiques, ou pour le moins dans ses écrits (p. 231).

Et puis il est des choses qui restent traditionnelles en Italie, même avec les siècles qui passent. Ainsi le campanilisme n’est pas mort quand il s’agit de savoir où Dante a séjourné dans ses années d’exil, facilité par le manque de documents (p. 249). Et il peut, comme au XXIe siècle, avoir beaucoup voyagé (p. 252).

Un très bon livre qui se lit avec avidité, une excellente commémoration pour le 700e anniversaire de la mort du poète.

(deux de ses fils commentent son œuvre …8,5)

Macron, les leçons d’un échec

Comprendre le malheur français II
Essai de philosophie politique de Marcel Gauchet, Eric Conan et François Azouvi.

Etincelle ?

Soupçonner le mal dans la volonté du bien, c’est déjà se ranger dans le camp du mal. p. 191 (sur les questions sociétales)

Un quinquennat plus loin, M. Gauchet actualise son portrait du malheur français dans un second livre sur ce thème. Il y a-t-il eu une amélioration de l’état du patient ? Pas vraiment. Un espoir de sortie de l’ornière s’était fait jour en 2017 avec l’élection d’E. Macron, mais pour M. Gauchet, la volonté affichée de renouveau (de sortie du gaullo-mitterandisme dit-il) a été happée par la routine politicarde et communicationnelle. Le diagnostic semblait bon, le remède inadéquat. C’est donc l’échec …

Mais c’est un échec en plusieurs étapes, dans plusieurs champs, avec plusieurs crises. C’est ceux-ci que l’auteur veut analyser, sous la forme d’un dialogue, avec les deux autres co-auteurs. Commençant de manière chronologique, c’est l’élection d’E. Macron, une surprise pour le moins, qui est d’abord analysée. Logiquement, le sujet passe à l’implosion plus ou moins rapide des deux grands partis qui alternaient jusque-là au pouvoir, le Parti Socialiste et Les Républicains (la Gauche et la Droite donc), conséquence de l’élection présidentielle et des législatives consécutives (désuétude de la forme « parti » et de la forme « programme » p. 43). Pour M. Gauchet, le macronisme est aussi un populisme et il y en avait donc deux au second tour de l’élection présidentielle de 2017.

Puis M. Gauchet poursuit avec le thème de l’Europe qui devait être l’objet d’une refondation initiée par E. Macron, un axe très présent de la campagne. Un échec retentissant pour l’auteur. Le chapitre suivant élargit la focale pour orienter la discussion sur la place de la France dans le monde. La partie géopolitique achevée, l’ouvrage enchaine avec les thèmes de premiers plans des cinq dernières années en politique intérieure. L’éducation ouvre le bal avec les espoirs suscités par le ministère Blanquer (déçus), suivent les dilemmes et les zig-zags de la politique écologiques, une politique sociale parfois menée sans beaucoup d’explications sincères, les demandes sociétales qui mettent le gouvernement sous pression (la PMA est un sujet tabou comme la peine de mort p. 194), l’irruption sismique des Gilets Jaunes (analyse imparable, « Pas taxer le travail mais la possibilité d’aller au travail ! » p. 204), les défis de l’immigration (catalogue des obstacles empêchant un règlement démocratique de la question, le poison de la Ve République p. 235) et de l’Islam (empêchements dus à la laïcité qui fut un fusil à un coup p. 248) et enfin, la difficulté qui s’ajoute à toutes les autres, le covid-19.

Le spectre n’est donc pas moins large que l’épisode précédent et il est à parier que les auteurs se soient restreints pour tout faire tenir dans 300 pages de texte. Comme le précédent, il se lit avec une très grande facilité, grâce à un texte qui n’a rien perdu de la spontanéité de l’oral mais aussi par la très grande clarté du propos. L’observateur est averti, tranchant, et puise dans un nombre important de concepts mais avoue aussi ne pas avoir réponse à tout. Ce qui fait qu’il reste bel et bien un philosophe. Mais s’il est en recherche d’objectivité, tout en nuances de gris et très loin du « Tout Sauf Macron », M. Gauchet n’est pas pour autant indécis et cette lecture est une énorme distribution de baffes à l’encontre du gouvernement et du Président de la République (un classique depuis la naissance de la philosophie cela dit). Le verdict est limpide, le vainqueur de 2017 n’a pas réussi (mais comme ses prédécesseurs) à sortir le pays du cul de sac. Faut-il aussi y voir une déception plus personnelle, après les réunions de début de mandat auquel il a participé ?

Certains chapitres laissent supposer lequel des co-auteurs conduit l’entretien, mais il y a une sorte de ligne de conduite qui n’envoie pas le livre dans tous les sens. Mais la lecture achevée, c’est la colère qui domine, de beaucoup. Et il semble qu’elle ne sera pas absente de la campagne électorale de 2022 auquel ce livre prépare de la meilleure des façons.

(Jupiter est descendu de l’Olympe pour vendre son poisson au marché p. 295 … 8,5)

Après Dune I : Les Chasseurs de Dune

Roman de science-fiction de Brian Herbert et Kevin Anderson.

Une couverture qui ne ment pas.

La fin de la Maison des Mères laissait le lecteur en plein mystère. Qui donc est ce vieux couple aux pouvoirs visiblement immenses qui en voulait de manière peu claire, de manière presque incongrue, aux passagers du non-vaisseau que sont les personnages principaux du livre. Aux dires de Brian Herbert, son père Franck aurait laissé un synopsis de la suite (et fin), avec quelques idées. Partant de cela, les deux auteurs entreprennent de donner une fin au cycle de Dune, qui se présente pour des raisons éditoriales en deux volumes en langue française.

Trois trames parallèles composent ce premier tome. La première est centrée sur les occupants du non-vaisseau qui se déplace sans but, toujours plus loin vers les planètes de la Dispersion. Avec le ghola Duncan Idaho, des Bene Gesserit dissidentes, des survivants Juifs, un Maître du Tleilax et quatre Futars (hommes-félins) organisent leur vie dans un immense vaisseau, sous la menace constante du couple de petits vieux. Le second récit est celui de la fusion en un seul Ordre du Bene Gesserit et des Honorées Matriarches, sous la conduite de Murbella. Cette dernière a la certitude que seul un Ordre uni et fort aura une chance dans la confrontation qui vient avec l’Ennemi que les Honorées Matriarches fuient. Une fusion qui ne va pas sans heurts, entre survivances de distinctions et dissidences. Le nouvel Ordre a certes le monopole de la production d’Epice suite à la vitrification de Rakis (anciennement Dune) grâce aux vers des sables sauvés par Sheeana mais la Guilde Spatiale cherche d’autres sources d’approvisionnement en essayant de retrouver comment produire l’Epice à partir des cuves axolotl du Bene Tleilax. Le fait que les Honorées Matriarches aient annihilé les Tleilaxu n’aide pas à résoudre le problème. La dernière trame concerne les Danseurs-Visage revenus de la Dispersion, ces change-formes qui sont devenus indépendants de leurs maîtres tleilaxu. Ils obéissent aux plans du couple de petits vieux mais ils ont aussi leurs objectifs propres.

Se remettre à la page de nombreuses années après la lecture du précédent épisode n’a pas été simple, même avec ce qui se veut une aide très maladroite en tout début de livre. Mais les souvenirs nous sont revenus en cours de route et le contexte de départ s’éclaircit assez vite. A tel point qu’il semble que nous avons déjà lu ce livre … qui ne nous a donc pas laissé une très grande trace …

Nous nous sommes lancés dans la lecture avec appréhension. Les livres précédents du duo d’auteurs nous avait laissé un goût assez amer, pour le moins, même si tout n’était pas uniforme ni uniformément mauvais (certes, toujours en regard de la série originale du père). Pour tout dire, nous avons voulu lire ce livre pour y trouver certaines pistes pouvant mener aux idées de F. Herbert pour avoir une image de ce que ce dernier souhaitait comme point final à sa saga. Hélas, les années (ou le marketing) n’ont pas apporté aux deux auteurs la solution pour écrire de meilleures choses avec un tel matériel. A nouveau, tout est délayé. C’est long, lent et manque toujours autant de réflexion de la part des personnages. Leurs tourments nous sont majoritairement incroyables, au premier sens du terme. Certains éléments du scénario (à trous), et ce parmi les plus centraux, se voient arriver de très loin. Le livre est de plus marqué par un nombre très important d’illogismes, qui mettent à mal l’histoire et se trouvent mis à nu dans certains dialogues bâclés. Il n’est certes pas impossible que certains de ces illogismes et incohérences soient ceux de F. Herbert (en reprise de ce qui se passe déjà dans la Maison des Mères, comme cette histoire de tableau de Van Gogh p. 255) mais cela fait tout de même vraiment beaucoup.

Dans cette fange, il y a néanmoins (comme dans les autres livres du duo) quelques pépites au scintillement un peu falot. Il y a par exemple p. 311 un intéressant parallèle inversé avec l’enfance d’Héraklès avec ce qui se passe dans le berceau du ghola Léto II. Mais est-ce dans l’esprit de la série ?

Cette première partie est donc, comme nous le craignons, une déception. Trop d’incohérences, trop de pages, trop de gholas sans justification un peu assise et à la vie antérieure trop présente, trop d’action, trop de fils blancs cousus, trop de Mentats (pour bien peu d’intelligence). Et en plus, la quatrième de couverture vend la mèche … Nous lirons, malheureusement, la seconde partie dans le même esprit. Ou pas, si nous retrouvons les notes d’une première lecture …

(faut-il voir une référence à I. Asimov p. 169 ? … 4)

Dune

Exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers
Recueil d’articles sur une approche scientifico-culturelle du cycle de Dune, sous la direction de Roland Lehoucq.

Ce poignard est une insulte québecoise.

La sortie d’une nouvelle adaptation filmée du roman de F. Herbert a bien entendu fait éclore de nombreux projets éditoriaux, comme nous avons déjà pu le voir plus haut dans ces lignes avec le Mook. Et ce livre a justement beaucoup à voir avec ce dernier (paru après lui). Déjà (au-delà des thèmes analogues) des dix auteurs présents ici, cinq ont contribué aussi au Mook. Mais surtout, les articles de ces mêmes cinq auteurs semblent être les versions longues de ce qu’ils ont écrit dans le Mook. Certains passages sont mêmes identiques. Il y a donc clairement des chevauchements, mais cela n’entame en rien l’intérêt de ce livre qui offre des points de vue et des informations qu’il ne nous semble pas avoir lus ailleurs.

Comme Dune est un cycle prenant place principalement sur la planète Arrakis, c’est avec l’astrophysique que le tour d’horizon commence. Avec les indications données par F. Herbert, il est possible d’estimer quelles devraient être les relations des principales planètes avec leur étoile, les conditions au sol et les possibilités d’existence de tels corps célestes. Qui dit planètes dit aussi distances à parcourir, la solidité de l’Empire reposant en premier lieu sur des temps de voyages très réduits. L’on passe ainsi naturellement à la question très épineuse du voyage spatial à très grandes distances, que F. Herbert a résolu en faisant contracter l’espace aux Navigateurs de la Guilde.

Le lecteur est ensuite amené sur la surface d’Arrakis pour d’abord parler biologie (et F. Herbert semble très au fait des derniers développements des années 1960, p. 63), c’est-à-dire du Ver et de son rapport à la planète, puis ensuite de l’épice en s’interrogeant sur ses caractéristiques et sa composition probable. Peut-être est-elle, dans une certaine mesure, reproductible sur Terre ?

La question de l’énergie est-elle aussi divisée en deux articles. Le premier aborde la question de manière générale en la passant au tamis du trilemme sécurité/équité/durabilité puis l’on passe à un cas plus pratique avec le distille, concentré de recyclage circulaire mais qui nécessite lui-aussi une source d’énergie. Produit purement local, il permet aussi dans un article très théorique qui lui fait suite de s’interroger comment est pensée l’innovation sur la planète désertique.

 Après l’environnement et la technologie qui en est la conséquence, le lecteur est ensuite envoyé vers les habitants d’Arrakis. Il est d’abord considéré l’exotisme de la planète (et de l’univers lui-même, sa capacité d’émerveillement) au travers du langage puis ce sont les femmes du Bene Gesserit vues en tant que cyborgs qui sont mises en lumière (un article fort stimulant, cependant trop politique et limité au premier roman). Reprenant de l’altitude, le livre passe dans l’article suivant à la géopolitique de l’Imperium et quitte à ce moment-là le monde physique pour le monde des idées et dans un premier temps la question des religions dans le monde de Dune et les syncrétismes modelés par F. Herbert (très belle mise en ordre). Le rapport entre la science et la prescience prend la suite, avant de passer à la Mémoire Seconde du Bene Gesserit vue comme une possession (par les ancêtres, sur un modèle africain).

Le dernier article fait office de conclusion en faisant ressortir différents éléments historiques (Empire ottoman et T.E. Lawrence par exemple), politiques (les Kennedy comme pouvoir charismatique et familial) et romanesques (la Beat Generation) qui forment en un savant mélange un cycle romanesque intemporel.

Après la lecture de ce livre, le lecteur sera convaincu que, contrairement aux apparences, F. Herbert a écrit un roman de Hard-SF, ou qui du moins ne peut se limiter à son aspect féodal dans l’espace. Le lecteur en sera convaincu aussi parce que les auteurs savent de quoi ils parlent, de première main. Certes, on peut discuter de certains arguments (très injuste sur T.E. Lawrence p. 215), de certaines affirmations (certains problèmes de logique dans le chapitre sur les cyborgs, la pédophilie de V. Harkonnen qui devient de l’homosexualité p. 322 ou encore une Baie des Cochons très simpliste p. 325) qui même parfois sont en contradiction avec ce que dit le roman (Mohiam est bien la mère de Jessica p. 199, Ix faisant des machines pensantes p. 256). Très solidement sourcé, le livre est aussi très dynamique avec des chapitres courts, rythmés et bien entendu bourrés d’informations. L’origine de l’adjectif « butlérien », faisant référence à Samuel Butler, auteur en 1863 d’une théorie de l’évolution des machines conduisant à l’extinction de l’humanité, ne nous était par exemple pas connue (p. 141). On pourra regretter, mais tout en sachant que cela s’éloignerait du but du livre, un article replaçant Dune parmi la production de F. Herbert. Il n’y en a qu’une ébauche p. 283 et ce serait sans doute une excellente idée pour un éventuel second tome, de même qu’une comparaison de la prise de pouvoir de Paul Atréides avec la Grande Révolution Française.

(étonnante cette idée de grumeaux narratifs p. 172 … 8)

Saint Sophia at Constantinople

Singulariter in Mundo
Petit manuel d’histoire de l’architecture par W. Eugene Kleinbauer.

Toujours légendaire.

La cathédrale Sainte Sophie à Constantinople attire l’intérêt depuis des siècles et les livres dont elle a été le sujet sont très nombreux. Celui-ci se veut un résumé des connaissances de 1999, une pierre d’angle pour la poursuite des recherches sur ce monument, son environnement immédiat et de manière générale, l’architecture sacrée byzantine.

Tout part bien entendu de la révolte Nika de 532 après J.-C. qui voit la destruction d’une bonne partie du centre de Constantinople (et accessoirement entre 35 et 50 000 morts). La crise finie, l’empereur Justinien entreprend de rebâtir, en commençant par la cathédrale Sainte Sophie (un programme qui s’étend sur tout l’empire). Il missionne pour cela non pas un architecte mais deux ingénieurs : Anthémios de Tralles et Isidore de Milet (dit l’Ancien). La construction débute 39 jours après la fin de la révolte, sur une idée de l’empereur lui-même. L’édifice ne doit pas être une basilique comme l’ancienne église mais être surmontée d’une coupole flanquée de deux demi-coupoles, de 69 m sur 74 m. A l’intérieur, la voute culmine à 55,6 m. En cinq années, en 537, tout est achevé et inauguré. Mais en 558, le dôme s’écroule suite à une série de séismes. Isidore le Jeune (neveu du précédent) est chargé de la reconstruction du dôme par le même Justinien, jusqu’en 562. Il tient depuis.

L’auteur passe ensuite en revue les différentes modifications du bâtit depuis le VIe siècle, la décoration intérieure, l’équipement liturgique, les matériaux employés mais s’attarde plus sur les monuments qui semblent être liés à la cathédrale. Est bien sûr évoqué Saints-Serge-et-Bacchus, mais aussi Saint-Polyeucte (les deux à Constantinople), tout comme quelques églises bien plus modestes situées dans les provinces d’Isaurie et en Cilicie (d’où justement viennent les deux ingénieurs …), Sainte-Sophie à Andrinople mais aussi Saint-Laurent à Milan et le Panthéon à Rome.

Un livre de 60 pages de texte, avec quelques illustrations dans le texte mais un appareil critique bien présent, voilà qui permet de rassembler une somme d’informations tout à fait conséquente (dont certaines que l’on retrouve ici par exemple). Pas de fioritures, pas de stylistique, un flot continu de dimensions, d’explications techniques et de sources. Du solide, à tous points de vue !

(pour faire une voûte plus grande et qui subsiste, il faut attendre la Renaissance italienne … 7,5)

Varietates Fortunae

Religion et mythologie à Rome
Recueil d’articles sur la religion romaine dirigé par Dominique Briquel, Caroline Février et Charles Guittard.

Un arbre aux nombreux fruits.

Ouvrage d’hommage à Jaqueline Champeaux (professeur émérite de latin à Paris-Sorbonne), ce livre rassemble 22 articles répartis en trois thèmes : la religion des poètes, le rite et la langue et les dieux et la langue : à l’épreuve de l’histoire. Mais comme on va le voir, les intitulés de parties sont très généraux et reflètent difficilement la très grande diversité des articles.

Le livre démarre sur les chapeaux de roues avec deux articles sur des passages de Catulle et Properce, très littéraires. Celui sur la localisation du temple de Junon Sospita chez Ovide (très bien construit, mais sans carte) fait suite à un article sur le même auteur mais qui s’intéressait à sa mention du festival des Floralia. Une analyse du Contre Symmaque de Prudence ferme la marche, avec celle d’écrits de Claudien. Rude première partie pour celui qui n’est pas versé dans la poésie latine …

La seconde partie démarre avec un très bel article sur le rôle social et religieux de deux grandes catégories de femmes à Rome (et dans son imaginaire) : la matrone et la femme de mauvaise vie (meretrix). Puis vient un article sur les prières dans les écrits de Caton (de la linguistique), un article très intéressant sur la voix prophétique de Junon Moneta (son temple est sur le Capitole), puis un autre sur l’origine du mot Urbs chez Varron et son possible lien avec le sillon fondateur (un article à fort potentiel évocateur). Le contributeur suivant reste chez Varron (sur Marius et sa vie sous le signe de la Fortune), avant que le lecteur soit invité à reconsidérer le dieu Faunus. Les prières philosophiques grecques et latines sont l’objet de la section suivante, avant de laisser la place au sens du verbe procurare chez Tertullien et Arnobe pour clore cette partie.

La dernière partie commence avec un article préparatoire de D. Briquel sur Romulus et le feu dans l’eau (dont les idées complètes sur ce point se retrouvent ici). La décoration du Forum d’Auguste est analysée dans un optique Occident/Orient dans l’article suivant, avant de laisser la place au concept de divinité chez Pline l’Ancien. La multiplication des jours de fêtes sous le Principat (chez Tacite) est mise ensuite en lumière, avant de passer à Pline le Jeune, à sa vision de la religion et comment il comprend le christianisme naissant (vers 111-112 p.C.) avec ses problèmes d’ordre public au prisme du Scandale des Bacchanales (en 186 a.C.). Les prodiges chez Julien Obsequens et les guérisons miraculeuses chez Augustin ferment la marche. Le tout compte 340 pages de texte et quelques rares illustrations.

La description que nous venons de faire le montre clairement (et très très rapidement c’est limpide pour le lecteur) : ce livre n’a aucune envie d’aller vers le grand public. Et l’inverse est sûrement lui aussi vrai. Mais sa variété est un atout puisqu’elle permet de belles découvertes, personne n’étant en même temps spécialiste de la Rome archaïque et de la patristique. Et s’il est des moments un peu durs, où faire passer une petite sécheresse demande du temps et de l’application, d’autres articles sont de véritables petits bonbons. Un bon compromis au final, mais toujours à un très haut niveau.

(Junon Moneta, certes avertit, mais surtout pèse et donc assure la concorde civile p. 156-157 …7)

Français, on ne vous a rien caché

La Résistance, Vichy, notre mémoire
Essai histoire de la mémoire de la Résistance par François Azouvi.

Tout n’était donc pas si faux et sombre. Juste logique.

Nous avons combattu pour vivre. Non pour continuer de tuer.
Citant le père Bruckberger, p. 193

Après 1945, un seul homme ou presque, certes auréolé de prestige, a réussi à faire croire à des millions de personnes qu’elles avaient été résistantes. Ces mêmes millions de personnes venaient pourtant de vivre, il y a quelques mois ou au pire des années, des évènements qui infirmaient cela. Mais ils ont quand même cru cet illusionniste (plus fort que l’URSS p. 25 !) pour trouver du réconfort en adhérant ainsi pleinement au mythe résistantialiste. Ce mystificateur pu du coup même revenir au pouvoir en 1958 dans ce pays qui avait tout oublié. Heureusement, au début des années 1970, une nouvelle génération qui n’avait pas connu les tragiques évènements d’alors est venue réveiller tout le monde et mettre la population devant la Vérité enfin retrouvée.

Ou alors a juste rappelé ce que tout le monde savait déjà depuis plus de 25 ans et a réussi à convaincre la génération précédente qu’elle avait cru à un mythe et se poser avantageusement en démystificatrice ? C’est l’argument de F. Azouvi et dans ce livre, il vient avec une palanquée d’arguments.

L’auteur commence dans la première partie (1944-1954) par décrire « la vulgate contemporaine », avant de passer à la Résistance en tant qu’expérience mystique et évènement métahistorique (p. 45), dépassant ses acteurs. Mais la Résistance est aussi à part dans l’histoire nationale parce qu’elle est le dernier grand récit en date, un nouveau commencement, la révolution enfin vraiment faite (le troisième chapitre explique admirablement pourquoi il n’y a pas de continuité de la IIIe République après 1944). Puis F. Azouvi analyse les différentes strates du récit de la Résistance. Il commence par la version officielle (ou du moins qui se veut telle), minimisant beaucoup la collaboration (« une poignée ») et glorifiant la Résistance. Cette « version officielle » a deux pans, l’un gaulliste et l’autre communiste, qui se révèlent antagonistes (ce qui montre de suite leur succès et les limites très vites atteintes de cette version officielle p. 53-54 …). Les communistes ont même le besoin d’avoir un Vichy bien présent pour montrer qu’il reste des choses à faire disparaître après 1945 (et ils s’y connaissent pour imposer une vérité officielle dans le Parti, p. 92).  A cette « strate résistancialiste » s’ajoute une strate mystique (importance majeure de la poésie pour la Résistance p. 96-101) mais surtout un niveau médian où, selon la qualité des œuvres considérées (livres ou films), la complexité du réel est plus ou moins bien rendue (y compris dans les œuvres jeunesse p. 68). Ici que de l’héroïsme et des torrents bravaches, là des doutes, des failles et des trahisons, la collaboration … que les lecteurs plébiscitent (ou que des prix couronnent, beaucoup) et donc ne peuvent ignorer pour se réfugier dans un cocon réconfortant. La mémoire résistante quant à elle est morcelée comme elle l’est durant le conflit (les procès Koestler, Kravchenko et Rousset en 1949). La question de l’amnistie la fractionne plus encore, comme l’épuration l’avait déjà beaucoup disloquée (le procès Hardy en 1947 p. 210).

La seconde partie traite des années 1954 à 1971. Après un petit rappel sur la CED, l’auteur analyse le retour que la Résistance effectue au travers de la Guerre d’Algérie, où chaque partie l’invoque. Puis vint 1958 … Pour F. Azouvi, malgré le Général, la mémoire de la Résistance s’use et en 1968 (p. 372, la mystique est devenue politique au sens de Péguy p. 208), la mémoire de l’Holocauste a pris le pas sur cette dernière avec une accélération avec la pièce de théâtre Le Vicaire de H. Hochuth au succès européen en 1965.

La troisième et dernière partie court de 1971 à 1995.Le documentaire sur Clermont-Ferrand durant l’Occupation, Le Chagrin et la Pitié, n’a pas été diffusé à la télévision (et pour cela bénéficie d’une bonne publicité pour sa sortie en salles en 1971) et est un très grand succès sur grand écran. Et si les Français qui ont vécu la période n’apprennent en fait rien de plus, c’est à ce moment-là qu’ils tombent malade du syndrome de Vichy (p. 391), sous l’influence d’une génération qui a grandi pendant la guerre d’Algérie et a fait Mai 68. Suivent de nombreux films où la Résistance est l’objet de moqueries. Mais surtout s’effectue un grand tournant anthropologique : la victime supplante le héros. La plus grande illustration, c’est que Klaus Barbie ne peut plus être poursuivi pour la torture de résistants (et au premier rang rien moins que Jean Moulin) mais pour les enfants qu’il a envoyé en déportation, crime contre l’humanité et donc imprescriptible (p. 435). Et ce conflit de mémoire (que l’auteur voit aussi comme une conséquence de la démocratie p. 470) remonte jusqu’au Président de la République, François Mitterrand, avec l’affaire Touvier. Le devoir de mémoire est pour l’auteur une religion victimaire, substitutive, sans horizon, mais avec ses prêtres (p. 390) !

Le livre s’achève sur le constat d’un apaisement qui a déjà débuté, même si le discours de J. Chirac sur la responsabilité de la Rafle du Vel’ d’Hiv’ continue encore aujourd’hui de faire parler de lui.

Livre dense, gonflé d’exemples commentés, il atteint sans peine le but fixé par son auteur : la dissipation de l’idée commune de l’amnésie consolatrice est déjà bien engagée mais il faut encore expliquer comment la société française y est venue. F. Azouvi étant aussi l’auteur d’un essai sur la mémoire de la déportation, il est bon juge des croisements de ces deux mémoires dans le champ public français dans les décennies qui suivent la Deuxième Guerre Mondiale. Le spectre des sources est très large, entre discours officiels, programmes électoraux, réunions de partis et publications (de tous types), films et bandes dessinées.

Il y a bien quelques menus problèmes arithmétiques pour les dates des p. 447 et 451, mais c’est bien peu de choses devant la masse de travail ici présentée et surtout, malgré tout ce que l’auteur lie ensemble, la clarté du propos. Avec 470 pages de texte, ce n’est pas le genre d’ouvrage qui se lit très vite mais la récompense vaut l’effort, tant pour la compréhension de la Résistance que pour celle du XXIe siècle.

(1971, c’est la destitution de l’idéal héroïque p. 393 …8)