Roman de science-fiction d’Alastair Reynolds.

Les mille clones d’Abigail Gentiane forment la Maison des Fleurs. Comme d’autres Maisons, ils voyagent dans la galaxie et se retrouvent tous les 200 000 années sur une même planète pour partager leurs expériences et leurs connaissances lors de ce qu’ils appellent la Millième Nuit (voir ici pour le roman du même nom). Mais pour la 32e réunion, Campion et Purslane, deux des membres de la Maison, sont en retard à cause d’améliorations à faire sur le vaisseau de Campion chez un garagiste peu avenant, d’un humanoïde amphibien un peu ronchon et d’un robot doté d’un avant-bras organique. Mais leur petit retard de quelques années (un rien quand on voyage sur des distances astronomiques) leur sauve sans doute la vie, parce que la Maison a été attaquée par traîtrise sur le monde de réunion et presque entièrement éradiquée. Les rescapés se retrouvent sur un monde proche et cherchent à savoir qui peut bien autant leur en vouloir.
Enfin s’offre à nos yeux ébahis le monde entraperçu dans La Millième Nuit, sur 500 pages qui enchaînent les éblouissements et les tableaux grandioses. L’auteur a tout pour lui : un génie descriptif et les connaissances de l’astrophysicien pour l’alimenter. Le fruit de ce mélange rare est un roman de hard SF qui fait cohabiter des nomades de l’espace aux possibilités techniques incommensurables avec des cultures planétaires éphémères (en temps géologique) ou des Personnes Machine, avec en arrière-fond des civilisations disparues qui étaient encore plus avancées et dont les restes technologiques restent mystérieux. L’auteur gérant très bien les longues durées (en plus des longues distances), il propose aussi au lecteur d’en savoir plus sur la fondatrice Abigail Gentiane en lui consacrant un chapitre à chaque début de partie, elle qui passe sa jeunesse dans une gigantesque maison quasi vide située sur un astéroïde et qui a la possibilité de jouer de manière immersive dans un prototype de jouet appelé Palatial. Inventivité, rythmique variée, scénario solide avec ce qu’il faut pour titiller le lecteur, personnages principaux bien travaillés prenant tout à tour le rôle de narrateur, ce n’est pas sans raison que ce livre a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2025.
Et il paraît en plus que ce n’est pas la meilleure œuvre d’A. Reynolds !
(un final inattendu et puissant … 9)