Rayés de la carte

Ou la remarquable (et parfois ridicule) histoire de pays aujourd’hui disparus
Notices sur des pays disparus par Gideon Defoe.

La nouvelle tectonique.

Les pays ne sont pas intangibles. Si certains peuvent apparaître, comme le Kosovo ou le Timor oriental, d’autres à l’évidence disparaissent. La RDA n’a finalement duré que deux générations. La fin d’un pays est bien évidemment plus facile avec des structures légères, sans administration, centré sur un dirigeant unique. Il n’est pas impossible de déclarer une indépendance d’un petit territoire au début du XIXe siècle (en Amérique du Sud, en Insulinde), pour attirer le pigeon, pour finalement voire tout s’effondrer rapidement ou vendre ce qu’il reste du territoire en question.

L’auteur liste donc quelques endroits plus ou moins connus selon quatre thématiques, mais avec une grande diversité à l’intérieur des catégories. Dans la première section, celle des dingues, le royaume de Corse, qui dure quelques mois en 1736, voisine avec le royaume de Bavière, certes un temps dirigé par Louis II mais qui est une entité politique née au Moyen-Age (les Wittelsbach sont aux manettes dès 1180) et qui prend fin avec le chaos de novembre 1918. Dans la même partie, on retrouvera aussi le Srawak, la République de Sonora ou encore Fiume.

La seconde partie est celle des Etats nés d’erreurs, quand les parties à un traité manquent d’inclure un territoire ou veulent laisser un territoire disputé en suspend. Dans cette partie,il y a aussi l’Elbe napoléonienne, à l’existence assez brève mais aussi le Moresnet neutre, étroite bande de terre entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne (avec sa mine de zinc), qui a existé entre 1816 et 1920 et qui s’est essayé à l’espéranto.

La dernière partie rassemble des Etats nés d’une mésentente ou de la littérature. Des gens qui font sécession quelques mois en Californie et que personne ne remarque ou une république pirate idyllique que l’on pense être une invention de Daniel Defoe dénommée Libertalia. Bon il y aussi Axoum, le Dahomey et Venise. Il semble qu’il n’y a pas vraiment de critères pour former les parties parce que la quatrième partie est de la même eau, rassemblant en théorie des Etats fantoches. Le Mandchoukouo y a incontestablement sa place, mais la RDA, la Yougoslavie ou Salò ? Le livre est complété avec un appendice décrivant quelques drapeaux de pays précédemment cités et des hymnes nationaux assez particuliers, avant de proposer une petite bibliographie.

Le livre est incontestablement bien informé (pas sans erreur, comme sur le Congo), mais la mauvaise traduction du sarcasme se trouve être un peu pénible à la longue. La critique est facile, surtout quand on est citoyen d’un pays stable et protecteur comme c’est le cas de l’auteur. Ceux qui n’ont pas cette chance seront sans doute moins critique. La description de ce qu’est un pays y est fluctuante, et si l’on apprend incontestablement des choses (le Maryland a côté du Liberia, Libertalia), c’est assez fouillis et les cartes sont pas d’une violente clarté. Mais il y a de la diversité.

(la Sarre a été oubliée … 6,5)