Leur véritable rôle dans l’Histoire
Ouvrage de vulgarisation historique de Vincent Mottez.

Des capuches, des mots de passe, des cryptes, de grands desseins et vous avez là un bel exemple de sociétés secrètes. Ou des rôlistes en balade ? Avec V. Mottez ce sont clairement des groupements de personnes qui craignent la répression du pouvoir politique qui sont décrites, dans un large spectre chronologique et géographique, avec des cas variés et même inattendus, sans chercher du tout l’exhaustivité.
Assez étonnamment, le voyage commence avec les pythagoriciens, ces disciples du philosophe micrasiatique Pythagore, qui essaiment dans tout le bassin méditerranéen. Peut-on vraiment parler de société secrète ? Ou est-ce un courant philosophique, certes à l’influence persistante ?
L’auteur propose ensuite diverses camarillas, en commençant par le Moyen-Age et les Assassins (voir ici). Rien de bien nouveau, mais milieu des années 2010 aidant, l’auteur est contraint de faire des parallèles avec Daesh et Al-Qaida. Puis vient la Sainte-Vehme (les méchants dans le Chevalier de Wielstadt), qui est tout de même moins connue. Sorte de tribunal secret actif en Westphalie au Bas Moyen-Age, par moments reconnue par l’empereur malgré son empiétement sur ses propres tribunaux, cette société secrète en charge de l’ordre public aurait eu plus de 100 000 membres ans tout l’empire au début du XVe siècle.
On passe ensuite à l’Inde et aux Thugs, qui aurait été une société secrète religieuse assassinant des voyageurs en les étranglant et dont l’existence est portée à la connaissance du public britannique en 1830. Puis l’on revient en Europe avec les Rose-Croix au XVIIe siècle, nés sans doute dans les cercles universitaires de Tübingen (d’une taille très difficile à apprécier, si jamais elle a vraiment existé) et à la grande postérité. On ne saurait ensuite passer outre les Illuminatis, célébrités parmi les célébrités, fondés là encore en milieu universitaire, mais en Bavière en 1776.
L’Ordre des Chevaliers de la Foi se concentre moins sur l’ésotérisme et poursuit un but plus politique : le retour de la monarchie en France pendant le Premier Empire. Les Carbonari ont aussi des buts politiques, mais assez opposés. Présents dans toute l’Europe (mais nés en Franche-Comté selon l’auteur), ils sont surtout connus pour leur action en Italie et pour compter un empereur parmi leurs rangs en la personne de Napoléon III. Autre style dans le chapitre suivant avec l’Aube Dorée, une émanation du Royaume-Uni de la fin du XIXe siècle opposé au scientisme et à la réputation très liée à son membre le plus connu, Aleister Crowley. Bizarrement, le cas suivant est la mafia sicilienne …. Sortie de route ? On revient dans le thème avec la Société de Thulé, fondée à Munich en 1918, d’inspiraton völkisch et néopaïenne (mais pas trop aimée par le nazisme, plus porté sur la science). Enfin, pour finir, il y a quelques pages sur la fraternité des Skull and Bones, née à Yale en 1832 et sa capacité à accélérer les carrières aux Etats-Unis.
Avec son côté marronnier en plus long, on ne s’attend pas à de la grande science et c’est bien le cas. Cependant, c’est assez bien écrit, pas si mal recherché (mais on ne saura pas où) et on apprend tout de même des choses (la Franche-Comté). La question du sous-titre n’est bien évidemment pas abordée, en plus du fait que cette question est évidemment sans réponse. Il y a donc un contraste fort entre la couverture racoleuse et un texte globalement mesuré, même si, on l’a vu, certains choix peuvent interroger. Un bon livre de journaliste, pour des moments pas prise de tête.
(ik y aurait tout de même 40 000 carbonari en France au milieu du XIXe siècle …6)