Odin

Der dunkle Gott und seine Geschichte
Von den Germanen bis Heavy-Metal
Histoire religieuse et culturelle du dieu Odin par Klaus Böldl.

Si tu as peur, tu peux voler !

Deux corbeaux, une lance, un large chapeau, un long manteau et un œil manquant quand son visage sort de l’ombre. Voilà du beau marketing ! Le mystère, la puissance voilée, une vie aventureuse, voilà l’image du dieu Odin qui s’est imposée à nous, grâce ces dernières années à des films ou des livres, comme le American Gods de N. Gaiman. Mais que disent les sources de ce que le monde aujourd’hui voit comme une sorte de Zeus scandinave ? Quel est la place d’Odin en Scandinavie pendant le Haut Moyen-Age, quel est son usage dans la littérature islandaise écrite par des chrétiens à la fin du Moyen-Age ? Ce sont ces questions, et bien d’autres, auxquelles K. Böldl (qui enseigne la scandinavistique à l’université de Kiel) propose des réponses dans un livre qui parcoure les siècles, entre l’Antiquité et le XXIe siècle.

Et pourtant cela commence mal : chez Tacite le dieu principal des Germains est Mercure. Est-ce la même divinité ? L’auteur détaille ensuite les associations d’Odin avec la naissance des runes, avec la guérison, comme dieu de commencement et les lieux sacrés qui lui sont dédiés (la toponymie associée à Odin étant assez pauvre, signe pour l’auteur d’une place moins importante que Thor par exemple). Le second chapitre poursuit la progression chronologique avec la description d’Odin comme dieu des élites vikings. La question du Wallhalla (salle ? montagne) ?) est traitée avant de faire une grande plongée dans l’Edda et dans la poésie à la recherche des traces d’Odin au moment du passage au christianisme dans le Nord et plus particulièrement en Islande. Après un petit excursus sur l’iconographie odinique, K. Böldl poursuit avec la réception d’Odin du Moyen-Age à nos jours, dans les histoires du XIVe siècle (dieu des berserkr ? un chamane?) à son entrée dans le christianisme et comme figure humaine divinisée. L’époque moderne n’est pas avare en représentations, avec parfois une utilisation dans le cadre de la Réforme (p. 187-192), comme préfiguration de la lutte contre Rome, voire même un rapprochement avec Bouddha (p. 198) ! Sculptures et dessins à partir du XVIIIe siècle sont aussi analysés en détail par l’auteur (illustrations dans le texte), jusqu’aux costumes de scène wagnériens (le Odin wagnérien n’est pas celui de l’Edda). L’appréciation scientifique forme une grosse partie de ce dernier chapitre, des frères Grimm aux théories concurrentes ayant court avant 1945 (en passant par C.G. Jung). Enfin, la partie sur le metal est fort succincte, mais rappelle que plus de 800 morceaux de musique mentionnent Odin. Une postface conduit ensuite le lecteur vers la bibliographie et un index.

D’une lecture peu aisée, c’est vraiment un livre pour spécialiste, nécessitant de solides connaissances préalables pour en apprécier vraiment le propos. Ce dernier est dominé par une vision très critique des sources, peut-être à l’excès, ces dernières étant très majoritairement littéraires. Il semble peu apprécier N. Price (p. 154) … Mais cela reste un tour de force de produire une telle étude sur un spectre chronologique aussi large, aucune période ne semblant avoir été passée par dessus la jambe. Si certaines analyses n’étonnent pas (centralité d’Odin chez Snorri Sturlusson, reflet de la pensée aulique du Xe siècle), certains emplois extravagants d’Odin vont rester en mémoire : Odin comme étant Ulysse (p. 185-187), la localisation de l’Atlantide à Uppsala, l’Edda comme un autre Ancien Testament, ou encore la concurrence des odinismes (dieu des morts ou dieu de l’extase ? p. 257) dans l’histoire des religions pendant le IIIe Reich.

Une lecture qui secoue bien et qui fait bien comprendre les multiples facettes du dieu, qui se démultiplient encore avec sa réception au XIXe siècle.

(chez Snorri les Ases sont d’origine troyenne … 7)

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